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Les Galères sous Louis XIV

Dans l’Antiquité, la galère était un bâtiment de combat gréé d’un mât unique et d’une voile carrée. Elle était manœuvrée essentiellement à l’aviron.
Jusqu'au règne de Louis XIV la plupart des galériens sont des volontaires. Ces rameurs professionnels n’ont d’autres choix que ce dur métier à cause de la pauvreté.
Mais, ce sont malgré tout des hommes libres. En effet, les équipages (les chiourmes) d'hommes libres sont la règle depuis l'Antiquité.
Avec le règne de Louis XIV, les galères deviennent synonymes de « bagne ». A partir des années 1660, la flotte de galères ancrée à Marseille est le reflet à la fois de la splendeur absolutiste du roi et de la rigueur de sa justice. Le grand siècle de la galère commence.

 

L’absolutisme de Louis XIV

Louis XIV, (1638-Versailles 1715. Roi de France de 1643 à 1715), écrira dans ses Mémoires : « Ce qui fait la grandeur et la majesté des rois n’est pas tant le sceptre qu’ils portent que la manière de le porter. C’est pervertir l’ordre des choses que d’attribuer la résolution aux sujets et la déférence au souverain. C’est à la tête seule qu’il appartient de délibérer et de résoudre et toutes les fonctions des autres membres ne consistent que dans l’exécution des commandements qui leur sont donnés. »

La doctrine politique de ce roi, l’absolutisme, est inscrite dans ses formules. Autoritaire et égoïste, le Roi-Soleil entendait bien imposer sa volonté sur tous.
Outre son autoritarisme, Louis XIV avait une passion dévorante pour tout ce qui magnifiait sa gloire et sa grandeur.
La gloire de son royaume s’est toujours confondue avec la sienne.

Si les galères sont redevenues à la mode sous son règne, ce n’est que par rapport à cette soif de gloire.

Louis XIV (1701. Hyacinthe Rigaud. Musée du Louvre, Paris)

En effet, après avoir connu son heure de gloire à la bataille de Lépante en 1571, la galère est un outil déjà archaïque au XVIIe siècle, époque où triomphe le vaisseau à voiles et à haute coque.
Si la galère est maniable et peut s'aventurer dans des eaux peu profondes, son autonomie limitée et sa faible vitesse de croisière, de 2 nœuds, ne la rendent guère propre qu'au cabotage en Méditerranée.
Elle devient en fait un outil de prestige, au point que Louis XIV en dispose d'une quarantaine en 1690. Parmi celles-ci, la galère du roi, décorée par le célèbre sculpteur Puget, est une véritable oeuvre d'art flottante.

Au nom d’un égocentrisme poussé à l’excès, les galères vont user des dizaines de milliers d’hommes, attachés à leur banc le plus souvent jusqu’à leur mort.

Qui étaient les galériens ?

Les condamnés aux galères sont en priorité ceux qui bravent l’autorité de Louis XIV : déserteurs, contrebandiers, faux-monnayeurs. Après la révocation de l’édit de Nantes, en 1685, les protestants sont systématiquement condamnés.
A cela se rajoutent les opposants politiques.

Bien sûr, parmi tous les condamnés qui se succèdent sur les bancs des galères, on trouve également des voleurs, des assassins, ainsi qu'une forte proportion de vagabonds.
Mais ces délinquants sont minoritaires, par rapport à ceux qui ont osé braver les lois de l'État.

Les galériens sont, à proprement parler, des esclaves du roi, des «esclaves d'État»; on trouve d'ailleurs parmi eux quelques esclaves, tout à fait officiels: Maures razziés, orthodoxes, Polonais, voire Indiens Iroquois.

Une mort sociale

Le premier voyage qu'effectuent les galériens est celui qui les conduit des grandes villes du royaume où ils ont été condamnés jusqu'à Marseille, le grand et unique port des galères. Enchaînés, marqués au fer rouge sur l'épaule gauche des trois lettres d'infamie « GAL », les galériens sont alors sous la responsabilité d'entrepreneurs privés sans scrupule.

L'embarquement des galériens dans le port de Gênes (Alessandro Magnasco 1667-1749)

Le trajet est long et pénible. Bien des condamnés meurent avant même d'être arrivés sur le lieu où ils doivent purger leur peine. Les galériens ont le crâne rasé et sont vêtus de guenilles écarlates.
Ce sont là des précautions destinées à rendre plus difficiles les évasions, mais aussi des signes voulus de déchéance sociale.
En mer, les 260 rameurs d'une galère ordinaire, dite « sensile », tirent par groupes de 4 ou 5 sur une longue rame, si lourde qu'elle défonce aisément la poitrine si l'on n'y prête garde. Dans une promiscuité effrayante, les galériens mangent et dorment à leur banc.

Les brimades, les rixes, les épidémies, notamment de typhus, laissent à peine un condamné sur deux en vie au terme de sa peine, si tant est qu'il soit un jour libéré.

Galériens (Illustration d'un manuel d'histoire de l'entre-deux-guerres)

Car la durée légale de la peine prononcée par les tribunaux importe en réalité peu. Seul le roi peut libérer un galérien, et il oublie d'autant plus volontiers de le faire que la flotte de galères manque le plus souvent d'effectifs.

La carence est telle que Louis XIV tente un moment de convaincre le roi d'Angleterre Jacques II d'envoyer dans les galères françaises ses propres hérétiques.

Quelques exceptions à la règle

L'essentiel de la vie du galérien se déroule heureusement à terre, où les condamnés sont employés aux travaux de l'arsenal. Là, la discipline se relâche quelque peu. Certains galériens sont employés chez des artisans ou des bourgeois de la cité.

La pègre locale ne manque pas de nouer des accointances avec ceux qui travaillent près des embarcadères.
Les plus savants des galériens participent à l'administration portuaire : quelques-uns, très rares, vivent en concubinage et finissent par payer un remplaçant pour aller ramer à leur place!

La Galère de Cléopâtre d'après Henri PICOU (Gravure de GAUTIER - 1875)

Ce sont là évidemment des situations exceptionnelles, mais elles forcent à nuancer le sombre tableau du monde des galériens.

Les galères prennent fin en 1748. Cette année-là, près de 7 000 galériens deviennent bagnards à Marseille, à Toulon ou à Brest, tandis que les bâtiments sur lesquels ils ramaient sont désarmés.

Les bagnes, qui sont des mouroirs, vont prendre le relais. Puis, au XIXe siècle, viendra la « mode » de la déportation outre-mer, en Australie ou en Guyane.

Le XXe siècle verra l’institution des camps de concentration toujours étroitement liés aux régimes totalitaires.

V.Battaglia (17.11.2006)

Référence

Les Galères, Mémoire de l’Humanité, Editions Larousse

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