Cette fourmi doit son nom à sa façon
de se déplacer en longues colonnes, reine
et ouvrières au centre, soldats en tête
et sur les côtés.
On rencontre différentes espèces de
fourmis légionnaires dans les régions
tropicales d’Inde, d’Afrique, et d’Amérique.
Le genre Eciton est particulièrement réputé
pour sa férocité en Amérique.
Le genre Anomma, tout aussi guerrier, vit en Afrique
ainsi que la célèbre Dorylus nigricans
appelée fourmi magnan.
Portrait de la fourmi légionnaire
Ces fourmis vivent essentiellement dans les forêts
d’Afrique et d’Amérique du Sud. Les Ecitoninae
vivent dans le Nouveau Monde. Les Aenictinae et les Dorylinae
vivent dans l’Ancien Monde. Ces fourmis font partie
de l'ordre des Hymenoptera et de la famille des Formicidae.
Il existe plusieurs espèces dont notamment
:
Eciton burchelli
Eciton dulcius
Eciton hamatum
Anomma wilwerthi
Dorylus nigricans
Quel que soit le continent, toutes les fourmis légionnaires
partagent des points communs :
Elles sont nomades
Elles attaquent sans effectuer de reconnaissance préalable
Leur reine, dépourvue d’ailes, peut pondre
jusqu’à 2 millions d’œufs en un
mois
En 2003, Sean Brady, entomologiste à l’Université
Cornell, a publié une étude génétique
portant sur 30 espèces de fourmis légionnaires
de continents différents et 20 espèces fossiles.
Leur ancêtre commun aurait vécu il y a 100 million
d’années sur le supercontinent Gondwana. Après
le fractionnement du Gondwana, toutes les espèces ont
conservé les trois caractéristiques propres
aux fourmis légionnaires.
Les mâles sont pourvus d’ailes et meurent rapidement
après la reproduction.
Parmi les fourmis légionnaires, l’homme a donné
des surnoms qui symbolisent bien ces espèces : la fourmi
safari d’Afrique ou la fourmi guerrière du Nouveau
Monde. Elles ont été surnommées les Huns
du monde des insectes.
Les fourmis tropicales américaines, du genre Eciton,
sont parmi les plus redoutables. En Afrique, la plus crainte
est la Dorylus nigricans ou fourmi magnan.
Fourmis légionnaires
genre Eciton en train de transporter les larves ("Life
Magazine" Time INC)
La fourmi safari africaine (genre Dorylus), comme les fourmis
guerrières Eciton, se déplace en colonnes de
razzia, longues parfois de 300 m et fortes de milliers d’individus.
Ces fourmis attaquent tout animal vivant, y compris l’homme.
Fourmi légionnaire en
train de dévorer sa proie (Carlo Bavagnoli "Life
Magazine" Time INC)
Leur structure sociale est la même que
pour la plupart des autres espèces. Elle consiste en
une reine mère et la population élargie de ses
descendants.
Sa progéniture comprend des ouvrières dépourvues
d’ailes, des mâles ailés et des reines
ailées qui quitteront le nid comme reines fécondées.
La fécondation nuptiale de la reine durera
toute sa vie, parfois jusqu’à 15 ans. La moyenne
des ouvrières ne vit que quelques années. Les
mâles meurent peu après le vol nuptial.
La caste ouvrière est spécialisée et
se divise en sous-castes. Les soldats ne sont que des ouvrières
plus grosses.
Dans le genre Anomma, les plus petites ouvrières
mesurent 0,5 mm alors que les plus grandes mesurent 14 mm
mais un soldat mesure en moyenne 25 mm.
Il existe de nombreuses spécialités d’ouvrières
dans le monde des fourmis. Chez les fourmis champignonnistes,
des ouvrières sont devenues minuscules pour pouvoir
repousser les attaques des mouches parasites. Les ouvrières
spécialisées dans la coupe des feuilles peuvent
les transporter sur leur os grâce à leur poids
plume.
Une colonie évolue en fait comme une unité
biologique.
L’organisation des fourmis légionnaires
Les fourmis légionnaires se déplacent en colonnes
de quelques dizaines de mètres, organisées militairement
:
Au centre, les petites ouvrières transportent les
larves et parfois des proies comme garde-manger. La reine
est entourée de ses servantes.
Sur les flancs, les soldats, qui sont des ouvrières
deux fois plus grosses que les autres, munis d’une tête
énorme et de mandibules impressionnantes.
Plusieurs de ces soldats sont régulièrement
relevés afin de précéder la colonne en
éclaireurs. La colonne suit ainsi ses soldats aux traces
odorantes qu’ils laissent derrière eux.
La colonne avance de 200 m par jour environ et s’arrête
la nuit pour camper, toujours en bon ordre. La reine reste
au centre et les soldats montent la garde autour d’elle.
Chez certaines espèces sud-américaines, les
nids qui servent de bivouac pour la nuit, pendent des arbres
comme des essaims d’abeilles.
De ces masses sortent des colonnes de razzia qui fouillent
chaque brindille pour rapporter de quoi nourrir la colonie.
Photo D. Stoffel
Malgré l’apparente confusion qui
règne, l’immense communauté maintient
une activité coordonnée. Le mode de communication
chimique des fourmis et le rôle joué par la reine
constituent deux facteurs importants qui permettent cette
cohésion.
La fourmi magnan (Dorylus nigricans)
La reine, aveugle, pond jusqu’à
50 000 œufs par jour pendant la période
de reproduction. Aptère, elle pèse
jusqu’à 2 grammes, soit le poids
de 100 soldats.
A chaque nouveau déplacement, elle est
tellement grasse que des dizaines d’ouvrières
s’agglutinent autour d’elle pour la
pousser et la tirer.
Le bruit caractéristique
de cette armée en marche est appelé
la marabounta. La durée du raid varie entre
3 h et 2 jours.
Dans son livre « Les Fourmis », Bernard Weber
décrit admirablement la terreur qu’inspire l’arrivée
des magnans :
« Après les éclaireurs, les autres arrivent
vite, en colonne à perte de vue. La colline devient
noire. C’est comme une coulée de lave qui fait
fondre tout ce qu’elle touche ».
Rien n’arrête les magnans, pas même une
étendue d’eau. Pour franchir l’obstacle,
les ouvrières se transforment en pont vivant.
L’ethnie d’Houphouët Boigny utilisait les
magnans à des fins meurtrières. Ils laissaient
la victime sur le passage des fourmis et récupérait
15 jours après un squelette bien propre.
Pourquoi les fourmis légionnaires
voyagent t-elles ?
Pourquoi ces fourmis se déplacent t-elles ainsi continuellement
?
Ces voyages semblent liés à la reproduction.
Une fois par mois, l’armée s’arrête,
la reine pond 40 000 oeufs et plus, d’où sortent
des larves une semaine plus tard.
Parallèlement, toutes les nymphes de la ponte précédente
se métamorphosent à la fois en une masse de
jeunes adultes affamés.
Pont vivant de fourmis légionnaires
du genre Anomma qui sert de raccourci pour le reste de la
colonie (Mervin W. Larson)
Les razzias reprennent alors brusquement. L’armée
repart renforcée par de nouvelles troupes encore inexpérimentées.
La phase nomade dure de 16 à 18 jours. Puis, la colonie
entre dans une phase sédentaire pour 20 à 21
jours.
La fourmi légionnaire est-elle
dangereuse ?
Les fourmis légionnaires sont souvent de grande taille.
On raconte des histoires effrayantes à propos de ces
fourmis.
Il est vrai que ces armées sont capables de dévorer
un bœuf, mais à condition qu’il soit attaché.
Rien ne résiste au passage de ces colonnes qui peuvent
contenir plusieurs millions d’individus. Sur leur passage,
les fourmis dévorent une quantité énorme
d’insectes et de larves.
On les appelle parfois « mangeuses d’hommes »
car elles sont capables de dévorer un corps humain,
mort ou immobilisé.
Les mandibules des soldats, longues et pointues, sont utilisées
en Amérique du Sud pour refermer les blessures, comme
des agrafes.
Fourmi légionnaire du
genre Eciton (Photo D. Stoffel)
Lorsqu’elles traversent un village, celui-ci doit être
évacué.
Cependant, avant de partir, les habitants laissent les portes
ouvertes car elles nettoient rapidement la maison de toute
vermine, des rats et des cafards.
En Afrique, les fourmis légionnaires sont de véritables
prédateurs. Elles dévorent d’avantage
de chair animale dans la savane que les lions, les hyènes
ou tout autre carnivore.