En
1795, Daniel McGinnis, un adolescent habitant
sur le continent, qui s'amusait à chasser
la perdrix dans cette île inhabitée,
aperçoit une poulie de navire pendue à
une branche de chêne. Juste au-dessous,
il remarque une légère dépression
du sol, comme si on avait rebouché un trou.
Persuadé qu'il s'agit d'un trésor
laissé par les pirates, il court prévenir
deux copains.
À
quelques pieds de profondeur, ils rencontrent
une rangée de dalles. Ils l'enlèvent
et continuent à creuser. À trois
mètres (dix pieds), c'est une deuxième
plate-forme, faite de billes de chêne. Ils
l'enlèvent et continuent à creuser.
Et
ça continue ainsi pendant des jours. A
six mètres (20 pieds), nouvelle plate-forme
en chêne. À neuf mètres (30
pieds), une autre. Et sous elle, toujours cette
terre tassée, avec de l'argile et des roches.
Les garçons comprennent que ces plates-formes
servent à se partager le poids des tonnes
de terre. Sauf que neuf mètres de profondeur,
c'est trop pour eux.
Ils
abandonnent donc, et les choses en restent jusqu'en
1804.
Une
compagnie prend les choses en main. Les ouvriers
dépassent sans problème le niveau
atteint dix ans plus tôt et, en continuant
à creuser, découvrent à leur
tour, tous les dix pieds, des plates-formes recouvertes
tantôt de couches d'algues, tantôt
de charbon et même de fibres de cocotier!
À
la 9e plate-forme (27 mètres ou 90 pieds),
première découverte intéressante:
une lourde dalle de pierre marquée, au
verso, d'une inscription dans un langage indéchiffrable.
Elle est mise de côté.
Les ouvriers atteignent 33 mètres et s'arrêtent
pour la nuit. Le lendemain matin, surprise: le
puits est rempli aux trois quarts d'eau! D'où
vient-elle? On ne sait pas. Mais surtout, pourquoi
le puits ne s'est-il pas rempli plus tôt?
Sur le coup, on n'a pas de réponse. Pendant
des semaines, les hommes écopent avec des
seaux et des pompes improvisées, sans parvenir
à abaisser le niveau d'eau.
Au
printemps suivant, ils creusent un deuxième
puits, dans l'espoir de prendre le trésor
par en dessous. Ils descendent jusqu'à
37 mètres (123 pieds) puis se dirigent
vers le puits au trésor. Alors qu'ils l'atteignent,
l'eau commence à jaillir avec force. Les
ouvriers n'échappent que de justesse à
la noyade. Le deuxième puits est lui aussi
inondé.
Certains
s'interrogent: l'eau a, comme par hasard, commencé
à jaillir lorsqu'on a enlevé la
dalle gravée. Cette dalle aurait-elle agi
comme un bouchon? Le puits aurait donc été
conçu comme une paille à l'intérieur
de laquelle l'eau ne montera pas si on en bouche
l'extrémité avec le doigt?
Les
recherches ne reprendront qu'en 1849.
Il
ne s'agit plus cette fois de creuser mais de faire
des forages, pour savoir une fois pour toutes
ce qui se trouve au fond. Les premiers résultats
confirment les espoirs les plus fous: après
avoir dépassé les 110 pieds, la
foreuse passe à travers 10 cm de bois (le
sommet d'une caisse?) et pénètre
dans du métal en vrac!
Lorsqu'on
remonte la foreuse, on y trouve des échantillons
de chêne et ce qui semble être trois
maillons en or d'une chaîne de gousset.
C'est la première fois qu'on a la preuve
que quelque chose de payant se trouve au fond.
Persuadés
d'avoir enfin atteint la chambre au trésor,
les chercheurs ne sont pas pour autant au bout
de leurs peines: personne n'est encore parvenu
à abaisser l'eau du puits, même avec
des pompes.
A
l'été 1850, ils décident
donc de forer un second puits pour faciliter le
pompage. Ils creusent jusqu'à 36 mètres
(120 pieds).
C'est la catastrophe: en moins de 20 minutes,
le second puits se remplit au même niveau
que le premier.
Ce
n'est qu'à ce moment qu'un ouvrier a l'idée
de goûter l'eau du puits: elle est salée.
C'est donc de l'eau de mer, et non un lac souterrain.
Le puits est relié à la mer: pas
étonnant qu'on n'arrive pas à le
pomper!
On
finit par trouver dans une anse, à une
centaine de mètres de là, un endroit
d'où l'eau s'échappe, à marée
basse, à travers le sable. Les ouvriers
enlèvent aussitôt le sable et le
gravier et s'aperçoivent que la plage a
été recouverte d'une couche compacte
de galets et de roches entre lesquels on a tassé
des algues et des fibres de noix de coco. Autrement
dit, quelqu'un a transformé 45 mètres
de plage en éponge, puis recouvert le tout
de sable. La plage au complet est artificielle!
Ce
n'est pas tout: cinq conduits souterrains d'écoulement
recouverts de gros galets et de roches plates
conduisent à l'entrée d'un tunnel.
À marée haute, l'eau s'infiltre
par ces cinq conduits, et de là par le
tunnel, en direction du puits au trésor.
Et l'hypothèse de la paille se révèle
exacte: quiconque enlève les plates-formes
de chêne du puits, enlève les "bouchons"
qui empêchaient l'eau de la mer d'atteindre
le puits.
De
toute évidence, les mystérieux constructeurs
de cet ingénieux système se sont
donnés un mal fou pour empêcher des
intrus d'accéder à leur trésor.
Mais
qui sont ces constructeurs? Au fil des générations,
toutes les hypothèses y sont passées.
Sauf qu'on estime que la construction du puits
et des conduits aurait exigé une centaine
d'hommes pendant six mois. Or, la région
n'a gardé aucun souvenir d'une quelconque
activité.
Aucune
légende dans aucun port. On n'a jamais
retrouvé la moindre trace d'une habitation
humaine sur l'île.
Du
milieu du XIXe siècle jusqu'à aujourd'hui,
plus d'une dizaine de compagnies ont tenté
de récupérer le trésor de
la mystérieuse Ile-aux-Chênes. Toutes
se sont butées aux problèmes d'inondations
souterraines. Quelques personnes ont même
perdu la vie.
En
1897, on fore cinq trous dans le sol, dans lesquels
on insère des charges de dynamite, le long
de la direction présumée du tunnel
d'irrigation, qui amène l'eau de mer jusqu'au
puits. On fait sauter. L'eau est pompée,
avec succès, pour la première fois
en 90 ans.
Le
forage reprend. À 50 mètres (163
pieds), la pointe de la foreuse rencontre un obstacle:
17,5 cm de ce qui semble être du ciment.
Sous le ciment, il y a dix centimètres
de bois, puis un mètre de métal,
puis de nouveau du bois et du ciment. Il semble
y avoir là une voûte de deux mètres.
Les
forages continuent, se multiplient. Après
des semaines de travail, dans un amoncellement
de boue, les hommes ne peuvent même plus
localiser le puits original. Après avoir
investi plus de 115 000$, les nouveaux actionnaires
décident d'abandonner.
Leurs
successeurs n'auront pas plus de succès.
En fait, le travail est devenu aujourd'hui considérablement
plus difficile: l'île a tant et si bien
été creusée qu'elle s'est
transformée en une éponge. Les chênes
ont disparu. Plus personne ne sait où se
trouve le puits original. Et on n'a toujours pas
l'ombre d'un indice sur ses constructeurs.
Mais
on continue à creuser. Les actuels chercheurs
sont ceux de la compagnie Triton Alliance, qui
creusait toujours, à l'été
1997. Mais c'est là tout ce qu'il était
possible d'arracher à son président,
M. Tobias. On ne sait donc pas si Triton a trouvé
quelque chose.
Source
Article
original sur sciencepress.qc.ca
Un
dossier complet sur cette île au trésor.
Le site de l’Agence science presse propose
un prix de 500 dollars à celui qui résoudra
le mystère
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