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Homme et Singe

Ancêtre. Parenté. Séparation

L’Homme n’est pas un singe évolué. Dans la grande famille des primates supérieurs, notre branche (les hominidés) s’est séparée de celle des gorilles, bonobos et chimpanzés, nos plus proches parents.
A quel moment la lignée des grands singes et la lignée des hominidés se sont-elles séparées ? Officiellement, cette séparation remonterait à environ 7 millions d’années.
Mais, une récente découverte remet en cause cette date et fait remonter la séparation à 13 millions d’années.

Un ancêtre commun

Les premiers primates, groupe auquel nous appartenons, sont apparus il y a plus de 65 millions d’années.
Les scientifiques ont toujours pensé que les singes et les hominidés ont un ancêtre commun, un primate inconnu.

Les primates se caractérisent par leurs mains et leurs pieds préhensiles, leur cerveau volumineux et leur large champ de vision.
Le groupe des primates comprend des formes primitives comme les lémuriens et des formes plus évoluées comme les grands singes et les hommes.

Un lémurien

Les grands singes sont apparus entre 30 et 25 millions d’années. La lignée évolutive qui mène à l’Homme dérive des grands singes.
Cependant, les singes sont nos cousins et non nos ancêtres.
Les premiers grands singes africains connus appartenaient à la famille des Proconsulidae, qui tire son nom de Proconsul africanus.

Crâne de Proconsul africanus. © dinosoria.com

L’Homme est considéré comme un primate anthropoïde et fait partie, comme l’orang-outan, le chimpanzé ou le gorille, de la famille des hominidés.
Cependant, les relations précises entre les différents groupes sont difficiles à établir. D’autant plus que chaque nouvelle découverte bouleverse les hypothèses sur nos origines.

Crâne d'Adapis parisiensis, un primate adapidé de la fin de l'Eocène. © dinosoria.com

En 2009, la découverte d'un nouveau primate fossile au Myanmar (ex-Birmanie) conforte l'hypothèse d'une origine asiatique, et non africaine, de la lignée commune entre les hommes et les singes (primates anthropoïdes).

Pour l'étayer, une équipe internationale de paléontologues, parmi lesquels deux chercheurs français, a établi que ce primate, âgé de 37 millions d'années et baptisé Ganlea megacanina, possède une aptitude aujourd'hui observée chez les singes modernes, et non chez les lémuriens : il ouvre et mange des graines d'une manière spécifique, au moyen de sa canine démesurée, comme certains singes actuels d'Amérique du Sud. (Communiqué de presse du CNRS)

Cette faculté a justifié, entre autres, son rattachement à la famille des primates anthropoïdes. Ces recherches font l'objet d'une publication dans la revue Proceedings of the Royal Society B.

Les Primates

Pour comprendre la réussite exceptionnelle de l'espèce humaine, il faut remonter le temps jusqu'au lendemain de la disparition des dinosaures. En effet, notre histoire commence vraiment avec l'apparition des premiers primates.
Certains de ces anciens primates ressemblaient aux Lémuriens que nous connaissons. Les Lémuriens portent les caractères qui distinguèrent les primates anciens des autres animaux arboricoles.

Les primates, au cours de leur évolution, ont déplacé leurs yeux vers l'avant, ce qui est déterminant pour la vision en relief.

Jeune chimpanzé

Les singes possèdent une vision en relief. © dinosoria.com

Pour voir un objet en 3D, il faut le voir simultanément avec les deux yeux. Quand on saute de branche en branche, c'est un avantage déterminant. Cette caractéristique apparaît déjà sur les plus anciens fossiles.

Comparaison instructive

Les scientifiques ont comparé le lémurien et le coati. Ce dernier est un membre des ratons laveurs. Il vit également dans les arbres, mais ses yeux sont placés sur le côté. Pour ne pas tomber des arbres, il faut savoir s'accrocher. Le coati a des pieds plats avec des griffes.

Coati

Le coati a des griffes. By David Asch

Le lémurien a, comme nous, des mains avec 4 doigts et un pouce. Il a des ongles et non des griffes.
C'est sans doute ainsi qu'a commencé la grande épopée de l'homme : par une danse de branche en branche au coeur des forêts.

Lemurien

Le lémurien (ici un Maki catta ) à des mains avec 4 doigts et un pouce. By JR Guillaumin

En se servant de ses mains devant ses yeux, on a un retour qui permet de manipuler les objets. Il s'agit là du fondement de la fabrication des outils. Une des grandes avancées de l'évolution de l'homme.

Lemurien

Le lémurien peut saisir des objets. By doug88888

Peu à peu, les primates, initialement nocturnes, sont devenus diurnes.

Les Singes

Les premiers singes sont apparus à l'Oligocène.

L'existence diurne a changé l'apparence des singes. Ils ont un visage plat et une grande acuité visuelle. Ils voient en 3D, mais aussi en couleur.
La vision des couleurs est primordiale. L'alimentation d'un singe est largement composée de fruits. Il peut ainsi identifier les aliments comestibles.

Le singe identifie les fruits comestibles

Le singe identifie les fruits comestibles. By travlinman43

L'autre utilité des couleurs se situe au niveau de la communication. Les différentes familles de singes possèdent des couleurs multiples qui sont, pour eux, des signaux de communication.

Le visage plat des singes et leur petit nez indiquent que leur odorat a été sacrifié au profit de la vue et de l'esthétisme.

Mandrill

Un Mandrill très coloré. By uhuru1701

Toutes ces expressions faciales sont communes avec celles de l'homme : joie, tristesse, colère. C'est ce qui permit aux premiers singes de créer une vie sociale.

La force du groupe

Le fait d'être diurne (vivre le jour) rend plus vulnérable une espèce. Les singes ont donc opposé à cet état de fait la force du groupe. Tous les singes ont une vie communautaire très hiérarchisée.

Babouin

La vie communautaire est importante chez les singes. © dinosoria.com

Cette vie sociale active a eu un autre effet sur les singes : leur cerveau est devenu plus performant. En effet, le système complexe « politique » du groupe semble bien être à la base de l'augmentation de la masse cérébrale.

Chimpanzés

L'épouillage chez les singes renforcent les liens. © dinosoria.com

C'est le début de ce qui allait devenir la principale caractéristique de l'homme : la vie en société.
Les singes se répandirent dans le monde. Bientôt apparue une branche nouvelle de primates intelligents : les grands singes : gorille, chimpanzé, bonobo, orang-outan.

Parenté Homme et Singe

L'homme moderne partage le plus de caractères communs (caractères génétiques) avec le bonobo et le chimpanzé commun.

En janvier 2012, Antoine Balzeau (Muséum national d'Histoire naturelle/CNRS) a publié une étude qui apporte de nouvelles précisions sur la parenté entre l'homme et le singe.
Jusque-là, on pensait que certaines des principales asymétries du cerveau étaient propres à la lignée humaine.
En réalité, elles sont du même type chez les hommes et les grands singes. Elles devaient donc déjà exister chez notre dernier ancêtre commun, il y a plus de 7 millions d'années.

« Ces asymétries sont reliées, chez l'homme, au langage et à des capacités manuelles. Les grands singes ont les mêmes bases anatomiques, mais qui se sont exprimées différemment. Il sera intéressant de chercher à comprendre comment. » . Antoine Balzeau

Une séparation beaucoup plus ancienne

Les chercheurs du Collège de France et du Muséum national d'histoire naturelle ont étudié quatre dents provenant de la formation géologique de Ngorora, vieille de 12,5 millions d'années, et trois dents retrouvées dans la formation de Lukeino, vieille de 5,9 millions d'années.

Une molaire inférieure droite trouvée à Ngorora ressemble aux molaires du chimpanzé. Pour les paléontologues, l'âge du fossile suggère que la séparation entre les grands singes et les hominidés est ainsi intervenue plusieurs millions d'années plus tôt que ce que l’on pensait.

Si les dents de Ngorora présentent des similitudes avec celles des chimpanzés actuels, celles de Lukeino s’apparentent davantage à celles des gorilles.
Les dents de Lukeino sont également distinctes de celles d’Orrorin, un hominidé de 6 millions d’années découvert par les mêmes chercheurs au Kenya. Les molaires d’Orrorin, capable de bipédie, rappellent celles des hominidés plus tardifs, comme les australopithèques ou les Homo, précisent les auteurs dans la revue Anthropological Science.

Donc, pour la première fois, les grands singes quadrupèdes et les hominidés bipèdes sont signalés dans les mêmes couches géologiques en étroite association.

Cette découverte dément également la théorie selon laquelle l'Homme est né de la savane.

Les indications obtenues sur le paléo-environnement révèlent que, tout comme les grands singes, ces humains archaïques ont vécu, du moins à cette période, dans une forêt assez humide.

V.Battaglia (04. 2005). M.à.J 07.2012

Références

Berceaux de l'humanité : Des origines à l'Age de bronze.Pascal Picq Sous la direction d'Yves Coppens. Larousse. 2003
Patterns of Growth and Development in the Genus Homo. J. L. Thompson, G. E. Krovitz et A. J. Nelson 2003
How Homo Became Sapiens: On the Evolution of Thinking. Peter Gardenfors. 2003
CNRS. Des asymétries du cerveau communes aux Hommes et aux grands singes
CNRS. L'origine de la lignée commune entre les hommes et les singes se trouverait en Asie

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