Flocon de neige ou Copito de
Nieve était le seul gorille albinos scientifiquement
connu. Vedette choyée du zoo de Barcelone,
ce gorille blanc est mort en novembre 2003 d’un
cancer de la peau.
Mais était-il si différent des autres
gorilles ? Le Docteur Riopelle a effectué
une étude approfondie de cet unique albinos
pendant de nombreuses années. Ce sont ces
expériences que je vous propose de découvrir.
Qui était Flocon de neige ?
Ce gorille blanc a été capturé
en 1966 en Guinée équatoriale. Il avait été
ramené en Espagne par un scientifique espagnol, Jordi
Sabater Pi, qui l'avait découvert captif chez un chasseur
de la tribu Fang
Il appartenait à la sous-espèce
des plaines occidentales (Gorilla gorilla gorilla).
Adulte, il pesait 181 kilos pour 1,63 mètre.
Son alimentation était composée de fruits, de
légumes, de lait et de yaourt écrémé.
Il est mort à 40 ans ce qui est un
âge très avancé pour un gorille dont l’espérance
de vie ne dépasse guère 25 ans en liberté.
Son albinisme est à l’origine du cancer de la peau
qui lui a été fatal. Au cours de sa captivité,
il a eu trois compagnes avec lesquelles il a eu 21 enfants. Aucun
de ses enfants et petits-enfants n'a hérité de son
albinisme.
Les conséquences de l’albinisme
Apparemment, Flocon de neige était semblable aux autres
gorilles, mises à part sa couleur et sa vision diurne légèrement
plus faible.
Ce phénomène a souvent été observé
chez les albinos.
Son comportement était tout à fait celui d’un
gorille. Il applaudissait frénétiquement tout comme
nous le faisons pour manifester notre joie ou notre exubérance.
L’étude de ce gorille a permis aux scientifiques d’accroître
leurs connaissances des effets de l’albinisme.
Par exemple, le fait que sa vision diurne ait été
plus faible peut lui avoir retiré de l’assurance naturelle
dans sa jeunesse.
Au cours des expériences, il était accompagné
de Muni, un gorille noir qui le dominait toujours dans leurs activités.
Le test du miroir
Si vous avez un animal de compagnie, chien ou chat, vous avez déjà
sûrement effectué ce test. Personnellement, je l’ai
fait sur mes trois chiennes avec des résultats différents
selon l’individu. Une a manifesté un certain intérêt
mais surtout une grande perplexité. Une autre semblait inquiète
devant cette étrange présence qu’elle ne pouvait
sentir.
Quand Flocon de neige a été mis pour la première
fois devant un miroir, il s’est enfui en courant. Ensuite,
il a frappé sa propre image comme si il voulait tester la
réalité de ce qu’il voyait.
Son compagnon, Muni, eut un tout autre comportement. Il marcha
avec assurance vers le miroir. Il était fasciné par
son image mais a compris qu’il ne s’agissait pas d’un
gorille réel. Il s’est installé devant et s’est
mis, grâce au miroir, à examiner les parties de son
corps qu’il ne pouvait voir normalement.
Doit-on en conclure que Flocon de neige s’est rendu compte
que son image ne correspondait pas à la vision des gorilles
qu’il connaissait ?
C’est un peu comme si un homme à la peau verte, vivant
au milieu de congénères à la peau bleue, réalisait
subitement sa différence.
Le test de la poupée
Le Docteur Riopelle donna une poupée qui était sa
réplique au gorille. Flocon de neige la saisit, l’embrassa
et la berça avec douceur.
Puis, le scientifique démonta la poupée. Le gorille
s’intéressa uniquement à la tête. Le reste
du corps ne l’intéressait pas du tout.
Il traîna sa poupée partout pendant de nombreuses
années. Pourquoi Flocon de neige s’est-il attaché
aussi intensément à cette poupée ? Aurait-il
eu le même comportement avec une poupée ne lui ressemblant
pas ?
L’expérience n’a pas été essayée
à ma connaissance.
L’enfance : une étape primordiale
Cette expérience a été menée sur des
singes rhésus et des chimpanzés mais s’adaptent
parfaitement aux gorilles et peut d’une certaine manière
expliquer le manque d’assurance de Flocon de neige.
Un jeune singe élevé dans l’isolement c’est-à-dire
privé de jouets ou d’objets, bien nourri mais non par
sa mère, se recroqueville sur lui-même et ne s’intègre
jamais dans une communauté, une fois adulte.
Souvent, ces singes névrosés ne s’accouplent
pas et les femelles font de mauvaises mères.
Ce jeune macaque rhésus manisfeste
par son comportement une névrose
Chez les singes comme chez les hommes, la personnalité adulte
se forme dès l’enfance. On sait aujourd’hui,
que les singes apprennent beaucoup par l’expérience.
Les singes font des progrès d’un problème à
l’autre.
Un singe peut parfaitement observer une seule tentative d’un
congénère sur un problème et le résoudre
ensuite correctement.
C’est pourquoi, il est primordial pour leur développement
de grandir au sein d’une communauté ou du moins dans
un environnement riche.
C’est le même cas pour un enfant que l’on priverait
dans son enfance de stimuli adéquats et qui, obligatoirement,
se montrera un élève lent et incapable d’apprendre
correctement.
Ce jeune chimpanzé regarde
son émission favorite
Flocon de neige a été capturé très
jeune et n’a pu bénéficier de cette enfance
au sein de son clan. Je pense, personnellement, que sa lenteur pour
assimiler provenait en grande partie de cet handicap et non de son
albinisme.
Si proches et pourtant ...
Les primates sont souvent considérés comme d’habiles
imitateurs de l’homme. Ils peuvent conduire une voiture, taper
sur un clavier d’ordinateur ou peindre des tableaux d’art.
Mais, à l’origine, il y a de toute évidence
l’intelligence, la perspicacité et l’expérience.
L’imitation n’intervient que pour propager au sein du
groupe les nouveaux acquis.
Privé de sa mère, ce
macaque rhésus choisit un objet doux pour se blottir en remplacement
Leur subtilité nous échappe encore mais les étudier,
et surtout les protéger, nous permettraient une meilleure
compréhension de nous-mêmes.
Flocon de Neige a été traité avec tous les
égards possibles et incinéré lors d’une
cérémonie officielle.
Son albinisme l’a rendu célèbre et lui a valu
le vedettariat. Cela ne doit pas nous faire oublier que si nous
ne réagissons pas rapidement, ses congénères
n’existeront plus dans moins de 30 ans.