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Le Grand Nord canadien

Toute l’année, les immensités du nord-ouest du Canada restent emprisonnées par le gel. A l’issue de milliards d’années, l’évolution géologique du Grand Nord semble figée.
Cependant, ce paysage glacé se modifie en permanence.
Des lacs naissent puis disparaissent ; les pingos, ces immenses buttes de glace, se succèdent dans le delta du Mackenzie donnant au paysage un aspect féerique et mystérieux.

L’évolution géologique du Grand Nord

Les vastes régions de l'Arctique ne sont pas aussi arides que le suggère leur nom anglais Barren Grounds (« terres nues »). Entre la mer de Beaufort, à l'ouest, et la terre de Baffin, à l'est, s'étend un immense territoire tapissé de résineux au sud et d'arbustes nains, de mousses et de lichens au nord.

Parmi la végétation, la roche à nu affleure en saillies arrondies dont le vent balaie la protection neigeuse, les exposant à l'action du gel. Ici, le gel est quotidien, ou presque, même au plus fort de l'été arctique.

Mer arctique

Mer arctique pendant la brève période "d'été" . By Wili hybrid . (CC BY-NC-ND 3.0)

Durant la période glaciaire, le Canada se trouvait presque entièrement recouvert d'un bouclier de glace dont l'épaisseur atteignait 3 000 m par endroits. Dans le Grand Nord, ces énormes masses de glace, lestées de blocs de pierre arrachés au fond des glaciers, creusèrent et polirent la roche.
Elles façonnèrent des bosses et des cuvettes où l'eau s'accumula lorsque les glaciers reculèrent, donnant naissance à une myriade de lacs.
C'est ainsi que la physionomie des paysages du Grand Nord est criblée de lacs, petits et grands.

A environ un millier de kilomètres au sud-est du delta du Mackenzie, sur les rives du lac Acasta, affleurent les roches les plus anciennes du globe.

Le Mackenzie

Le Mackenzie, gélé . By Eclectic Blogs . (CC BY-NC-ND 3.0)

Formées voici quelque 4 milliards d'années, ces roches issues des entrailles de la Terre furent jadis exposées à des températures atteignant 800 °C. Aujourd'hui, c'est le gel qui les tient sous sa coupe: le Grand Nord canadien est couvert de permafrost.

Sous les latitudes arctiques du Canada, le gel est permanent. Même pendant la saison « chaude », le sol reste gelé en profondeur et seule une mince couche se réchauffe à la surface.

Mer arctique

Très belle vue de la mer arctique. By Wili hybrid. (CC BY-NC-ND 3.0)

Or, lorsque le sol reste pris par le gel pendant au moins 2 ou 3 années de suite, il se forme ce que l'on appelle un permafrost ou pergélisol. Celui-ci peut être révélateur d'une période de climat froid, mais il existe aussi pendant les périodes plus tempérées, là où les températures annuelles moyennes restent inférieures à - 6 ou - 8 °C, comme dans le Grand Nord canadien.

Cercle arctique

Cercle arctique . By Tillwe . (CC BY-NC-ND 3.0)

Plus le mercure tombe, plus la limite du permafrost est profonde. Aux abords du lac Acasta, elle se situerait à environ 100 m sous terre, tandis qu'elle dépasserait par endroits 500 m sur les côtes de la mer de Beaufort et sur les îles de l'Arctique canadien.

Les pingos

Pingo est un mot esquimau qui désigne des buttes de glace. Un pingo, ou plus scientifiquement « hydrolaccolite » se forme uniquement dans les régions de permafrost. De plus, le permafrost doit inclure des talikis c’est-à-dire des « bulles » d’eau qui ne gèlent pas.

Il faut environ 8 000 ans pour qu’un pingo se forme.

Pingo.  Hydrolaccolite

Pingo © Henk Berendsen

Le permafrost recèle des zones de taille variable où le sol n'est pas constamment gelé. Celles-ci se trouvent en général sous les lacs, où l'eau, qui emmagasine la chaleur, préserve le sous-sol du gel. Dans le delta du Mackenzie, des éminences coniques au sommet creusé d'un petit cratère ont émergé de la plaine, à un rythme de 1 à 2 m par an dans un premier temps, puis plus lentement.

Les plus hautes de ces buttes, composées de glace, s'élèvent aujourd'hui à une cinquantaine de mètres.

Le delta du Mackenzie en compte environ 1400. Toutes, ou presque, sont des vestiges de lacs. Aujourd'hui, le Grand Nord compte encore une foule de points d'eau stagnante, autant de pingos en puissance.

Renard polaire

Le renard polaire est l'un des résidents du Grand Nord . © dinosoria.com

Le bassin du Mackenzie est le plus vaste du Canada, le deuxième d'Amérique du Nord. Sorti du Grand Lac des Esclaves, le fleuve coule vers le nord-ouest, sur un sol gelé en permanence, et se jette dans la mer en formant un delta marécageux saisonnier.

Le Mackenzie rencontre la rivière de l'Ours, qui draine les eaux du Grand Lac de l'Ours.

La toundra nord-américaine

Le mot toundra vient d’un terme lapon qui signifie « terre stérile ». La toundra définit la végétation basse de l’Arctique.
Durant l’été, bref et intense, il ne fait jamais nuit. Par contre, tout au long de l’hiver, le soleil se lève à peine.
La température varie de -60°C à -24°C.

Parc national de Denali

Le Parc national de Denali est une réserve au sud de l'Alaska. By Unhindered by Talent. (CC BY-NC-ND 3.0)

La superficie de la toundra nord-américaine est de 5,3 millions de km². Pendant une courte période, la toundra fourmille d'invertébrés, en particulier de moustiques et de scarabées, dont se nourrissent les oiseaux migrateurs.

Sterne arctique

Sterne arctique . By Amkhosla . (CC BY-NC-ND 3.0)

Situation : Alaska, nord du Canada et régions littorales du Groenland.

Des lacs migrateurs

Les lacs de la région d'Acasta sont en voie d'extinction. Ils disparaissent peu à peu du paysage, à mesure que boues et sables comblent les cuvettes rocheuses creusées par les glaciers durant la période glaciaire.

Dans le permafrost sableux ou argileux, en revanche, apparaissent sans cesse de nouveaux lacs qui mènent une vie particulièrement mouvementée.

Il n'est pas rare qu'ils se déplacent à raison de plusieurs mètres par jour ou par semaine à travers le paysage.

Grand lac de l'Ours

Grand lac de l'Ours . By A75. (CC BY-NC-ND 3.0)

Pour que naisse un nouveau lac, il faut d'abord que la couverture végétale, qui isole le permafrost de la chaleur et le maintient sous l'emprise du gel, se dégarnisse quelque part. A cet endroit, le sol dégèle en profondeur et la glace, répartie en général sous forme de lentilles ou de cônes dans le permafrost, commence à fondre.

À l'origine du processus, une petite rupture de la couverture végétale suffit, comme le montre un cas observé dans la toundra du Grand Nord canadien.

Un chasseur avait laissé son chien attaché à une longue chaîne fixée à un pieu pendant 10 jours de suite. Parcourant le périmètre que lui autorisait la longueur de sa laisse, l'animal avait tracé une piste à peine perceptible dans la couverture végétale.

La réserve de Denali

La réserve de Denali porte le nom du mont McKinley . By Resride 2K. (CC BY-NC-ND 3.0)

Deux ans plus tard, le chasseur revient au même endroit. Autour du pieu où il avait attaché le chien, le sol s'est affaissé de 20 à 30 cm. C'est dans ce genre de dépression que s'accumulent les eaux de fonte qui, plus chaudes que le sol, accélèrent le processus de dégel. Résultat: le trou s'agrandit. Une fois que l'étang est suffisamment étendu pour que le vent y soulève des vagues, il commence à se déplacer dans la direction des vents dominants.

Au fil du temps apparaît ainsi une foule de lacs, grands et petits, dont l'axe longitudinal est pratiquement aligné sur la direction dominante des vents d'été.

V.Battaglia (04.10.2006)

Références

Les secrets de la Terre, Sélection du Reader’s Digest. Planète Terre, éditions Gallimard 2004

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