L’origine de la victoire
du Front populaire
Le 6 février 1934, des manifestants de
droite menacent d’envahir le Palais-Bourbon,
siège de l’Assemblée parlementaire.
Aucun n’y pénètre mais leur
attitude suffit à évoquer le spectre
d’un coup d’état fomenté
par les ennemis de la démocratie.

Pour la première
fois depuis 1871, les forces de police tirent
sur la foule ( © Roger Viollet, Paris)
Les partisans de la République se mobilisent
alors et notamment les forces de gauche. C’est
l’origine de la victoire du Front populaire
aux élections deux ans plus tard.
La crise du 6 février s’explique
par le climat de tension qui règne en France
depuis le début des années 30.

Défilé
d'anciens combattants en février 1934 (
© Roger Viollet, Paris)
Une série de scandales a terni l’image
de la démocratie. Le plus récent
est l’affaire Stavisky. Les manifestants
de droite veulent impressionner le gouvernement
et l’émeute fait 15 morts. Cette
émeute aboutit au changement de gouvernement
et à la démission du radical Edouard
Daladier, président du Conseil.
La rue a imposé sa loi contre le vote
populaire qui avait écarté la droite
en 1932.
C’est l’occasion pour les socialistes
de la S.F.I.O et aux militants communistes de
crier qu’on a assisté à une
tentative de putsch fasciste.
C’est également l’occasion
pour les socialistes et les communistes de gommer,
du moins en apparence, leurs différends
et de signer un accord.
La création du Front
populaire
L’alliance socialistes-communistes est
bientôt rejointe par les modérés.
Derrière ce rassemblement, se cache la
peur du fascisme qui trouve de nombreux échos
à droite.
Le 14 juillet 1935, une manifestation scelle
la création du « Rassemblement »
ou « Front populaire » qui comprend
les socialistes, les communistes et les radicaux.
D’autres organisations en font également
partie comme la Jeune République (catholique),
le parti d’unité prolétarienne,
la Ligue des droits de l’Homme et les syndicats
C.G.T (socialiste) et C.G.T.U (communiste), réunifiés
en mars 1936.

Léon Blum
en 1936 ( © Keystone)
Le Front populaire a alors un programme assez
modéré. Ses propositions les plus
hardies sont la semaine de 40 heures sans diminution
de salaire et la nationalisation des usines d’armes.
C’est donc un programme issu des radicaux
qui est adopté car socialistes et communistes
craignent d’inquiéter la petite bourgeoisie
contre des projets trop avant-gardistes.
La France en grève
Les législatives, qui se déroulent
les 26 avril et 3 mai 1936, donnent la victoire
au Front populaire.
C’est Léon Blum, chef de la S.F.I.O
qui est chargé de former le gouvernement.
Les communistes avaient promis de soutenir au
Parlement ce nouveau gouvernement mais sans y
participer.
Biographie
de Léon Blum
Le gouvernement s’installe le 4 juin. A
la même date, un mouvement de grève
sans précédent a commencé.
Deux millions d’employés ont cessé
le travail depuis le 10 mai. Ce sont d’abord
les usines d’armement qui sont touchées
puis tous les secteurs économiques.
Partout en France, les grévistes occupent
usines et magasins.

Les grévistes
des Galeries Lafayette investissent le rayon loisirs
( © Roger Viollet)
Le tout se passe dans une ambiance bonne enfant
avec en arrière fond des airs d’accordéon
et des bals populaires.
La faucille et le marteau ne sont pas encore à
l’ordre du jour.
Un mouvement noble
En réalité, ce mouvement est exceptionnel
dans le sens où il ne remet pas en cause
le gouvernement mais au contraire exprime un immense
espoir de changement.
Les hommes et femmes respectent leur outil de
travail et ne remettent nullement an cause la
propriété ni les acquis des classes
« riches ».

Piquet de grève
à l'entrée d'un dépôt
de journaux des messageries Hachette ( ©
Roger Viollet)
Pourtant, ce peuple est bien méprisé.
La droite de l’époque ne se prive
pas de se moquer des aspirations de ces «
prolétaires » un peu « crasseux
» : »Front populaire ? La semaine
des deux dimanches ! Ou Papier gras sur les plages
! »
En 1936, la réaction du peuple est noble.
Rien à voir avec les mouvements soi-disant
populaires d’aujourd’hui, entachés
d’actes de vandalisme perpétrés
entre deux diffusions d'une téléréalité
indigeste.
Le mouvement de grève a été
déclenché suite au licenciement
de cinq ouvriers qui avaient chômé
le 1er mai.
Ce mouvement n’est pas né d’un
ordre syndical mais d’une réaction
spontanée d’électeurs qui
souhaitent bénéficier des avantages
de la victoire acquise.

Affiche du Front
populaire: le serment d'union contre les ligues
( © N.M. M.Rieussec)
Les occupations restent pacifiques et l’on
déplore que de très rares incidents.
Il y a des bals dans les usines, l’alcool
reste interdit, les femmes peuvent rentrer chez
elles le soir et les catholiques aller à
la messe le dimanche.
Les mesures sociales
Cette situation permet à Léon Blum
d’aller au-delà du programme sur
lequel le Front populaire a été
élu.
D’ailleurs, pour une fois, le patronat lui-même
le supplie d’intervenir.
Le 7 juin, patrons et syndicats s’accordent
sur l’élection de délégués
du personnel, la levée de toute sanction
pour faits de grève et une hausse de 7
à 15% des salaires.

Grève dans
les chantiers de constructions navales de Bordeaux
( © Nouvel Observateur N°2164)
Des lois très importantes
sont votées :
- La semaine de 40 heures
- L’institution d’un congé
payé annuel sur un minimum de 15 jours
- Généralisation et application
des conventions collectives
- Nationalisation des usines d’armement
- Prolongation de la scolarité jusqu’à
14 ans
- Réforme de la Banque de France qui
compense le pouvoir des gros actionnaires par
celui de l’Etat
- Création d’un Office du blé
pour régulariser les cours
D’autres mesures sont plus symboliques
comme la nomination de trois femmes comme sous-secrétaires
d’Etat alors que le droit de vote est toujours
réservé aux hommes.

© Keystone
C’est dans la nuit du 7 au 8 août
que l’accord est conclu. Trois jours plus
tard, Léon Blum demande aux ouvriers de
reprendre le travail.
La situation entre temps s’était
aggravée et malgré l’ampleur
des avantages, les grèves ne se résorbent
que lentement.
Malgré tout, la France qui rêvait
d’une meilleure qualité de vie a
obtenu le droit aux « loisirs ».

Les Français
découvrent les congés payés
( © Magnum, Paris)
Un été en 1936, c’est l’image
d’une famille qui part vers le soleil en
fredonnant un air de Charles Trenet, la casquette
de travers avec l’espoir de jours meilleurs.
En 70 ans, un univers nous sépare de ces
images de cartes postales un peu désuètes
mais qui nous font rêver.
L’après Front
populaire
L’euphorie sera de courte durée.
Dans les mois qui suivent, le Front populaire
se défait. Il ne peut intervenir pour aider
la démocratie dans la guerre civile espagnole.
De plus, les difficultés économiques
lui imposent en février 1937 une pause
des réformes.
Les radicaux s’inquiètent du coût
des mesures sociales et le Sénat refuse
d’accorder les pleins pouvoirs financiers
à Léon Blum.
Ce dernier démissionne en juin 1937. L’année
suivante, la semaine des 40 heures est abandonnée.
Que reste t-il alors du Front populaire ?
Une époque mythique pour toute la gauche.
Des réformes révolutionnaires arrachées
sans violence par le peuple.
Un épisode presque euphorique dans l’histoire
de la France qui sera d’ailleurs le dernier
avant l’enfer de la Seconde Guerre mondiale.

Propagande de l'opposition
contre le Front populaire :"Si vous votez
pour le Front populaire soutenu par Moscou, c'est
la guerre" ( © Keystone Paris)
Léon Blum déclara, à Riom,
en 1942, devant les juges de Pétain :
« Tout cela me donne le sentiment que,
par l’organisation du travail et du loisir,
j’avais malgré tout apporter une
espèce d’embellie, d’éclaircie,
dans des vies difficiles et obscures… »
Oui, Monsieur Léon Blum, vous avez permis
à tout un peuple de découvrir la
vie, autrement qu’au fond d’une mine
ou derrière une machine. Vous avez insufflé
à un peuple l’espoir que tout est
permis et que l’on peut réécrire
son destin.
Vous avez eu l’humilité de vous
interroger sur votre capacité personnelle
à prendre le pouvoir. Combien d'hommes politiques peuvent en dire autant ?
Vous symboliserez encore pour très longtemps
l’archétype de l’homme d’Etat,
le vrai, un homme honnête aimant avant tout
son pays et son peuple.
Une race d’homme qui s’est éteinte
et nous manque cruellement.
Que s’est-il passé
dans le monde en 1936 ?
Février 1936 : Hitler lance la «
voiture du peuple » : la Volkswagen

Hitler devant une
maquette de la Volkswagen, conçue par Ferdinand
Porsche ( © Hulton Getty)
Mars 1936 : l’Allemagne réoccupe
la Rhénanie
Juillet 1936 : l’Espagne bascule dans la
guerre civile. Républicains et nationalistes
s’opposent. Sous la conduite du général
Franco, l’armée espagnole se soulève
afin de renverser le gouvernement républicain
Propagande des
républicains espagnols pour inviter à
la mobilisation générale mais l'Europe
n'interviendra pas dans le conflit ( ©
DR/Lozano)
Août 1936 : Les Jeux olympiques qui se déroulent
à Berlin sont l’occasion pour les
nazis de faire de la propagande.

Hitler inaugure
les Jeux de Berlin ( © Ullstein Bilderdienst,
Berlin)
C’est lors de ses Xe Jeux que Jesse Owens
remporta la médaille d’or du saut
en longueur face à un athlète allemand.

Jesse Owens remporte
4 médailles d'or ( © Ullstein
Bilderdienst, Berlin)
Furieux, le Führer quitta la tribune pour
éviter de serrer la main à un homme
de couleur.
Soulignons le fait que les équipes autrichiennes,
italiennes, bulgares mais également françaises
choisirent le salut nazi au lieu du salut olympique
sous les applaudissements des spectateurs
Décembre 1936 : Disparition de Jean Mermoz,
l’Archange, dans l’Atlantique Sud
V.B (27.04.2006)
Bibliographie Principale
Les grands évènements
de l'histoire du monde, éditions Larousse
1991. Chronique du XXe siècle, 1985 Jacques
Legrand SA, éditions Chronique . Le Nouvel
Observateur, article sur le Front populaire réalisé
par Agathe Logeart, N°2164
< Histoire
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