La
fourmi légionnaire
Cette fourmi doit son nom à sa façon
de se déplacer en longues colonnes, reine
et ouvrières au centre, soldats en tête
et sur les côtés. |
Ces fourmis vivent essentiellement dans les forêts d’Afrique et d’Amérique du Sud. Les Ecitoninae vivent dans le Nouveau Monde. Les Aenictinae et les Dorylinae vivent dans l’Ancien Monde. Ces fourmis font partie de l'ordre des Hymenoptera et de la famille des Formicidae. Il existe plusieurs espèces dont notamment :
Quel que soit le continent, toutes les fourmis légionnaires partagent des points communs :
En 2003, Sean Brady, entomologiste à l’Université Cornell, a publié une étude génétique portant sur 30 espèces de fourmis légionnaires de continents différents et 20 espèces fossiles. Leur ancêtre commun aurait vécu il y a 100 million d’années sur le supercontinent Gondwana. Après le fractionnement du Gondwana, toutes les espèces ont conservé les trois caractéristiques propres aux fourmis légionnaires. Les mâles sont pourvus d’ailes et meurent rapidement après la reproduction. Parmi les fourmis légionnaires, l’homme a donné
des surnoms qui symbolisent bien ces espèces : la fourmi
safari d’Afrique ou la fourmi guerrière du Nouveau
Monde. Elles ont été surnommées les Huns
du monde des insectes.
Fourmis légionnaires genre Eciton en train de transporter les larves ("Life Magazine" Time INC) La fourmi safari africaine (genre Dorylus), comme les fourmis guerrières Eciton, se déplace en colonnes de razzia, longues parfois de 300 m et fortes de milliers d’individus. Ces fourmis attaquent tout animal vivant, y compris l’homme.
Fourmi légionnaire en train de dévorer sa proie (Carlo Bavagnoli "Life Magazine" Time INC) Leur structure sociale est la même que
pour la plupart des autres espèces. Elle consiste en
une reine mère et la population élargie de ses
descendants. La fécondation nuptiale de la reine durera toute sa vie, parfois jusqu’à 15 ans. La moyenne des ouvrières ne vit que quelques années. Les mâles meurent peu après le vol nuptial. La caste ouvrière est spécialisée et se divise en sous-castes. Les soldats ne sont que des ouvrières plus grosses.
Dans le genre Anomma, les plus petites ouvrières mesurent 0,5 mm alors que les plus grandes mesurent 14 mm mais un soldat mesure en moyenne 25 mm. Il existe de nombreuses spécialités d’ouvrières dans le monde des fourmis. Chez les fourmis champignonnistes, des ouvrières sont devenues minuscules pour pouvoir repousser les attaques des mouches parasites. Les ouvrières spécialisées dans la coupe des feuilles peuvent les transporter sur leur os grâce à leur poids plume. Une colonie évolue en fait comme une unité biologique.
Les fourmis légionnaires se déplacent en colonnes de quelques dizaines de mètres, organisées militairement : Au centre, les petites ouvrières transportent les
larves et parfois des proies comme garde-manger. La reine
est entourée de ses servantes.
Plusieurs de ces soldats sont régulièrement relevés afin de précéder la colonne en éclaireurs. La colonne suit ainsi ses soldats aux traces odorantes qu’ils laissent derrière eux. La colonne avance de 200 m par jour environ et s’arrête la nuit pour camper, toujours en bon ordre. La reine reste au centre et les soldats montent la garde autour d’elle. Chez certaines espèces sud-américaines, les
nids qui servent de bivouac pour la nuit, pendent des arbres
comme des essaims d’abeilles.
Photo D. Stoffel Malgré l’apparente confusion qui règne, l’immense communauté maintient une activité coordonnée. Le mode de communication chimique des fourmis et le rôle joué par la reine constituent deux facteurs importants qui permettent cette cohésion.
La reine, aveugle, pond jusqu’à
50 000 œufs par jour pendant la période
de reproduction. Aptère, elle pèse
jusqu’à 2 grammes, soit le poids
de 100 soldats. Le bruit caractéristique de cette armée en marche est appelé la marabounta. La durée du raid varie entre 3 h et 2 jours. Dans son livre « Les Fourmis », Bernard Weber décrit admirablement la terreur qu’inspire l’arrivée des magnans : « Après les éclaireurs, les autres arrivent vite, en colonne à perte de vue. La colline devient noire. C’est comme une coulée de lave qui fait fondre tout ce qu’elle touche ». Rien n’arrête les magnans, pas même une étendue d’eau. Pour franchir l’obstacle, les ouvrières se transforment en pont vivant. L’ethnie d’Houphouët Boigny utilisait les magnans à des fins meurtrières. Ils laissaient la victime sur le passage des fourmis et récupérait 15 jours après un squelette bien propre.
Pourquoi ces fourmis se déplacent t-elles ainsi continuellement ? Ces voyages semblent liés à la reproduction.
Une fois par mois, l’armée s’arrête,
la reine pond 40 000 oeufs et plus, d’où sortent
des larves une semaine plus tard.
Pont vivant de fourmis légionnaires du genre Anomma qui sert de raccourci pour le reste de la colonie (Mervin W. Larson) Les razzias reprennent alors brusquement. L’armée repart renforcée par de nouvelles troupes encore inexpérimentées. La phase nomade dure de 16 à 18 jours. Puis, la colonie entre dans une phase sédentaire pour 20 à 21 jours.
Les fourmis légionnaires sont souvent de grande taille.
On raconte des histoires effrayantes à propos de ces
fourmis. Rien ne résiste au passage de ces colonnes qui peuvent contenir plusieurs millions d’individus. Sur leur passage, les fourmis dévorent une quantité énorme d’insectes et de larves. On les appelle parfois « mangeuses d’hommes »
car elles sont capables de dévorer un corps humain,
mort ou immobilisé.
Fourmi légionnaire du genre Eciton (Photo D. Stoffel) Lorsqu’elles traversent un village, celui-ci doit être
évacué. En Afrique, les fourmis légionnaires sont de véritables prédateurs. Elles dévorent d’avantage de chair animale dans la savane que les lions, les hyènes ou tout autre carnivore. V.B (17.02.2006)
Ca m'intéresse N°271
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