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Ganvié. Lac Nokoué

Invasion de la jacinthe d’eau au Bénin

Ganvié, au Bénin, est la plus importante cité lacustre d’Afrique. Située sur le lac Nokoué, la Venise africaine est envahie par une jacinthe d’eau d’origine amazonienne.
Cette magnifique fleur envahit peu à peu depuis plus de 25 ans le lac Nokoué et ses villages lacustres. Elle étouffe toute vie aquatique et bouleverse ainsi l’existence des pêcheurs Toffin.

Le Bénin est un petit état d’Afrique occidentale baigné au sud par l’océan Atlantique. Étiré sur 670 km, le Bénin se présente comme une étroite bande de terre s'élargissant légèrement au nord. La façade atlantique (125 km) est bordée de cordons littoraux isolant de vastes plans d’eau lagunaires ou lacustres.
L'économie du Bénin repose sur l'agriculture, l'élevage et la pêche.

Ce pays est fragmenté en une mosaïque d'ethnies. Les Toffin sont l’une des nombreuses ethnies. Leurs ancêtres se réfugièrent à Ganvié pour échapper aux chasseurs d’esclaves à Cotonou.
Ils fondèrent alors les villages qui bordent le lac et la lagune de Porto-Novo, à Grand-Popo. L’eau est au cœur de leur existence.

Une jacinthe d’eau meurtrière

Originaire d’Amazonie, l’Eichhornia crassipes est une jacinthe aquatique. Elle a été observée au Bénin dès 1977 et a touché le lac Nokoué dans les années 1980.
Cette jacinthe fait partie des plantes aquatiques les plus envahissantes sur la planète. Elle a déjà envahi plus de 50 pays.

Jacinthe d'eau

Eichhornia crassipes. Une jacinthe aquatique d'Amazonie. By Fniel

Elle a probablement été rejetée dans un cours d’eau par un aquariophile totalement inconscient.

D’une remarquable beauté avec son cœur jaune et ses pétales mauves, cette plante bloque les pirogues, prive d’oxygène les poissons et augmente les risques de bilharziose et de malaria.

La vie à Ganvié

Large d’environ 150 km, le lac Nokoué est séparé du golfe de Guinée par une étroite bande de terre régulièrement inondée par l’océan.
Ce lac borde de nombreuses cités sur pilotis dont Ganvié.

Ganvié

Ganvié vue du ciel. By Hugo

La vie des Toffin est rythmée par les crues. La pirogue est l’unique moyen de locomotion que vous vouliez aller au dispensaire, à l’école ou au bar.
Tout se transporte sur pirogue, y compris les animaux. Le bétail est d’ailleurs parqué dans des enclos surélevés.

Toffin à Ganvie

Vie quotidienne à Ganvié. By Chillum

La crue a lieu de septembre à décembre, juste après la saison des pluies. Elle triple les zones inondables et fertilise la vallée.
Pendant 4 mois, les pirogues ressemblent à de véritables arches de Noé, transportant femmes, hommes, enfants, cochons ou chats.

Les tempêtes peuvent alors balayer les maisons sur pilotis.

Maison sur pilotis à Ganvié

Maisons sur pilotis de Ganvié. By Fniel

Mais dès que la saison sèche arrive, les Toffin peuvent subvenir à leurs besoins grâce à l’acadja, la pêche traditionnelle.
Cette pêche fait vivre environ 300 000 personnes. Elle consiste à planter de grands branchages dans l’eau, en forme d’enclos, pour reproduire l’habitat des poissons.

Pêche traditionnelle des Toffin

Acadja, la pêche traditionnelle. By Chillum

Les Toffin y pêchent une à deux fois par an les poissons. Ces enclos sous-marins fournissent la plus grande partie des protéines à ces populations.

La lutte contre la jacinthe d’eau

Les Toffin doivent depuis plus de 20 ans lutter contre cet ennemi. Sans prédateurs locaux, elle prolifère très rapidement.

Jeune Toffin à Ganvié

By Ferdinand Reus

Eichhornia crassipes est devenue un véritable fléau tant humain qu’écologique. La faune aquatique meurt, privée d’oxygène. Les escargots, vecteurs de la bilharziose, prolifèrent. Il faut rajouter à ce triste tableau la prolifération des moustiques porteurs de la malaria qui s’épanouissent sur les plans d’eau recouverts de jacinthes.

Ganvié envahi par la jacinthe d'eau

La jacinthe d'eau envahi chaque centimètre. By Moi of Ra

Les Toffin l’ont surnommé « wédouma », la plante que les poissons ne mangent pas.

Pour se débarrasser de ce fléau, les pêcheurs essayent d’arracher cette plante, ce qui fait plus de mal que de bien.
En effet, si on fractionne cette plante, ses graines tombent à l’eau et on stimule ainsi sa croissance.

Vie quotidienne à Ganvié

By Ferdinand Reus

Des biologistes combattent cette plante en introduisant des prédateurs. Il s’agit d’insectes originaires d’Amérique du Sud : deux charançons et une mite.
Ces insectes ne s’attaquent qu’à la jacinthe et ne peuvent pas se reproduire sans elle.

Malheureusement, ce combat est très lent. Il l’est d’autant plus que la population ne croit pas que des insectes puissent tuer cette plante.

Enclos de pêche

By Luis Carlos Cobo

Cette lutte biologique est un formidable défi et surtout une priorité absolue. En effet, le désastre sanitaire est bien réel.
La mortalité infantile est très importante et la malaria et le paludisme font des ravages.

V.Battaglia (27.02.2008)

Crédit photographique

Toutes les photos, sauf mention contraire, étaient sous Licence creative commons Attribution-Non Commercial-No Derivs 3.0 Unported au moment de la mise en ligne de ce dossier et proviennent du site FlickR

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