La grippe espagnole 1918/1919

Si dans la mémoire collective, la Première Guerre mondiale reste l’évènement le plus tragique du début du 20ème siècle, il en est un autre qui s'est avéré encore bien plus meurtrier... la grippe espagnole !
Selon les estimations, entre 20 et 40 millions de personnes ont succombé à cette épidémie dans le monde en à peine deux ans.
A titre de comparaison, on évalue à 13 millions le nombre de morts dus aux combats.

 

Grippe espagnole: une épidémie meurtrière

Maladie très contagieuse, la grippe se manifeste par de la fièvre, de la fatigue et des troubles respiratoires.

Hippocrate en décrivait déjà les symptômes dans l’Antiquité. Considérée aujourd’hui comme une maladie bénigne, on oublie qu’elle est encore mortelle. En France, on comptabilise au moins 1 500 décès chaque année.
Le nombre de morts est bien plus important encore dans les pays en voie de développement.

Grippe espagnole

Les hôpitaux du monde entier sont bondés. A Lyon, on procède aux inhumations jour et nuit. On entasse les cadavres plus qu'on ne les enterre

Il existe plusieurs raisons au fait que l’épidémie de 1918 a été aussi meurtrière.

Tout d'abord, le virus était d’une variété inconnue. On pense que l’origine de l’épidémie devait se situer en Asie Centrale et dans le Middle West américain, où la maladie s’est attaquée aux porcs avant d’être transmise aux humains.
Cette variante de la grippe aurait donc trouvé le moyen de passer de l’animal à l’homme par le biais d’une mutation.

Le virus de la grippe espagnole était de plus associé au redoutable bacille de Pfeiffer, cause des pneumonies et des pleurésies qui ont accompagné cette épidémie.

Enfin, il n'existait bien sûr à l'époque aucun vaccin contre cette grippe, ni contre aucune autre forme de grippe d'ailleurs.

Propagation de l’épidémie

Apparue au début de 1918 en Chine, l’épidémie s’est propagée rapidement aux Etats unis. En l’espace d’une semaine, l’ensemble de l'Amérique du Nord était touché.

Le déploiement massif des forces armées américaines en Europe ainsi que des forces coloniales a sûrement facilité la propagation du virus sur le vieux continent.

Grippe espagnole

En France, une rumeur se répand. La maladie viendrait de boîtes de conserve importées d’Espagne, dans lesquelles des agents allemands auraient introduit des microbes. Cette rumeur est typique d’une psychose collective qui fait voir partout la main de l’ennemi.

Grippe espagnole

Manifestation en faveur du port d'un masque hygiénique à Paris en 1918

Ce fantasme est la cause du nom de grippe espagnole.

Précision de Nathalie (envoyé par e-mail):

Il semble également admis qu'elle a été appelée "espagnole" parce que l'Espagne a été le premier pays, en mai 1918, à admettre son existence. L'Espagne était alors un pays neutre et était exemptée de censure militaire et publiait donc librement. Les autres pays, en pleine guerre, ayant préféré taire l'existence de l'épidémie pour ne pas miner le moral des populations.
Les journaux français parlaient du reste de la grippe espagnole qui faisait des ravages..... en Espagne. On l'appelle aussi "la tueuse" au Canada.

Un bilan effroyable

Dans un premier temps, la maladie n’a pas provoqué un taux de mortalité très élevé. La plupart des victimes étaient rétablies au bout de quelques jours de fièvre.

En revanche, la seconde vague de l’épidémie à la fin de 1918, se révéla particulièrement meurtrière.
Les victimes décédaient en 3 jours !

Le bilan humain est tout simplement monstrueux.

On estime que près de la moitié de la population mondiale a été touchée par ce virus. Certains Etats ont payé un lourd tribut en vies humaines.

Environ 550 000 américains sont morts ce qui est bien plus que les pertes cumulées des deux guerres mondiales, de la guerre de Corée et de celle du Viêt Nam.

En France, on parle de 400 000 victimes.

En Alaska, 25% de la population a été fauchée.

On comptabilise également 112 000 victimes anglaises, des milliers de victimes en Afrique et entre 13 et 20 millions de morts pour le seul sous-continent indien.

Grippe espagnole

A Londres, les employés municipaux désinfectent les lieux publics

Avec un bilan mondial aussi lourd, cette épidémie reste sans conteste une des plus grandes tragédies du XXème siècle.

Les risques d'épidémie aujourd’hui

L’épidémie s’est éteinte en 1919 d’elle-même et n’est jamais réapparue sous cette forme. A l’heure actuelle, les scientifiques essayent toujours d’en savoir plus sur cette maladie. Des recherches sur des cadavres conservés par le froid sont en cours afin d’isoler l’agent pathogène et de pouvoir trouver un traitement efficace en cas de résurgence du virus.

Ce qu’il faut retenir de cette tragédie est que notre monde n’est pas à l’abri d’une nouvelle variante d’une grippe aviaire et que la transmission du virus de l’animal vers l’homme est toujours possible.

Ce qui s'est passé, avec la grippe aviaire, en Chine et dans de nombreux pays asiatiques en est la preuve.

Devant un tel cas de figure, le problème majeur consiste à éviter la propagation de la maladie en isolant immédiatement les victimes et les régions touchées. Il faut bien sûr que les pays concernés soient suffisamment responsables pour prendre des mesures draconiennes et avertir la communauté internationale du danger.
On a pu constater que ça n’a pas été le cas avec la Chine qui a mis longtemps avant d’annoncer officiellement la nouvelle.

Actuellement, étant donné les déplacements continuels des hommes et des marchandises, la capacité des chercheurs à isoler le virus et à mettre au point un vaccin est la clef de notre survie en cas de réapparition de ce virus.

Il faut savoir qu’une épidémie peut se répandre dans le monde en moins d’une semaine.

La grippe espagnole recréée en laboratoire

Le virus de la grippe espagnole a pu être ressuscité. En effet, le séquençage complet du génome du virus a été isolé chez une Inuit ensevelie dans les sols gelés de l’Alaska depuis 1918.

D’après les études effectuées par une équipe de chercheurs américains, le virus de la grippe espagnole est d’origine aviaire.
Il se serait adapté à l’Homme à la faveur d’une mutation.

Il servira de modèle afin de se préparer à une éventuelle mutation du virus H5N1 (grippe aviaire) qui sévit toujours.

P. Vouzellaud (09.2004) . V.Battaglia M.à.J 3.12.2005

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