Portrait d’Hannibal
Né en 247 avant notre ère, Hannibal
est le fils d’un général,
Hamilcar Barca (?-229 avant J.-C.), qui combattit
brillamment Rome pendant la première guerre
punique.
Hannibal avait passé son enfance dans
les camps d’Espagne et s’était
distingué de bonne heure par ses qualités
d’intelligence et de bravoure. Il avait
été élevé dans la
haine des Romains, traditionnelle dans sa famille.
Il est impossible de savoir d’où
vint l’initiative de la grande expédition
qu’il entreprit contre Rome.
L’idée venait-elle de son père
ou de son entourage ? Ou bien était-ce
un projet purement personnel, imposé à
un État dont les grands chefs établis
en Espagne n’étaient pas totalement
dépendants ?
Hannibal semble avoir pris l’initiative
de la guerre en attaquant la petite ville de Sagonte
(aujourd'hui Sagunto). C’était violer
l’esprit du traité entre Rome et
Carthage. Rome pouvait s’en irriter, mais
Hannibal pouvait avoir ainsi cherché le
conflit.

Hannibal, Buste
en marbre (Musée archéologique national,
Naples)
Nous ne connaissons Hannibal que par ses actions.
Il est certain qu’il fut un grand politique
et qu’il a cherché à recruter
des alliés contre Rome. Il n’a pas
réussi à former une coalition avec
Syracuse et la Macédoine. Il a guerroyé
avec opiniâtreté contre Rome, comme
en une croisade, médiocrement soutenu par
Carthage. Il a été servi par sa
connaissance de la tactique macédonienne.
Il gardait sur son armée toute son autorité,
tout son ascendant dans les pires circonstances.
Mais peut-être mêlait-il, comme l’a
observé C. Jullian, ses qualités
de réflexion à l’entêtement
et à l’imagination aventureuse. Il
avait aussi certains défauts : la cruauté,
le goût immodéré du pillage
et du butin, la ruse et même la perfidie.
La guerre d’Hannibal
Cette seconde guerre s’est déroulée
de 218 à 201. Pour marcher vers Rome, Hannibal
emmenait avec lui une armée hétérogène,
comprenant au départ Africains et Ibères,
en attendant d’entraîner ultérieurement
avec lui des peuples entiers.
Il aurait quitté le pays punique avec
une centaine de milliers d’hommes et 37
éléphants. Il devait perdre la moitié
de cette armée avant de rencontrer les
Romains.

Vase en forme d'éléphant
(Musée archéologique national, Naples)
Plusieurs batailles vont lui être nécessaires
pour réussir à écraser les
240 000 hommes de l’armée romaine.
En Gaule, il fallut éviter quelques troupes
de Gaulois, en particulier, passer le Rhône
en leur échappant. Les Romains manquèrent
l’occasion. En effet, Scipion arriva de
Marseille quelques jours plus tard.
Quel itinéraire Hannibal suivit-il ensuite
pour franchir les Alpes ? Aujourd’hui, l’itinéraire
de l’Isère et du Mont-Cenis rallie
de nombreux suffrages. C’était un
itinéraire difficile. L’étroitesse
des passes, la neige, les embuscades des montagnards...
L’armée apparut en Italie épuisée,
amoindrie, mais elle débouchait dans une
plaine dont Rome n’avait guère prévu
la défense.

Carte de
la deuxième guerre punique . Zoom
carte
Hannibal avait réussi à surprendre
l’adversaire.
Hannibal fut vainqueur sur les rives du Tessin
et de la Trébie (218 avant notre ère)
non sans nouvelles pertes. Il ne lui restait plus
qu’un éléphant. Mais il trouva
dans les Gaulois de Cisalpine des alliés
qui lui apportèrent un renfort considérable.
Une armée romaine gardait l’Apennin
à Arezzo. Pour la contourner, Hannibal
empêtra son armée dans la plaine
inondée de l’Arno en crue. Ses troupes
souffrirent beaucoup, et les bêtes de somme
se noyèrent en masse.
C’est à ce moment qu’une ophtalmie
fit perdre un œil à Hannibal. Celui-ci
alla piller la campagne sous les yeux des Romains,
qui ne purent résister à la provocation
évidente et se laissèrent entraîner,
puis massacrer par les Puniques, conduits par
un maître de la stratégie, dans une
étroite passe bordant le lac Trasimène
(217 avant J.-C.).

Armure punique.
Elle est décorée du dieu Baal Hammon
(Musée de Carthage)
Rome était sans défense, mais Hannibal
ne l’attaqua pas. Il préféra
restaurer son armée. Il passa dans le sud
de la péninsule, tandis que Rome levait
de nouvelles légions.
À Cannes, il réussit à décimer
une armée romaine deux fois supérieure
à la sienne (216 avant notre ère).
Rome se retrouvait sans défense et sans
armée. Pourquoi Hannibal n’a-t-il
pas attaqué Rome et ainsi totalement exploité
sa victoire ? Certains historiens pensent qu’il
attendait des renforts de Carthage. Il les attendit
dix ans !
Les délices de Capoue
Hannibal laissa d’abord ses troupes séjourner
à Capoue, ou elles goûtèrent
aux délices de la civilisation grecque.
Puis les Romains assiégèrent Capoue.
Hannibal chercha à les attirer sur un autre
terrain, les battit en plusieurs occasions, prit
entre-temps des villes de la côte (Tarente,
Héraclée, Thurium, Métaponte),
mais il n’arriva pas à faire lâcher
prise aux assiégeants de Capoue. C’est
dans le cadre de ces opérations de diversion
qu’il faut situer sa marche sur Rome, en
211 avant notre ère.
Hannibal apparut sous les murs de la ville, campa
quelques jours au bord de l’Anio et alla
reconnaître les murailles. Une violente
ondée fit tourner court les préparatifs
d’un combat en rase campagne, et Hannibal
n’insista pas.
Son apparition devait laisser aux Romains le
souvenir d’une terreur légendaire.
Ruines de la ville
antique de Carthage, en Tunisie, fondée
vers 820 avant J.-C. par les Phéniciens
(Photo © A. Édouard / Explorer)
Capoue tomba peu après au pouvoir des
Romains, qui traitèrent la ville avec barbarie.
Hannibal en fut très affecté, toutes
ces opérations ayant eu pour objet de détourner
ses adversaires de Capoue.
La guerre se poursuivit sans but précis.
En 210 avant notre ère, Hannibal aurait
pris et saccagé quatre cents localités
de l’Italie méridionale.
Il perdait pied et se voyait repousser peu à
peu. Malgré l’arrivée tardive
des renforts envoyés par Carthage, il ne
put que se maintenir sur un territoire de plus
en plus restreint. Quand, en 203 avant notre ère,
Carthage le rappela, à la suite du débarquement
de Scipion en Afrique, il n’occupait plus
que Crotone et ses abords immédiats.

Scipion l'Africain,
Buste en bronze ( Ier siècle avant J.-C.
Galerie nationale de Capodimonte, Naples)
C’est alors qu’il fit graver au temple
d’Era Lacinia ses exploits. Rappelé
d’Italie pour défendre Carthage,
Hannibal affronte en 202 l’armée
de Scipion dans un ultime combat à Zama
(Tunisie actuelle).
Vainqueur, Scipion prend alors le surnom d’
»Africain ».
Les éléphants
d’Hannibal
L’utilisation militaire d’éléphants
est d’origine orientale. Les Perses les
avaient utilisé contre Alexandre le Grand.
L’originalité des éléphants
qu’utilise Hannibal est que la plupart viennent
d’Afrique du Nord. Ils appartiennent à
une espèce plus petite que celle de l’éléphant
de savane.
Arrivant d’Espagne avec 37 éléphants,
Hannibal comptait sur la force de ces animaux
pour écraser l’ennemi romain.
Malheureusement, la traversée des Alpes
leur fut fatale à cause de la neige.
Un seul éléphant, surnommé
le « Syrien », survécut. Cet
animal était sans doute un éléphant
d’Asie. Il servait à Hannibal de
monture d’apparat lorsqu’il entrait
en vainqueur dans les villes conquises.
La fin d’Hannibal
Hannibal fit accepter les dures propositions
de paix de Scipion, puis, devenu suffète
(Magistrat suprême de Carthage), accomplit
d’importantes réformes dans le gouvernement
de Carthage et restaura l’activité
économique.
Son activité inquiéta à
la fois Rome et ses ennemis politiques. Aussi,
en 195 avant notre ère, il jugea bon de
fuir et de se réfugier à la cour
du roi de Syrie, Antiochos III Mégas, dont
il devint le conseiller.
Mais les intrigues de cour, son échec
à la tête d’une escadre, lors
de la bataille navale qui eut lieu à l’embouchure
de l’Eurymédon (190 avant notre ère),
et la paix d’Apamée (188 avant notre
ère), le contraignirent à fuir en
Bithynie, ou il rendit de nombreux services au
roi Prousias.
Il continua à intriguer contre Rome. Cependant,
Rome était partout victorieuse et Carthage
le traitait en suspect. Menacé d’être
livré aux Romains, Hannibal s’empoisonna
en 183 avant notre ère.
V.B (15.05.2006)
Références bibliographiques
Les guerres puniques, éditions Larousse
1993 ; Encyclopédie Larousse 2005
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