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Mystères de la conservation du corps humain après la mort

« Tu redeviendras poussière ! ». C’est le sort communément accepté des hommes après leur mort. Pourtant, certains corps restent intacts pendant des siècles. L’incorruptibilité physique est-elle le privilège des saints et des saintes ? Ce phénomène de non putréfaction est particulièrement troublant du fait qu’il est réel mais n’a jamais été vraiment étudié.

Des manifestations miraculeuses

Un peu partout dans le monde, on relève la même croyance populaire : les corps des saints, après leur mort, échappent à la loi commune de la dissolution de la chair.
Saint Cyrille, évêque de Jérusalem, écrivait au Ive siècle : »Même lorsque l’âme s’est enfuie, sa vertu et sa sainteté imprègnent encore le corps qui l’a hébergée. »

En réalité, si l’on étudie la vie des saints de la chrétienté, on constate que cette incorruptibilité physique a souvent été refusée aux élus.
De même, ce phénomène a été observé sur des gens non béatifié ou canonisé.

Le seul recensement dont nous disposons est dû à une Américaine, Joan Cruz, qui a souhaité compléter les travaux du père Thurston à l’aide de toutes les sources ecclésiastiques connues.
Dans un ouvrage, publié en 1977, intitulé The Incorruptibles, elle énumère 102 cas authentifiés par la Congrégation des rites de l’Eglise catholique romaine.

Corps de François Xavier

Le corps mystérieusement conservé de François Xavier, le saint missionnaire, dans la cathédrale de Goa, aux Indes portugaises (Photo © Sunday Times-David Balley, E.F.E)

Mais, il est probable, ajoute-t-elle, qu’il en existe bien d’autres qui n’ont jamais été rendus publics par le Vatican.

Un exemple de ces « miracles » est celui de Maria Anna Ladroni qui mourut à Madrid en 1624.
107 ans plus tard, sa dépouille mortelle fut exhumée sur l’ordre des autorités religieuses lors de son procès de béatification.
Voilà quelles furent les conclusions de l’époque :

« Il n’y eut pas moins de 11 docteurs et chirurgiens pour procéder à l’examen de la dépouille. Ils ont pratiqué, à l’aide de leurs instruments, diverses incisions sur le cadavre. Toutes les recherches aboutirent à une dissection quasi complète du corps : les viscères, les organes et les tissus apparurent dans un parfait état de conservation, encore humides, fermes et élastiques au toucher.
Le cadavre était imprégné d’une sorte de fluide odorant, qui répandait des effluves persistants. »

Saint Charbel, sainte Catherine de Bologne ou saint Pacifique de Cerano ont été inhumés directement dans la terre et l’on n’a constaté aucune dégradation de leurs cadavres.

D’autres sont restés intactes dans un sol humide alors que leurs vêtements se désagrégeaient sur leur chair intacte. C’est le cas de sainte Thérèse d’Avila et sainte Catherine de Gênes.

Quand le corps de sainte Catherine Labouré fut exhumé en 1933, 57 ans après sa mort, on trouva son corps intact bien que le triple cercueil ait été rongé par la moisissure.

Bernadette de Lourdes

Bernadette de Lourdes, dans le visage est resté intact depuis sa mort en 1879 (Photo © Mary Evans Picture Library)

Certains de ces saints présentaient des stigmates de leur vivant, et ces saintes blessures ont été souvent préservées au-delà de la mort.

Catherine de Sienne

Photo ci-dessus: Catherine de Sienne (peinture de Sodoma). Toute sa vie, elle déclara souffrir des mêmes blessures que le Christ. Les marques de ces stigmates ne sont devenues visibles qu'à sa mort, en 1380. L'incorruptibilité physique a permis aux fidèles de vénérer ces stigmates pendant 200 ans ( © Scala. Office national du tourisme libanais)

Dans ces différents cas évoqués, ce qui est troublant ce n’est pas l’incorruptibilité par elle-m^me car on connaît des facteurs particuliers qui empêchent la décomposition des cadavres. Le problème c’est que ces corps ont été inhumés dans des conditions qui auraient dû normalement entraîner la putréfaction.

Le cas de saint Charbel Makhlouf

Cet ermite mourut en 1898 au monastère maronite d’Annaya, au Liban. Selon la coutume de cet ordre, son corps fut directement déposé dans la terre, sans cercueil.
Pendant plusieurs semaines, d’étranges lumières apparurent près de sa tombe. Les autorités ecclésiastiques finirent par ordonner l’exhumation 45 jours plus tard.

Le corps était intact en dépit des inondations. Le cadavre fut alors lavé et revêtu de vêtements neufs avant d’être placé dans un cercueil de bois dans la chapelle du monastère.

Charbel Makhlouf

Charbel Makhlouf ( © Scala. Office national du tourisme libanais)

Au bout d’un certain temps, un liquide huileux ayant l’odeur du sang frais commença à sourdre des pores du saint.
Cet épanchement devint si abondant que les vêtements durent être changés deux fois par semaine.

Les restes de saint Charbel demeurèrent dans cet état jusqu’en 1927, date à laquelle un examen médical fut ordonné.

Le corps fut placé dans un cercueil de bois doublé de zinc, et un document contenant les observations faites par les médecins fut scellé dans un tube de zinc et déposé aux pieds du saint. Puis, le cercueil fut emmuré au milieu d’une paroi du monastère.

En 1950, des pèlerins venus visiter le sanctuaire remarquèrent qu’un curieux liquide suintait hors du mur renfermant le cercueil.

On ouvrit à nouveau le cercueil en présence d’autorités religieuses et médicales. Saint Charbel était toujours aussi bien conservé : son corps souple gardait les apparences de la vie alors que ses vêtements tombaient en lambeaux.

Thérèse Marguerite

Thérèse Marguerite, morte en 1770. Desséché, son corps ne présente aucune putréfaction. C'est d'autant plus étonnant qu'elle est morte d'une gangrène généralisée ( © Mary Evans Picture Library)

Le tube de zinc, par contre, était fortement corrodé.

Depuis cette date, la tombe a été ouverte chaque année et le corps soigneusement examiné. Chaque fois, il est apparu dans un parfait état de fraîcheur. Le fluide huileux, qui forme dans le cercueil un dépôt de 8 cm, est précieusement recueilli.

Mais, l’incorruptibilité n’est pas toujours religieuse. Des cas d’incorruptibilité ont été constatés sur des personnes tout à fait « ordinaires ».

Des cimetières particuliers

Certains cimetières ou lieux de sépulture ont été choisis précisément en raison de conditions naturelles propres à stopper ou ralentir le processus de décomposition.

Les catacombes de Palerme ou de Malte sont réputées pour leurs momies naturelles. Mais, ces cas sont explicables par la science. Les catacombes capucines de Palerme, en Sicile, abritent des corps ayant fait l'objet d'une momification

Les corps subissaient un processus de déshydratation, avant d'être lavés au vinaigre. Certains étaient embaumés, tandis que d'autres étaient enfermés sous scellé dans des cabines de verre.

Les catacombes capucines de Palerme

Les catacombes capucines de Palerme ( © Spectrum Color Library)

La crypte de l’église Saint Michel de Dublin semble posséder les mêmes propriétés. Un rapport de 1901 mentionne la découverte « d’un cadavre de bébé, dont les poignets dodus portaient encore les rubans blanc fané, dont on l’avait paré pour ses funérailles ». Le cercueil portait la date de 1679. Le petit corps était parfaitement conservé.

Des théories mais aucune certitude

A la fin du XIXe siècle, le père Herbert Thurston fit la première étude sérieuse des cas d’incorruptibilité.
Il nota que les corps six phénomènes caractéristiques mais pas forcement simultanés:

  • La présence d’un parfum suave émanant du corps
  • L’absence de rigidité cadavérique
  • La persistance d’une certaine tiédeur du cadavre
  • L’absence de putréfaction
  • Parfois, des saignements anormaux
  • Parfois, la constatation post mortem d’étranges mouvements du cadavre qui ne sont pas attribués à des contractions musculaires mécaniques

Si l’on écarte l’idée d’un miracle divin, quelles sont les autres hypothèses susceptibles d’expliquer cet étrange phénomène ?

La première hypothèse est bien sûr l’embaument préalable du corps. Mais, un embaument est simple à déceler lors des examens post mortem.
Dans les cas qui nous préoccupent, aune trace d’une substance quelconque ayant pu stopper la décomposition n’a été découverte.

Momie indonésienne

Momie indonésienne vieille de 250 ans ( © Across Indonesia)

L’incorruptibilité ne peut être vraiment prouvée que lors de la première exhumation. En effet, les organes de certains saints ont été prélevés après coup pour être utilisés comme reliques sacrées.

Joan Cruz distingue trois types d’incorruptibilité physique :

  • Les corps volontairement conservés par embaumement ou toute autre technique (momies)
  • Les corps préservés accidentellement ou grâce à des techniques naturelles (momies naturelles)
  • Les cas d’incorruptibilité authentiques et non expliqués par la science

On a émis quelques hypothèses :

  • Extrême sécheresse de l’air et absence de poussière. C’est le cas de la nécropole de Kiev
  • Rôle possible des radiations mais qui reste valable que dans quelques cas

Il existe également un phénomène appelé « saponification » qui est la transformation des tissus humains en une masse ammoniacale savonneuse tandis que l’épiderme se durcit.
Cette substance saponifiée est dite « gras de cadavre » ou « adipocire ».

On observe ce phénomène chez des cadavres inhumés dans des terrains marécageux putrides. On ignore pourquoi il intervient dans certains cas et pas dans d’autres.

La saponification, qui est une forme particulière de décomposition des lipides, n’est pas courante mais pas non plus exceptionnelle.
Ce phénomène n’est pas considéré comme miraculeux par les autorités ecclésiastiques.

La véritable incorruptibilité est très différente. Pour des raisons inconnues, un corps reste intact tandis que d’autres, à ses côtés, se décomposent.

Il faut préciser que ce « miracle » n’est pas suffisant à lui seul pour obtenir la béatification, sauf pour l’Eglise orthodoxe russe.

Il est important de souligner que ce phénomène se rencontre dans la plupart des religions et que c’est également un thème important de l’inconscient collectif.

Il existe des similitudes entre les divers cas d’incorruptibilité authentique qui sont très rares, rappelons-le.

La science ne peut l’expliquer actuellement. Il est vrai que ce phénomène a laissé la communauté scientifique étrangement indifférente.

Quelles que soient nos convictions et nos croyances religieuses, peut-être devons-nous nous pencher sur la nature de notre existence physique et spirituelle. Que nous soyons un jour destinés à la gloire, comme les saints, ou non, la réalité n’est peut-être pas celle que nous percevons.

Entre la vie et la mort, il nous reste à comprendre l’essence de la réalité elle-même.

V.Battaglia (21.04.2006)

 

Bibliographie principale

The Incorruptible de Joan Cruz