Hermine L’hermine (Mustela erminea) fait partie de la famille des Mustelidae au même titre que la belette, le putois, la martre, le glouton, le blaireau ou le vison. |
L’hermine vit en Amérique du Nord et en Eurasie. Elle évolue dans les toundras et forêts jusqu’à environ 40° de latitude Nord.
Hermine et sa robe d'hiver. By Birdfreak.com . Licence Au nord de leur habitat, les hermines deviennent blanches en hiver ; au sud, elles restent brunes. Donc, si la température fluctue autour de 0°C, l’hermine peut rester pie. Le poids de l’hermine varie de 25 à 116 g pour une longueur maximum de 33 cm. Le mâle est deux fois plus gros que la femelle. Comme les autres mustélidés, le corps est allongé et les membres courts. La mâchoire inférieure est courte, assurant un fort effet de levier et des morsures profondes.
Hermine et sa robe d'été photographiée au Canada. © dinosoria.com Les canines sont perçantes comme des dagues. Les dents carnassières peuvent cisailler la peau ou la chair. La vision de l’hermine est excellente et ses mouvements très rapides témoignent de sa grande souplesse. L’hermine est capable de poursuivre sa proie dans son terrier. C’est également une excellente nageuse qui peut coloniser des îles. Chaque pied possède cinq orteils terminés par des griffes puissantes. En Amérique du Nord, l’hermine partage son territoire avec la belette à longue queue. On confond souvent les deux espèces.
Belette. By Keven Law . Licence On peut reconnaître l’hermine au pinceau de poils noirs qui termine sa queue, même lorsque sa fourrure devient totalement blanche.
Traditionnellement arborée par les magistrats et pairs du royaume britannique, la fourrure d’hermine a rehaussé les fastes du couronnement de Georges VI, en 1937, à raison de 50 000 peaux importées du Canada. 300 peaux sont nécessaires pour confectionner un seul manteau d’hermine.
Ancienne publicité pour l'achat d'un manteau avec un col d'hermine. By stevechasmar . Licence La fourrure d’hermine symbolise l’innocence et la pureté dans la conduite, dans l’enseignement et dans la justice. Symbole d’incorruptibilité, elle a pendant longtemps orné les toges des magistrats. La légende veut que l’hermine préfère être tuée par un renard que de souiller son pelage en s’enfuyant par une mare boueuse. « Plutôt mourir qu’être souillée », la devise tirée de cette légende, est devenue celle des ducs de Bretagne.
Robe blanche immaculée pour cette hermine. © dinosoria.com Les belettes et les hermines ont été introduites en Nouvelle-Zélande à la fin du 19e siècle. Elles sont en partie responsables de l’extinction de plusieurs espèces locales d’oiseaux. L’hermine, comme la belette, est souvent parasitée par un ver (Skrjabingylus nasicola) qui infecte ses sinus et affecte le cerveau. L’hermine est un animal solitaire qui occupe un territoire farouchement défendu. La taille de ce domaine vital dépend de l’abondance des proies et varie de 10 ha à 20 ha environ. Les mâles ont un territoire plus grand. Chaque domaine est imprégné de l’odeur de son occupant. Pendant la saison des amours, les mâles circulent plus librement à travers les territoires en quête de femelles consentantes.
Hermine en pleine chasse. By Keven Law . Licence Quand une femelle est enceinte, la hiérarchie change et les futures mères acquièrent un statut comparable à celui des gros mâles en devenant dominantes. Elles étendent alors considérablement leur territoire nourricier pour assurer un bon approvisionnement en proies. Elles le protègent des prédateurs mais aussi des mâles qui peuvent devenir cannibales avec les nouveau-nés. L’hermine utilise les abris naturels et les terriers de rongeurs pour s’y reposer. La tanière est douillettement aménagée avec de la végétation, des poils et des plumes des proies. Très propre, l’hermine utilise des cavités proches de la tanière pour y stocker de la nourriture et y déposer ses excréments.
L’hermine est un prédateur audacieux qui pratique une chasse en solitaire. Chasser représente une grande perte d’énergie qui doit être fréquemment renouvelée d’où l’appétit insatiable de l’hermine et des autres mustélidés. Elle prend souvent des risques en s’attaquant à de grosses proies. Par exemple, la ruade d’un lièvre peut briser le cou d’une hermine.
Crâne d'hermine. By Eli Hodapp . Licence Elle concentre donc ses efforts sur des proies correspondant à ses capacités. Cette technique permet également d’éviter toute concurrence avec d’autres mustélidés de taille différente mais également entre individus de la même espèce mais de sexe différent. Les campagnols sont un menu de choix ainsi que les lapins. Ce sont des chasseurs essentiellement nocturnes. Quand les petits mammifères viennent à manquer, l’hermine se rabat sur les oiseaux, les œufs, les batraciens, les poissons ou les insectes. Dans les régions les plus froides, elle chasse le lemming.
Hermine qui vient de tuer un rongeur. © dinosoria.com L’hermine doit manger quotidiennement pour contrebalancer l’énorme perte de calories. Elle peut se faufiler dans les abris et les galeries souterraines. Sa technique de chasse se décompose en plusieurs étapes. Tout d’abord, elle explore son environnement à la recherche d’une proie, elle approche silencieusement, elle poursuit la proie puis la capture et la met à mort. L’odorat, l’ouïe et la vue jouent des rôles essentiels. Ses capacités athlétiques font le reste puisqu’elle peut courir, sauter, grimper ou faire volte-face très rapidement. L’attaque est rapide et la mise à mort également. L’hermine maintient sa proie au sol et plante ses crocs dans la nuque à la manière d’un félin. Si la proie est plus importante comme un lapin, elle roule au sol avec lui en essayant de porter un coup fatal.
Mâles et femelles ne se fréquentent qu’au moment de la reproduction qui s’effectue au début de l’été. L’hermine a développé deux astuces pour profiter des années où les proies abondent. Tout d’abord, dans une année pauvre en proies, la plupart des œufs de la femelle ne seront pas fécondés, ou seront avortés, ou encore les petits mourront au stade de l’allaitement. La seconde astuce est la gestation différée qui permet de faire coïncider la mise bas avec une phase d’abondance des proies. Le développement des ovules fécondés démarre normalement pendant les deux premières semaines puis s’interrompt durant 9 à 10 mois. Ainsi, pour un accouplement intervenu en début d’été, la mise bas ne se produira effectivement qu’au printemps suivant, après la reprise de la gestation durant au total environ 28 jours. Les portées de la femelle hermine peuvent aller jusqu’à 20 petits, qui se disputeront les 4 ou 5 paires de mamelles.
La Dame à l'hermine. Peinture de Léonard de Vinci (Museum Czartoryskich). By Allie Caulfield . Licence Les nouveau-nés sont sourds, aveugles et édentés et pèsent environ 2,5 g. Ils sont totalement dépendants de leur mère les premières semaines . Elle les élève et les nourrit seule. Les jeunes grandissent vite et peuvent déjà chasser avec leur mère à 2 mois. L’hermine a une espérance de vie très courte en liberté. Une femelle peut survivre 2 ans mais meurt souvent peu après la première mise bas. Une femelle peut se reproduire dès l’âge de 3 mois alors que le mâle doit attendre sa deuxième année. Le record de longévité connu en liberté est de 7 ans. En captivité, une hermine peut vivre une dizaine d’années.
Tous les mustélidés ont un fort instinct carnassier qui les rend peu populaires auprès des fermiers et des gardes-chasse. L’hermine accumule les handicaps car non seulement, c’est une chasseuse invétérée mais en plus elle arbore une fourrure attractive. Pourtant, les mustélidés tuent bien plus de nuisibles comme les rongeurs que des animaux d’élevage. Depuis le 19e siècle, le piégeage excessif pratiqué en Sibérie, en Alaska, au Canada ou en Scandinavie a entraîné une régression importante des populations d’hermines. L’homme a pourtant bien besoin des mustélidés pour réguler les populations de rongeurs et de lagomorphes. Malgré tout, l’hermine continue à être chassée, empoisonnée ou piégée sur l'ensemble de son aire de distribution. Véronique Battaglia (12.07.2009)
Règne: Animalia |








