Depuis les temps les plus reculés, l’homme
est fasciné par la fourmi. Aujourd’hui
encore, les scientifiques continuent à étudier
la vie sociale très complexe de la fourmi.
Quelque soit l’espèce, chaque fourmi
a un rôle bien déterminé. Ce
dossier est consacré à la fourmi soldat
et aux techniques de chasse.
Il existe dans le monde de véritables armées
de fourmis. Des expéditions meurtrières
sont organisées et une course à l’armement
dure depuis 100 millions d’années.
La fourmi soldat
Toutes les fourmis (Formicidés) vivent en société.
Une société ou colonie de fourmis peut comporter une
dizaine d’individus et atteindre plusieurs millions de membres.
Dans chaque colonie, on retrouve des catégories d’individus
d’aspect assez différent :
Les ouvrières qui sont les plus
nombreuses. Ce sont des femelles stériles dont la fonction
est d’assurer l’essentiel des tâches « ménagères
» : soins prodigués au couvain (œufs, larves et
cocons), construction, réparation et aménagement du
nid, approvisionnement en matériaux ou nourriture.
Une ouvrière Myrmecia. Sa
piqûre est très douloureuse
La reine qui assure seule la reproduction
de la colonie.
Les soldats, qui n’existent pas
dans toutes les colonies, sont des femelles plus grandes que les
autres.
Il existe plusieurs types de conflits. On assiste à de véritables
guerres que se livrent des colonies voisines d’une même
espèce.
Une fourmi rouge du genre esclavagiste
Polyergus combat une fourmi noire Formica
Des expéditions peuvent être organisées contre
un ennemi, les termites notamment. Il existe également des
hordes de maraudeurs qui pillent et engloutissent tout ce qu’ils
trouvent.
Ce pont vivant de fourmis-légionnaires
sert de raccourci pour les membres de la troupe
Les fourmis légionnaires telle
que la fourmi safari d'Afrique ou la fourmi guerrière du
Nouveau Monde ont été surnommées les Huns ou
les Tartares du monde des insectes. Elles vivent en communauté
de centaines de milliers d'individus. Elles passent leur vie à
errer et à razzier tout ce qu'elles trouvent sur leur route.
La fourmi nomade possède des
mâchoires d’une force redoutable. Les bouts sont en
forme d’hameçons et pénètrent facilement
la peau humaine.
Les muscles de sa tête serrent si fortement les mâchoires
qu’une fois refermées, la fourmi a du mal à
lâcher prise.
Les mâchoires restent accrochées à la proie
même quand la tête a été arrachée.
Vidéo
Fourmi (Test force des mâchoires sur une main)
Ces fourmis mordent autant qu’elles piquent. Devant cette
invasion, tous les animaux fuient. Mais, peu de proies leur échappent,
y compris les scorpions.
C’est une véritable machine à tuer en marche
perpétuelle. Cependant, elles ne reviennent jamais sur un
même territoire avant que la faune ne s’y soit réinstallée.
Des hordes de fourmis maraudeuses
Les armées de fourmis de l’hémisphère
occidental et leurs cousines africaines sont des migrantes qui méritent
leur fâcheuse réputation.
Comme des armées en campagne, ces pillardes envahissent en
troupes, qui peuvent compter jusqu’à 20 millions d’individus,
les cultures et les maisons. Elles engloutissent animaux domestiques
et sauvages en laissant derrière elles un paysage de désolation.
Les terribles magnans (Annoma nigricans) d’Afrique sont les
plus redoutables. Elles possèdent des mandibules tranchantes
qui coupent et arrachent la chair de leurs victimes. D’ailleurs,
quand les animaux pressentent leur arrivée, ils s’enfuient,
terrorisés.
Les jeunes et les faibles sont tués, emportés et dévorés.
Parfois, on ne retrouve que les os des chèvres, des chevaux
ou des chiens.
La course aux armements
En Afrique tropicale, les Megaporena qui sont de grosses fourmis
noires organisent régulièrement des expéditions
meurtrières contre les termitières.
Conduites par un seul éclaireur, ces fourmis marchent en
rangs serrés sur le nid de leur ennemi. Elles envahissent
chaque trou en extrayant un à un les occupants.
Un termite vaincu par des oecophylles
L’expédition terminée, les colonnes se reforment
et chaque guerrier porte 3 ou 4 termites mutilés.
Comme une armée victorieuse, les guerriers émettent
des bruits aigus pour annoncer leur arrivée au nid.
Les Megaponera appartiennent à l’une des espèces
qui participe à la course aux armements entre fourmis et
termites depuis environ 100 millions d’années.
Les assaillants ont acquis diverses armes pour vaincre les termites
qui jouent le rôle de défenseur.
Par exemple, les fourmis Basicerotine de Malaisie ont une morphologie
qui leur permet de se faufiler dans les espaces les plus étroits
; leurs mandibules sont spécialement conçues pour
saisir les termites.
Rarement agresseurs, les termites se défendent vigoureusement.
Plusieurs espèces de soldats se sont spécialisées
dans la guerre chimique et aspergent les assaillants de secrétions
toxiques.
Un termite baptisé « pulvérisateur anti-fourmi
» projette sur l’ennemi un jet de liquide gluant qui
les cloue sur place.
Des soldats tortionnaires
Dernièrement, une méthode de chasse a été
découverte en Guyane. Pour capturer des proies qui font plus
de dix fois leur taille, les fourmis arboricoles Allomerus de Guyane
ont élaboré un piège ingénieux et surprenant.
Elles construisent une galerie percée de trous le long de
la tige d’une plante
Les ouvrières, qui mesurent seulement 2 mm, se cachent dans
la galerie, sous les trous, ne laissant dépasser que leurs
mandibules. Quand une proie, pouvant atteindre 3 cm, se pose sur
la galerie, les ouvrières attrapent une patte ou un autre
appendice et tirent en arrière, immobilisant ainsi l’insecte.
Ensuite une armée d’ouvrières vient mordre et
piquer la proie qui, une fois paralysée, est découpée
en morceaux pour nourrir les larves dont c’est la principale
source de protéine. Entre la capture et les premiers repas
il s’écoule en général jusqu’à
12 heures.
Les victimes sont littéralement torturées vivantes.
Cette scène qui a été filmée est la
première description publiée montrant la capacité
d’insectes sociaux à réaliser de telles constructions
qui sont des pièges.
(Alain Dejean et ses collaborateurs décrivent précisément
ce piège dans la revue Nature publiée en avril 2005)
La guerre des fourmis
Les rapports entre fourmilières voisines ne sont pas toujours
très harmonieux. De terribles luttes territoriales opposent
des combattants sans pitié.
Un chercheur néerlandais, Mabelis, s’est passionné
pour ces guerres que se livrent des colonies de fourmis rousses.
Au printemps, quand le nid sort de sa torpeur hivernale, les ouvrières
fourrageuses vont explorer les environs. Quand elles rencontrent
un nid voisin apparenté, du type super-colonie, des échanges
de nourriture ou des transports de matériaux peuvent s’effectuer
entre les nids.
Mais, s’il s’agit d’une colonie étrangère,
des combats éclatent entre les ouvrières.
L’intensité du combat va crescendo car chaque colonie
recrute au fur et à mesure de nouvelles combattantes.
Les combats durent toute la journée et se soldent par la
mort de milliers de fourmis. Les cadavres sont respectivement ramenés
dans le camp adverse où ils servent de nourriture. Les combats
cessent à la nuit.
Une fourmi "bull-dog" australienne
présente ce qui reste de sa proie (Photo
David Maitland)
C’est au cours de telles guerres que les territoires des
colonies évoluent. D’après Mabelis, ces guerres
entre fourmis rousses permettraient aux colonies de se procurer
des protéines à une époque où les proies
sont encore très rares.
Combat à l’acide formique
Les fourmis du genre Formica (fourmi rousse par exemple) n’ont
pas d’aiguillon. Pour compenser, elles possèdent un
abdomen qui se termine par le rectum et la sortie de la glande à
venin.
Elles peuvent donc projeter de l’acide. La mobilité
de l’abdomen est nécessaire pour viser l’adversaire
lors des attaques.
Une fourmi peut projeter de l’acide formique qui occasionne
de vives sensations de brûlure à plusieurs dizaines
de centimètres.
Cette fourmi, menacée, dirige
son abdomen vers l'ennemi
Un seul milligramme de ce venin peut foudroyer un insecte. Quand
les proies sont plus grosses, l’attaque est collective. La
victime est ensuite découpée sur place puis ramenée
au nid par morceaux.
Cette chenille est mordue et brûlée
à l'acide par une fourmi des bois
Certaines fourmis, notamment du genre Myrmica (famille des Myrmicinés)
possèdent un aiguillon. Elles sont capables d’infliger
des piqûres mortelles aux insectes et douloureuses pour l’homme.
Selon l’espèce, la répartition est plus ou moins
vaste, mais elles sont présentes dans toute l’Europe.
Un spécimen de "fourmi
rouge" doté d'un aiguillon
Mais, contrairement aux idées reçues, la couleur
ne fait pas le danger. Les fourmis rouges ne sont pas les seules
à piquer.