Hannibal

Les trois guerres qui opposèrent Rome à Carthage entre 264 et 146 avant notre ère ont été baptisées guerres puniques. C’est durant la deuxième guerre punique qu’Hannibal va entrer dans la légende. Souffrances et rancoeurs accumulées ont fait de Rome et de Carthage des ennemis « héréditaires ». La légende dit que c’est le propre père d’Hannibal, Hamilcar Barca, qui aurait exigé de son fils la promesse de venger la première défaite punique.
Il est certain qu’Hannibal est l’âme et le principal acteur du deuxième conflit. Certains historiens ont d’ailleurs donné à cette seconde guerre le nom de « guerre d’Hannibal ».

 

Portrait d’Hannibal

Né en 247 avant notre ère, Hannibal est le fils d’un général, Hamilcar Barca (?-229 avant J.-C.), qui combattit brillamment Rome pendant la première guerre punique.

Hannibal avait passé son enfance dans les camps d’Espagne et s’était distingué de bonne heure par ses qualités d’intelligence et de bravoure. Il avait été élevé dans la haine des Romains, traditionnelle dans sa famille. Il est impossible de savoir d’où vint l’initiative de la grande expédition qu’il entreprit contre Rome.

L’idée venait-elle de son père ou de son entourage ? Ou bien était-ce un projet purement personnel, imposé à un État dont les grands chefs établis en Espagne n’étaient pas totalement dépendants ?
Hannibal semble avoir pris l’initiative de la guerre en attaquant la petite ville de Sagonte (aujourd'hui Sagunto). C’était violer l’esprit du traité entre Rome et Carthage. Rome pouvait s’en irriter, mais Hannibal pouvait avoir ainsi cherché le conflit.

Hannibal, Buste en marbre (Musée archéologique national, Naples)

Nous ne connaissons Hannibal que par ses actions. Il est certain qu’il fut un grand politique et qu’il a cherché à recruter des alliés contre Rome. Il n’a pas réussi à former une coalition avec Syracuse et la Macédoine. Il a guerroyé avec opiniâtreté contre Rome, comme en une croisade, médiocrement soutenu par Carthage. Il a été servi par sa connaissance de la tactique macédonienne.

Il gardait sur son armée toute son autorité, tout son ascendant dans les pires circonstances. Mais peut-être mêlait-il, comme l’a observé C. Jullian, ses qualités de réflexion à l’entêtement et à l’imagination aventureuse. Il avait aussi certains défauts : la cruauté, le goût immodéré du pillage et du butin, la ruse et même la perfidie.

La guerre d’Hannibal

Cette seconde guerre s’est déroulée de 218 à 201. Pour marcher vers Rome, Hannibal emmenait avec lui une armée hétérogène, comprenant au départ Africains et Ibères, en attendant d’entraîner ultérieurement avec lui des peuples entiers.

Il aurait quitté le pays punique avec une centaine de milliers d’hommes et 37 éléphants. Il devait perdre la moitié de cette armée avant de rencontrer les Romains.

Vase en forme d'éléphant (Musée archéologique national, Naples)

Plusieurs batailles vont lui être nécessaires pour réussir à écraser les 240 000 hommes de l’armée romaine.

En Gaule, il fallut éviter quelques troupes de Gaulois, en particulier, passer le Rhône en leur échappant. Les Romains manquèrent l’occasion. En effet, Scipion arriva de Marseille quelques jours plus tard.

Quel itinéraire Hannibal suivit-il ensuite pour franchir les Alpes ? Aujourd’hui, l’itinéraire de l’Isère et du Mont-Cenis rallie de nombreux suffrages. C’était un itinéraire difficile. L’étroitesse des passes, la neige, les embuscades des montagnards... L’armée apparut en Italie épuisée, amoindrie, mais elle débouchait dans une plaine dont Rome n’avait guère prévu la défense.

Hannibal avait réussi à surprendre l’adversaire.

Hannibal fut vainqueur sur les rives du Tessin et de la Trébie (218 avant notre ère) non sans nouvelles pertes. Il ne lui restait plus qu’un éléphant. Mais il trouva dans les Gaulois de Cisalpine des alliés qui lui apportèrent un renfort considérable.

Une armée romaine gardait l’Apennin à Arezzo. Pour la contourner, Hannibal empêtra son armée dans la plaine inondée de l’Arno en crue. Ses troupes souffrirent beaucoup, et les bêtes de somme se noyèrent en masse.

C’est à ce moment qu’une ophtalmie fit perdre un œil à Hannibal. Celui-ci alla piller la campagne sous les yeux des Romains, qui ne purent résister à la provocation évidente et se laissèrent entraîner, puis massacrer par les Puniques, conduits par un maître de la stratégie, dans une étroite passe bordant le lac Trasimène (217 avant J.-C.).

Armure punique. Elle est décorée du dieu Baal Hammon (Musée de Carthage)

Rome était sans défense, mais Hannibal ne l’attaqua pas. Il préféra restaurer son armée. Il passa dans le sud de la péninsule, tandis que Rome levait de nouvelles légions.

À Cannes, il réussit à décimer une armée romaine deux fois supérieure à la sienne (216 avant notre ère).

Rome se retrouvait sans défense et sans armée. Pourquoi Hannibal n’a-t-il pas attaqué Rome et ainsi totalement exploité sa victoire ? Certains historiens pensent qu’il attendait des renforts de Carthage. Il les attendit dix ans !

Les délices de Capoue

Hannibal laissa d’abord ses troupes séjourner à Capoue, ou elles goûtèrent aux délices de la civilisation grecque. Puis les Romains assiégèrent Capoue. Hannibal chercha à les attirer sur un autre terrain, les battit en plusieurs occasions, prit entre-temps des villes de la côte (Tarente, Héraclée, Thurium, Métaponte), mais il n’arriva pas à faire lâcher prise aux assiégeants de Capoue. C’est dans le cadre de ces opérations de diversion qu’il faut situer sa marche sur Rome, en 211 avant notre ère.

Hannibal apparut sous les murs de la ville, campa quelques jours au bord de l’Anio et alla reconnaître les murailles. Une violente ondée fit tourner court les préparatifs d’un combat en rase campagne, et Hannibal n’insista pas.

Son apparition devait laisser aux Romains le souvenir d’une terreur légendaire.

Capoue tomba peu après au pouvoir des Romains, qui traitèrent la ville avec barbarie. Hannibal en fut très affecté, toutes ces opérations ayant eu pour objet de détourner ses adversaires de Capoue.

La guerre se poursuivit sans but précis. En 210 avant notre ère, Hannibal aurait pris et saccagé quatre cents localités de l’Italie méridionale.

Il perdait pied et se voyait repousser peu à peu. Malgré l’arrivée tardive des renforts envoyés par Carthage, il ne put que se maintenir sur un territoire de plus en plus restreint. Quand, en 203 avant notre ère, Carthage le rappela, à la suite du débarquement de Scipion en Afrique, il n’occupait plus que Crotone et ses abords immédiats.

Scipion l'Africain, Buste en bronze ( Ier siècle avant J.-C. Galerie nationale de Capodimonte, Naples)

C’est alors qu’il fit graver au temple d’Era Lacinia ses exploits. Rappelé d’Italie pour défendre Carthage, Hannibal affronte en 202 l’armée de Scipion dans un ultime combat à Zama (Tunisie actuelle).
Vainqueur, Scipion prend alors le surnom d’ »Africain ».

Les éléphants d’Hannibal

L’utilisation militaire d’éléphants est d’origine orientale. Les Perses les avaient utilisé contre Alexandre le Grand.

L’originalité des éléphants qu’utilise Hannibal est que la plupart viennent d’Afrique du Nord. Ils appartiennent à une espèce plus petite que celle de l’éléphant de savane.

Arrivant d’Espagne avec 37 éléphants, Hannibal comptait sur la force de ces animaux pour écraser l’ennemi romain.
Malheureusement, la traversée des Alpes leur fut fatale à cause de la neige.

Un seul éléphant, surnommé le « Syrien », survécut. Cet animal était sans doute un éléphant d’Asie. Il servait à Hannibal de monture d’apparat lorsqu’il entrait en vainqueur dans les villes conquises.

La fin d’Hannibal

Hannibal fit accepter les dures propositions de paix de Scipion, puis, devenu suffète (Magistrat suprême de Carthage), accomplit d’importantes réformes dans le gouvernement de Carthage et restaura l’activité économique.

Son activité inquiéta à la fois Rome et ses ennemis politiques. Aussi, en 195 avant notre ère, il jugea bon de fuir et de se réfugier à la cour du roi de Syrie, Antiochos III Mégas, dont il devint le conseiller.

Mais les intrigues de cour, son échec à la tête d’une escadre, lors de la bataille navale qui eut lieu à l’embouchure de l’Eurymédon (190 avant notre ère), et la paix d’Apamée (188 avant notre ère), le contraignirent à fuir en Bithynie, ou il rendit de nombreux services au roi Prousias.

Il continua à intriguer contre Rome. Cependant, Rome était partout victorieuse et Carthage le traitait en suspect. Menacé d’être livré aux Romains, Hannibal s’empoisonna en 183 avant notre ère.

V.B (15.05.2006)

Références bibliographiques

Les guerres puniques, éditions Larousse 1993 ; Encyclopédie Larousse 2005

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