La fourmi : un soldat impitoyable Depuis les temps les plus reculés, l’homme est fasciné par la fourmi. Aujourd’hui encore, les scientifiques continuent à étudier la vie sociale très complexe de la fourmi.
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Toutes les fourmis (Formicidés) vivent en société. Une société ou colonie de fourmis peut comporter une dizaine d’individus et atteindre plusieurs millions de membres. Les ouvrières qui sont les plus nombreuses. Ce sont des femelles stériles dont la fonction est d’assurer l’essentiel des tâches « ménagères » : soins prodigués au couvain (œufs, larves et cocons), construction, réparation et aménagement du nid, approvisionnement en matériaux ou nourriture. La reine qui assure seule la reproduction de la colonie.
La fourmi est capable de mettre en oeuvre de véritables stratégies guerrières. © dinosoria.com Les soldats, qui n’existent pas dans toutes les colonies, sont des femelles plus grandes que les autres. Il existe plusieurs types de conflits. On assiste à de véritables guerres que se livrent des colonies voisines d’une même espèce. Des expéditions peuvent être organisées contre un ennemi, les termites notamment. Il existe également des hordes de maraudeurs qui pillent et engloutissent tout ce qu’elles trouvent. Les fourmis légionnaires telle que la fourmi safari d'Afrique ou la fourmi guerrière du Nouveau Monde ont été surnommées les Huns ou les Tartares du monde des insectes. Elles vivent en communauté de centaines de milliers d'individus. Elles passent leur vie à errer et à razzier tout ce qu'elles trouvent sur leur route.
Fourmis légionnaires du genre Eciton. © dinosoria.com La fourmi nomade possède des mâchoires d’une force redoutable. Les bouts sont en forme d’hameçons et pénètrent facilement la peau humaine.
Solenopsis invicta ou fourmi de feu. Cette espèce possède également un aiguillon redoutable. © Eli Sarnat (avec son aimable autorisation) Ces fourmis mordent autant qu’elles piquent. Devant cette invasion, tous les animaux fuient. Mais, peu de proies leur échappent, y compris les scorpions.
Les armées de fourmis de l’hémisphère occidental et leurs cousines africaines sont des migrantes qui méritent leur fâcheuse réputation.
Horde de fourmis légionnaires qui partent en campagne. © dinosoria.com Les terribles magnans (Annoma nigricans) d’Afrique sont les plus redoutables. Elles possèdent des mandibules tranchantes qui coupent et arrachent la chair de leurs victimes. D’ailleurs, quand les animaux pressentent leur arrivée, ils s’enfuient, terrorisés.
En Afrique tropicale, les Megaporena qui sont de grosses fourmis noires organisent régulièrement des expéditions meurtrières contre les termitières. L’expédition terminée, les colonnes se reforment et chaque guerrier porte 3 ou 4 termites mutilés. Les Megaponera appartiennent à l’une des espèces qui participe à la course aux armements entre fourmis et termites depuis environ 100 millions d’années.
Puissantes mandibules d'une fourmi du genre Dinoponera. © dinosoria.com Les assaillants ont acquis diverses armes pour vaincre les termites qui jouent le rôle de défenseur. Rarement agresseurs, les termites se défendent vigoureusement. Plusieurs espèces de soldats se sont spécialisées dans la guerre chimique et aspergent les assaillants de secrétions toxiques.
Dernièrement, une méthode de chasse a été découverte en Guyane. Pour capturer des proies qui font plus de dix fois leur taille, les fourmis arboricoles Allomerus de Guyane ont élaboré un piège ingénieux et surprenant. Elles construisent une galerie percée de trous le long de la tige d’une plante. Les ouvrières, qui mesurent seulement 2 mm, se cachent dans la galerie, sous les trous, ne laissant dépasser que leurs mandibules. Quand une proie, pouvant atteindre 3 cm, se pose sur la galerie, les ouvrières attrapent une patte ou un autre appendice et tirent en arrière, immobilisant ainsi l’insecte. Ensuite une armée d’ouvrières vient mordre et piquer la proie qui, une fois paralysée, est découpée en morceaux pour nourrir les larves dont c’est la principale source de protéine. Entre la capture et les premiers repas il s’écoule en général jusqu’à 12 heures. Les victimes sont littéralement torturées vivantes. Cette scène qui a été filmée est la première description publiée montrant la capacité d’insectes sociaux à réaliser de telles constructions qui sont des pièges.
Les rapports entre fourmilières voisines ne sont pas toujours très harmonieux. De terribles luttes territoriales opposent des combattants sans pitié. Un chercheur néerlandais, Mabelis, s’est passionné pour ces guerres que se livrent des colonies de fourmis rousses.
Lutte territoriale entre fourmis rousses des bois. © dinosoria.com Au printemps, quand le nid sort de sa torpeur hivernale, les ouvrières fourrageuses vont explorer les environs. Quand elles rencontrent un nid voisin apparenté, du type super-colonie, des échanges de nourriture ou des transports de matériaux peuvent s’effectuer entre les nids. L’intensité du combat va crescendo car chaque colonie recrute au fur et à mesure de nouvelles combattantes. C’est au cours de telles guerres que les territoires des colonies évoluent. D’après Mabelis, ces guerres entre fourmis rousses permettraient aux colonies de se procurer des protéines à une époque où les proies sont encore très rares.
Les fourmis du genre Formica (fourmi rousse par exemple) n’ont pas d’aiguillon. Pour compenser, elles possèdent un abdomen qui se termine par le rectum et la sortie de la glande à venin. Un seul milligramme de ce venin peut foudroyer un insecte. Quand les proies sont plus grosses, l’attaque est collective. La victime est ensuite découpée sur place puis ramenée au nid par morceaux.
La fourmi du genre Paraponera mesure près de 3 cm. De couleur noire, elle vit en en Amérique Centrale et en Amérique du Sud. Sa piqûre est très douloureuse pour l'homme. © dinosoria.com Certaines fourmis, notamment du genre Myrmica (famille des Myrmicinés) possèdent un aiguillon. Elles sont capables d’infliger des piqûres mortelles aux insectes et douloureuses pour l’homme. Selon l’espèce, la répartition est plus ou moins vaste, mais elles sont présentes dans toute l’Europe. Mais, contrairement aux idées reçues, la couleur ne fait pas le danger. Les fourmis rouges ne sont pas les seules à piquer. V.Battaglia (03.2005)
La Fourmi. Collection Marshall Cavendish. 1994 < Insectes |






