Portrait du glouton
Espèce unique de son genre, le glouton est rangé
dans la sous-famille des Mustélinés, à laquelle
appartiennent également les martres et les belettes.

Gouton (Gulo gulo). By Mannyh 808
Il existe 6 sous-espèces de gloutons.
Petite boule de fourrure, trapu avec des griffes et des mâchoires
redoutables, le glouton vit dans un environnement difficile.
Cet animal évolue dans les forets glaciales et la toundra
arctique du nord de la Scandinavie, de la Sibérie et du Canada.

Squelette de glouton. © Kim Thompson
Sa taille imposante résulte d’ailleurs de cet environnement.
En général, les animaux qui évoluent sous un
climat froid développent une stature plus robuste.

Glouton. By Conlawprof
Cette taille présente deux avantages :
- Elle favorise la stabilité de la température
interne
- Elle augmente sa capacité à avaler des repas
importants à intervalles prolongés
Sous des températures aussi basses, l’hiver est long
et les proies se font rares. Le glouton peut passer plusieurs jours
sans rien manger ; cependant, quand une carcasse de renne se présente,
il en tire le meilleur parti en se gavant autant que possible.

Le glouton possède de redoutables mâchoires. By JP Matth
Pour ce travail, le glouton est parfaitement équipé.
Il possède des prémolaires très développées.
Ses mâchoires sont robustes et actionnées par de puissants
muscles masticateurs. Cette capacité de nettoyer les carcasses
lui a valu le surnom de « hyène du Nord ».

Crâne de glouton. © Kim Thompson
On lui attribue également une grande férocité.
S’il rencontre un prédateur tel un ours, il peut l’attaquer,
surtout pour défendre son butin. Cependant, malgré
sa détermination, il ne peut venir à bout d’un
tel adversaire.
Contre un loup isolé, la lutte est équilibrée
; par contre, le glouton succombe facilement à une meute
affamée.
Quelle que soit la sous-espèce, glouton d’Europe (Gulo
gulo gulo) ou glouton d’Amérique du Nord (Gulo gulo luscus), le glouton est considéré comme dangereux
et donc persécuté par l’Homme en permanence.

By Frans Badger
Massif, le glouton peut peser jusqu’à 32 kg. La femelle est environ 10% plus
petite et 30% plus légère que le mâle.
Le glouton : un vrai prédateur
L’alimentation du glouton varie selon la saison ; exclusivement
carnivore l’hiver, il peut enrichir son menu à la belle
saison.
Le glouton n’est pas un grand chasseur, par contre il dispose
d’un avantage : ses grands pieds. En effet, malgré
son poids, ses pieds larges permettent une répartition de
la masse ; de ce fait, il ne s’enfonce pas dans la neige poudreuse.

Pattes de glouton. © Kim Thompson
Cette caractéristique lui permet de maintenir un petit galop
sur de longues distances. Sur une neige molle, il peut poursuivre
un renne ou un orignal adulte et le tuer sans problème.
Il vient même à bout d’animaux rapides comme
le renard ou la martre.

Petite pause dans la neige pour ce glouton . By Uhusted
Il possède un autre avantage : il peut monter dans les arbres.
Il est capable de se hisser dans les branches pour attraper un lynx dans ses mâchoires puis le projeter à terre où
il l’achèvera.
Les caribous constituent la base de son alimentation
l’hiver. Cadavres ou proies fraîches qu’il chasse,
le glouton ne fait pas le difficile.
Quand il chasse, il privilégie l’embuscade. Il se
cache derrière un rocher ou grimpe dans un arbre puis attend
qu’une proie se présente.

By Mary Harrsch
Là, il saute sur le dos de sa victime et s’agrippe
avec ses griffes en se laissant traîner sur une centaine de
mètres.
La proie finit par perdre l’équilibre et il ne reste
plus qu’au glouton à la mettre en pièces de
ses puissantes mâchoires.
Ses muscles masticateurs broient les os sans difficulté et
il en extrait la moelle, très nutritive.

Le glouton chasse en général en embuscade. By Mannyh 808
Ses proies sont diverses : chevreuils, ovins sauvages, lièvres,
écureuils, petits rongeurs ou oiseaux nichant au sol.
Il tue d’une morsure au cou les petites proies. Pour les grosses
proies, il avale ce qu’il peut puis démembre la carcasse
afin d’ensevelir les morceaux dans plusieurs endroits.

Prédateur, le glouton est aussi une proie. Ici, il tente d'échapper à un ours. By Mary Harrsch
L’été, il agrémente son menu d’insectes,
de pousses d’arbre ou de fruits. Un glouton affamé
peut pêcher du poisson en eau peu profonde.
La vie sociale du glouton
Quel que soit son habitat, le glouton couvre un vaste territoire.
Il peut défendre un domaine allant jusqu’à 400
km². Dans la toundra arctique, certains mâles circulent
sur une zone de plus de 1 500 km².
Mais, l’animal revient toujours aux mêmes terriers.
Ce n’est pas un nomade et il possède un fort esprit
territorial.

Terrier d'un glouton. By iBoy 71
Il ne peut, bien sûr, défendre de telles superficies.
Pour se faire respecter, il laisse des traces odorantes de son passage.
Le glouton est un solitaire. Le domaine d’un mâle couvre
celui de deux ou trois femelles et chevauche souvent celui d’un
autre mâle.

Rencontre tendue entre deux gloutons mâles. By Guppiecat
Inutile de préciser que les rencontres entre mâles
sont plutôt tendues. En général, chacun évite
la provocation.
La reproduction du glouton
La femelle du glouton se distingue par sa capacité à
retarder le début de sa gestation. C’est une nécessité
vitale qui est liée au climat rigoureux.
Eparpillés, mâles et femelles se croisent rarement
et se montrent indifférents. C’est en avril que le
mâle cherche une partenaire.

By Carsten Drossel
Grâce à son odorat, il peut repérer les femelles
fécondables. Une fois l'ovule fécondé, il peut rester en quiescence pendant des semaines ou des mois, et ne s'implanter dans l'utérus que lrosque les conditions sont favorables.
Cela abouti, au terme d’une gestation de 35 jours en moyenne,
à une naissance au printemps suivant. En temps normal, la
femelle met bas tous les deux ans.
Entre 2 et 4 petits naissent dans une tanière creusée
dans une congère, un arbre creux ou dans l’anfractuosité
d’un rocher.

By Guppiecat
Aveugles, les nouveau-nés pèsent à peine 100 grammes. Ils
sont allaités pendant 10 semaines. A trois mois, ils ont
déjà atteint leur taille adulte.
La maturité sexuelle est atteinte vers 2 ou 3 ans. La longévité
d’un glouton en liberté est d’environ 12 ans. En captivité, elle peut atteindre 17 ans.
Le glouton et l’Homme
Bien que peuplant des contrées reculées, le glouton
est persécuté par l’Homme. Sa fourrure est notamment
utilisée pour doubler les capuches de manteaux.
Pourtant cet environnement est vraiment hostile. La toundra arctique
est plongée dans le noir la moitié de l’année,
balayée par les vents glacials et grouillante de moustiques
en été.

By bcoppa
Le glouton figure sur la Liste rouge l'IUCN en tant qu'espèce vulnérable. D'après leur dernier rapport, la population totale n'est pas connue. On sait par contre que ses effectifs ont dramatiquement chuté. La diminution
de la variété génétique au sein des
populations amènera à terme la disparition d’un
prédateur pourtant fascinant.
En Alaska, l’effectif est trop faible pour garantir sa survie.
En Suède et en Finlande, les populations sont également
au bord de l’extinction. Le gouvernement de ces pays a continué
à verser une prime d’abattage jusqu’en 1976 alors
que la population ne dépassait pas les 40 individus !
Les peuples scandinaves vouent une réelle haine au glouton
car il choisissait ses proies parmi les rennes domestiques.

Glouton en captivité. By Guppiecat
Ailleurs, l’extension des activités forestières,
agricoles ou industrielles affecte l’habitat du glouton.
Pour survivre, les derniers gloutons se sont réfugiés
dans les régions les plus inhospitalières mais cela
a entraîné un problème de consanguinité.
Une fois encore, l’Homme a réussi sans mal à
exterminer une espèce.
V.B (04.l 2005).M.à.J 12.2007
Classification
Règne: Animalia
Embranchement: Chordata
Sous-embranchement: Vertebrata
Classe: Mammalia
Sous-classe: Theria
Superordre: Eutheria
Ordre: Carnivora
Sous-ordre: Caniformia
Famille: Mustelidae
Sous-famille: Mustelinae
Genre:Gulo
Espèce: Gulo gulo
Sous-espèces:
Gulo gulo albus
Gulo gulo gulo
Gulo gulo katschemakensis
Gulo gulo luscus
Gulo gulo luteus
Gulo gulo vancouverensis
Références bibliographiques et crédit photographique
Le glouton, Collection Marshall Cavendish 1994
Les Mustélidés, Larousse des Animaux, éditions Larousse 2006
Les photos sont sous licence creative commons et proviennent du site Flickr
En savoir plus sur les Mustélidés
Le putois et le furet
Le putois d'Europe
Le blaireau
Le ratel
La loutre
< Encyclopédie
du Monde Animal |