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Les cobayes humains de Fishpond

Les lignes électriques traversant le hameau de Fishpond Bottom, dans le Dorset, l'ont-elles transformé en « laboratoire de plein air » ?
Et les habitants sont-ils devenus des cobayes involontaires d'une expérience que personne ne contrôle ni ne comprend ?

Le hameau de Fishpond Bottom (40 hab.), situé dans une superbe vallée de la côte ouest du Dorset, au sud de l'Angleterre, paraît être un endroit idéal pour une vie tranquille et saine. Il n'en est rien, cependant.

Depuis le début des années soixante-dix, il est l'objet de mystères plus déroutants que ceux d'Agatha Christie. Il y eut six morts subites, et de nombreux incidents déplaisants.
Les habitants du coin ont une idée certaine du « coupable », mais les autorités font la sourde oreille à leurs accusations.

Malaises et accidents à répétition

Mrs. Hilary Bacon fut une des premières victimes. Elle commença à se sentir mal après quelques heures passées dans la maison de Fishpond où elle venait de s'installer en 1973. Ses yeux lui faisaient mal, elle perdit la voix et se sentit complètement épuisée, faits qu'elle attribua au déménagement. Mais les choses empirèrent. Elle souffrit de migraines soudaines et de bouffées de tension nerveuse suivies de dépression ou d'irritabilité.

Elle dormait mal, se réveillant souvent au milieu de la nuit en sursaut. Puis, un beau jour, elle subit une expérience des plus alarmantes.

« J'étais sortie pour biner les brocolis et, en me baissant, j'eus une sensation tout à fait extraordinaire. C'était comme si toute la lumière virait au noir. Je perdis complètement le sens de l'orientation, je ne savais plus où j'étais ni où étaient les brocolis. Ce n'était pas un évanouissement, mais quelque chose de tout à fait différent et plutôt effrayant. »

Elle apprit bientôt que d'autres villageois avaient éprouvé les mêmes alarmes, également sans pouvoir se l'expliquer.

Un ouvrier agricole s'était retrouvé dans le noir au sommet d'un char de foin en marche. Son propre fils avait lui aussi perdu conscience en roulant en scooter. Il ne fut pas blessé, mais un autre motard s'était cassé plusieurs côtes dans un accident à la suite d'une perte soudaine de la vision et de l'orientation.

Village de Fishpond

Village de Fishpond traversé par les lignes à haute tension

Il ne fallut pas longtemps aux habitants de Fishpond pour suspecter que les incidents avaient quelque chose à voir avec leur entourage familier : un rang de pylônes traversant la vallée en charriant des lignes électriques de 400 kilovolts droit au-dessus de leurs têtes.

Les lignes, dont la construction avait commencé en 1965, avaient tout de suite causé des problèmes : elles faisaient entendre un gémissement agaçant dès qu'il y avait un peu de vent, et des étincelles bleues ou rouges y apparaissaient quelquefois. Une vache avait été tuée et un taureau grièvement brûlé par un « flash », sorte d'éclair artificiel produit par les lignes. Il y eut également une victime humaine : un fermier, convoyant des tuyaux brisés par le gel, fut électrocuté quand l'électricité jaillit des fils jusqu'aux tuyaux et se concentra dans son corps.

L'investigation d'Hilary Bacon

Les habitants de Fishpond Bottom pensaient déjà que ces lignes étaient hideuses et nocives, mais pas forcément au point d'exercer une influence permanente sur ceux qui vivaient auprès. Puis Eustache et Kathleen Yeomans, un retraité du bâtiment et sa femme, furent alertés par cette possibilité. Ils réalisèrent soudain que trop de leurs voisins tombaient malades ou étaient victimes d'accidents mystérieux. Avec l'aide d'Hilary Bacon, le couple commença à investiguer.

Ils apprirent bientôt qu'une ligne à haute tension fait plus que charrier l'électricité de la centrale jusqu'aux consommateurs, elle crée aussi un champ électromagnétique tout au long de son parcours. La force du champ fluctue rapidement, montant et baissant alternativement. Quand le champ est à son point culminant, il crée une ionisation positive des molécules d'air environnantes.
Quand le vent souffle, la ligne entière bouge, ce qui amène le champ oscillant à des fréquences extrêmement basses (en anglais E.L.F.) et fait aussi « chanter “les fils comme des cordes de piano monstrueuses, à l'extrémité la plus basse du champ acoustique.

Le village de Fishpond

Le village de Fishpond au 19e siècle, peint par Camille Pissarro

Les gens de Fishpond étaient exposés inconsciemment à trois facteurs au moins, tous connus pour être potentiellement dangereux : l’ionisation positive de l'air, les sons à basse fréquence et le champ magnétique E.L.F. Le bureau central de l'énergie électrique (C.E.G.B.) récusa la validité des recherches d'Hilary Bacon, bien qu'elle eût amassé une copieuse littérature scientifique pour étayer ses dires.

À un meeting public tenu à Fishpond Bottom en 1976 à la demande du député, Jim Spicer, sept officiels de la C.E.G.B. intervinrent pour dire qu'il n'y avait aucune preuve que les lignes à haute tension puissent nuire à quiconque. « Ils nous ont traités comme des enfants », dit plus tard un habitant de Fishpond, dégoûté.

La Vie sous les lignes à haute tension

Le premier d'une série de savants indépendants à prendre un intérêt sérieux et compatissant aux ennuis des villageois fut le professeur John G. Taylor du King' s College de Londres. Il questionna 21 personnes sur les 28 qui vivaient à moins de 100 m des lignes, et recueillit un vaste ensemble de symptômes dont certains avaient été assez graves pour nécessiter le traitement des spécialistes.

Parmi ces symptômes, on trouvait la dépression, des troubles cardiaques et urogénitaux, des éruptions cutanées, des palpitations cardiaques et des malaises généralisés, spécialement par temps humide ou venteux. « C'est comme d'être pris dans un filet », dit un des résidents à Taylor.

Un autre dit qu'il lui semblait parfois « qu'il y avait un mur entre ses pensées et lui ». Le professeur Taylor nota que quelques-uns de ces symptômes étaient identiques à ceux causés par une excessive ionisation de l'air et, dans un article intitulé La Vie sous les lignes à haute tension, paru dans Psychoenergetic systems (1979), il évoqua la nécessité d'une étude à long terme du cas Fishpond.

Sa suggestion resta sans effet, et, finalement, Eustache et Kathleen Yeomans décidèrent qu'ils en avaient assez fait. Ils vendirent leur maison à un ingénieur électricien, en lui expliquant bien franchement pourquoi ils partaient. L'ingénieur démentit leurs craintes comme ridicules. Deux ans après, il mourut d'une crise cardiaque soudaine.

Le cauchemar continue

Les Yeomans étaient à peine installés dans leur nouvelle maison de Cotswold quand ils apprirent que la C.E.G.B. envisageait de construire une ligne à haute tension de 400 kilovolts qui passerait près de plusieurs maisons du village d'Innsworth.

Bien que non concernés eux-mêmes, ils se sentirent obligés d'avertir les gens d'Innsworth de ce qui se tramait. En conséquence de quoi, une enquête publique fut lancée en 1978 et attira l'attention des médias. Des rapports survinrent de tous les coins de la Grande-Bretagne, indiquant que les gens de Fishpond n'étaient pas les seuls dans leur cas. L'évidence que les lignes à haute tension pouvaient être mauvaises pour la santé commença à faire son chemin aussi bien dans la littérature scientifique que dans la presse populaire fort intéressée par cette affaire.

En 1980, l'Association d'études sur l'inégalité dans la santé publia ses conclusions sur le pourcentage de morts par milliers d'hommes de quinze à soixante-quatre ans dans 24 différents environnements. Le taux le plus bas fut parmi les professeurs d'université - à 2,87 - et le plus haut - près de dix fois plus, puisque le chiffre était 19,04 - parmi les ingénieurs en électricité.

Vers la même époque, la compagnie d'assurance maladie privée BUPA trouva, après avoir étudié 540 électriciens, qu'un tiers d'entre eux avaient des chances plus ou moins grandes d'avoir des maladies de coeur dans un futur proche. Ceci fut plus de deux fois le taux que l'on attendait.

Cette évidence toute neuve que la vie sous les lignes à haute tension pouvait avoir des conséquences fatales intéressa au plus point les villageois de Fishpond.

Suicide et électricité

En 1981, le docteur F. Stephen Perry, généraliste d'Albrighton dans le Staffordshire, et trois collègues américains relatèrent dans Health Physics, le journal officiel de la Société d'étude la santé, qu'ils avaient trouvé une corrélation significative entre le suicide et l'électricité à haut voltage :

« D'une manière très nette, il survient plus de suicides qu'ailleurs dans les zones à champ magnétique plus élevé. » Leur découverte, inquiétante et controversée, fut plus tard contrôlée par des savants de l'université de Salford, et pleinement confirmée.

Des chercheurs indépendants intéressés par les effets dangereux des lignes à haute tension continuent à visiter Fishpond, en dépit des démentis réguliers des officiels de la C.E.G.B., qui continuent à soutenir que ces effets n'existent pas. Le docteur Hawkins de l'université du Surrey découvrit que l'endroit était très proche de l'exemple d'ionisation positive maximale. « Des vents à ras du sol, dit-il, peuvent, en théorie, produire d'énormes quantités d'ions positifs dont on sait qu'ils ont une importance biologique, bien que le processus demeure obscur.

Selon lui :

« Il y a une très forte évidence scientifique que les symptômes relatés par les gens de Fishpond sont causés, ou tout au moins aggravés, par les lignes à haute tension qui les dominent. »

Le docteur David Smith, du collège universitaire des Galles du Nord, fit plusieurs visites à Fishpond en 1980, à ses frais, pour mesurer les champs magnétiques et électriques locaux.

Il découvrit que le second était acceptable dans certaines limites, mais que, pour le champ magnétique, mesuré en microgauss, c'était une autre histoire. À l'intérieur et aux alentours de la maison d'Hilary Bacon, on trouvait 1 000 microgauss, ce qui fut noté comme « très haut » par le docteur Perry. Et ces taux magnétiques étaient huit fois plus élevés dans le jardin, sous les lignes, qu'à l'intérieur.

L'électricté est-elle nocive pour l'homme ?

Les faits semblent contradictoires. Un praticien de médecine douce, Harry Oldfield, explique comment on peut l'utiliser avec un succès apparent pour diagnostiquer et traiter un certain nombre d'affections. Mais un nombre croissant de chercheurs, sans parler de la population de Fishpond, sont convaincus que la présence d'une ligne à haute tension peut être responsable d'un grand nombre de symptômes.

Le docteur Andrew A. Marino, du Centre médical de l'université de l'État de New York, à Syracuse (États-Unis), qui a pris un vif intérêt à l'affaire de Fishpond, explique les faits ainsi :

« Les cellules du corps sont en équilibre avec leur immédiat micro-environnement électrique. Certains chargements de ce micro-environnement se traduisent par des informations transmises aux cellules et capables de contrôler leur fonction. »

Une masse de documents publiés, dont certains datent des années cinquante, viennent renforcer cette thèse.

Un bon nombre de ces documents sont dus à Robert O. Becker. Les effets observés des champs magnétiques à fréquence extrêmement basse varient de l'altération du taux de reproduction des bactéries jusqu'à des interférences directes dans le cerveau humain, selon un processus appelé « bio-entraînement ».

Quelques-uns des mécanismes impliqués sont graduellement découverts. Au début des années soixante-dix, une équipe dirigée par le docteur W. Ross Adey (maintenant à l'université de Loma Linda en Californie) démontra que les champs électromagnétiques chargés d'E.L.F. influençaient l'évacuation du calcium par les cellules. Ceci veut dire que ce processus chimique, qui a d'innombrables effets biologiques, peut être influencé par l'électricité produite artificiellement.

Mais de nombreuses questions demeurent sans réponse. Ces effets dépendent-ils de la fréquence, du taux de répétition, de l'intensité du champ ou d'une combinaison des trois ? Ou, comme le croient certains, surviennent-ils à la suite de changements soudains de ces paramètres ?

Il commence à sembler probable que chaque organe de notre corps, jusqu'à la simple cellule elle-même, peut répondre à des stimuli électriques dont nous sommes rarement conscients, et que quelques-unes de ces réactions peuvent amener des complications majeures. Un champ de recherches neuf s'est ouvert, bien qu'encore peu exploré.

Le système d'un être vivant est électrique aussi bien que biochimique. Nous avons évolué au cours des âges dans un océan d'ions naturels créés dans l'atmosphère, en général par le Soleil et les décharges régulières de lumière qui, dans l'opinion de certains chercheurs, ont créé la vie sur la Terre aux premiers âges. Nous commençons seulement à comprendre quelques-unes des conséquences de notre interférence récente dans cet environnement naturel.

Fishpond Bottom est peut-être un cas extrême. Il semble que la combinaison du site naturel et de ses apports artificiels, pylônes et lignes à haute tension, ait créé un laboratoire en plein air et fait de ses habitants des cobayes malgré eux, spécialement pour vingt-huit d'entre eux, qui se trouvent à proximité des lignes. Ils ont pris part à une expérience sinistre depuis 1972, attendant avec résignation que quelqu'un s'occupe enfin de leur cas.

V.Battaglia (24.07.2006)

Source

Inexpliqué. La Terre et la Vie, p 2490 à 2493

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