L’évolution géologique
du Grand Nord
Les
vastes régions de l'Arctique ne sont pas
aussi arides que le suggère leur nom anglais
Barren Grounds (« terres nues »).
Entre la mer de Beaufort, à l'ouest, et
la terre de Baffin, à l'est, s'étend
un immense territoire tapissé de résineux
au sud et d'arbustes nains, de mousses et de lichens
au nord.
Parmi la végétation, la roche à
nu affleure en saillies arrondies dont le vent
balaie la protection neigeuse, les exposant à
l'action du gel. Ici, le gel est quotidien, ou
presque, même au plus fort de l'été
arctique.

Mer arctique
pendant la brève période "d'été"
. By Wili hybrid Licence
Durant
la période glaciaire, le Canada se trouvait
presque entièrement recouvert d'un bouclier
de glace dont l'épaisseur atteignait 3
000 m par endroits. Dans le Grand Nord, ces énormes
masses de glace, lestées de blocs de pierre
arrachés au fond des glaciers, creusèrent
et polirent la roche.
Elles façonnèrent des bosses et
des cuvettes où l'eau s'accumula lorsque
les glaciers reculèrent, donnant naissance
à une myriade de lacs.
C'est ainsi que la physionomie des paysages du
Grand Nord est criblée de lacs, petits
et grands.
A
environ un millier de kilomètres au sud-est
du delta du Mackenzie, sur les rives du lac Acasta,
affleurent les roches les plus anciennes du globe.

Le Mackenzie, gélé
. By Eclectic Blogs Licence
Formées
voici quelque 4 milliards d'années, ces
roches issues des entrailles de la Terre furent
jadis exposées à des températures
atteignant 800 °C. Aujourd'hui, c'est le gel
qui les tient sous sa coupe: le Grand Nord canadien
est couvert de permafrost.
Sous
les latitudes arctiques du Canada, le gel est
permanent. Même pendant la saison «
chaude », le sol reste gelé en profondeur
et seule une mince couche se réchauffe
à la surface.

Très belle
vue de la mer arctique. By
Wili hybrid Licence
Or,
lorsque le sol reste pris par le gel pendant au
moins 2 ou 3 années de suite, il se forme
ce que l'on appelle un permafrost ou pergélisol.
Celui-ci peut être révélateur
d'une période de climat froid, mais il
existe aussi pendant les périodes plus
tempérées, là où les
températures annuelles moyennes restent
inférieures à - 6 ou - 8 °C,
comme dans le Grand Nord canadien.

Cercle arctique
. By Tillwe Licence
Plus
le mercure tombe, plus la limite du permafrost
est profonde. Aux abords du lac Acasta, elle se
situerait à environ 100 m sous terre, tandis
qu'elle dépasserait par endroits 500 m
sur les côtes de la mer de Beaufort et sur
les îles de l'Arctique canadien.
Les pingos
Pingo
est un mot esquimau qui désigne des buttes
de glace. Un pingo, ou plus scientifiquement «
hydrolaccolite » se forme uniquement dans
les régions de permafrost. De plus, le
permafrost doit inclure des talikis c’est-à-dire
des « bulles » d’eau qui ne
gèlent pas.
Il
faut environ 8 000 ans pour qu’un pingo
se forme.

© Henk
Berendsen
Le permafrost recèle des zones de taille
variable où le sol n'est pas constamment
gelé. Celles-ci se trouvent en général
sous les lacs, où l'eau, qui emmagasine
la chaleur, préserve le sous-sol du gel.
Dans le delta du Mackenzie, des éminences
coniques au sommet creusé d'un petit cratère
ont émergé de la plaine, à
un rythme de 1 à 2 m par an dans un premier
temps, puis plus lentement.
Les
plus hautes de ces buttes, composées de
glace, s'élèvent aujourd'hui à
une cinquantaine de mètres.
Le
delta du Mackenzie en compte environ 1400. Toutes,
ou presque, sont des vestiges de lacs. Aujourd'hui,
le Grand Nord compte encore une foule de points
d'eau stagnante, autant de pingos en puissance.

Le renard polaire
est l'un des résidents du Grand Nord . Licence
Le
bassin du Mackenzie est le plus vaste du Canada,
le deuxième d'Amérique du Nord.
Sorti du Grand Lac des Esclaves, le fleuve coule
vers le nord-ouest, sur un sol gelé en
permanence, et se jette dans la mer en formant
un delta marécageux saisonnier.
Le Mackenzie rencontre la rivière de l'Ours,
qui draine les eaux du Grand Lac de l'Ours.
La toundra nord-américaine
Le
mot toundra vient d’un terme lapon qui signifie
« terre stérile ». La toundra
définit la végétation basse
de l’Arctique.
Durant l’été, bref et intense,
il ne fait jamais nuit. Par contre, tout au long
de l’hiver, le soleil se lève à
peine.
La température varie de -60°C à
-24°C.

Le Parc national
de Denali est une réserve au sud de l'Alaska.
By Unhindered by Talent Licence
La
superficie de la toundra nord-américaine
est de 5,3 millions de km². Pendant une courte
période, la toundra fourmille d'invertébrés,
en particulier de moustiques et de scarabées,
dont se nourrissent les oiseaux migrateurs.

Sterne arctique
. By Amkhosla Licence
Situation
: Alaska, nord du Canada et régions littorales
du Groenland.
Des lacs migrateurs
Les
lacs de la région d'Acasta sont en voie
d'extinction. Ils disparaissent peu à peu
du paysage, à mesure que boues et sables
comblent les cuvettes rocheuses creusées
par les glaciers durant la période glaciaire.
Dans
le permafrost sableux ou argileux, en revanche,
apparaissent sans cesse de nouveaux lacs qui mènent
une vie particulièrement mouvementée.
Il
n'est pas rare qu'ils se déplacent à
raison de plusieurs mètres par jour ou
par semaine à travers le paysage.

Grand lac de l'Ours
. By A75 Licence
Pour
que naisse un nouveau lac, il faut d'abord que
la couverture végétale, qui isole
le permafrost de la chaleur et le maintient sous
l'emprise du gel, se dégarnisse quelque
part. A cet endroit, le sol dégèle
en profondeur et la glace, répartie en
général sous forme de lentilles
ou de cônes dans le permafrost, commence
à fondre.
À
l'origine du processus, une petite rupture de
la couverture végétale suffit, comme
le montre un cas observé dans la toundra
du Grand Nord canadien.
Un
chasseur avait laissé son chien attaché
à une longue chaîne fixée
à un pieu pendant 10 jours de suite. Parcourant
le périmètre que lui autorisait
la longueur de sa laisse, l'animal avait tracé
une piste à peine perceptible dans la couverture
végétale.

La réserve
de Denali porte le nom du mont McKinley . By
Resride 2K Licence
Deux
ans plus tard, le chasseur revient au même
endroit. Autour du pieu où il avait attaché
le chien, le sol s'est affaissé de 20 à
30 cm. C'est dans ce genre de dépression
que s'accumulent les eaux de fonte qui, plus chaudes
que le sol, accélèrent le processus
de dégel. Résultat: le trou s'agrandit.
Une fois que l'étang est suffisamment étendu
pour que le vent y soulève des vagues,
il commence à se déplacer dans la
direction des vents dominants.
Au
fil du temps apparaît ainsi une foule de
lacs, grands et petits, dont l'axe longitudinal
est pratiquement aligné sur la direction
dominante des vents d'été.
V.B
(04.10.2006)
Références bibliographiques
Les
secrets de la Terre, Sélection du Reader’s
Digest. Planète Terre, éditions
Gallimard
< Pays.
Continents
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