L'océan
est la dernière région inexplorée
de notre planète. Pourtant, la Terre est
recouverte d'eau à 80%.
Depuis quelques décennies, nous commençons
à comprendre que les fonds marins, loin
d'être inertes, sont la région la
plus dynamique du globe. 65 à 80 % de l'activité
volcanique se produit au fond des océans.
Grâce au progrés, nous pouvons observer
les fonds jusqu'à 6 500 m de profondeur.
Ces explorations ont permit de découvrir
une multitude d'espèces qui ont su s'adapter
à cet environnement inhospitalier.
Schéma des couches océaniques
Couche euphotique: le Phytoplancton
En remontant la chaîne alimentaire
dans les océans, on constate que c'est une plante qui est
à l'origine de tout: le Phytoplancton
Les eaux tempérées
grouillent de plantes minuscules qui font partie du plancton.
Le plancton est en quelque sorte un garde-manger dont l'élément
le plus important est le phytoplancton.
Ce végétal marin
est invisible à l'oeil nu. Il vit près de la surface
car il a besoin de la lumière pour pouvoir réaliser
sa photosynthèse.
Seules les plantes peuvent réaliser
cette photosynthèse sans laquelle les animaux ne pourraient
survivre que se soit sur terre ou dans la mer.
La capacité du phytoplancton à se reproduire rapidement
lui permet d'avoir une importante production de matière
organique. Il en produit des milliards de tonnes par an.
Les matières organiques
sont transmises par le biais de la nourriture, de la plante à
l'animal qui en absorbe, puis de l'animal à son prédateur.
Le phytoplancton est donc essentiel tout au long de la chaîne
alimentaire. Sans lui, aucune vie ne serait possible dans les
océans.
Le phytoplancton vit à moins
de 200 m de profondeur dans une zone qui ne représente
que 5% des océans.
Pourtant, cet espace suffit à nourrir toute la faune marine.
Les 95% restant ne sont qu'obscurité et sont impropres
à la survie du phytoplancton. C'est pourquoi, on a cru
pendant longtemps qu'aucune vie ne pouvait se développer
dans les fonds marins.
La couche oligophotique: Zone crépusculaire
Dans cette zone qui descend à
1 000 m de profondeur, la lumière perce faiblement.
Bien que la vie y soit moins importante, des créatures
sorties tout droit de films de science-fiction y évoluent.
Le crustacé Phronima est si terrifiant qu'il a servi de
modèle pour le monstre d'Alien.
A environ 500 m de profondeur,
on peut rencontrer ce crustacé qui vit en parasite. Il
conçoit sa progéniture à l'interieur d'un
autre animal, membre de la famille des méduses.
On peut également découvrir
le poisson ruban, le dragon des abysses et le poisson lanterne
qui doit son nom aux photophores qui recouvrent son corps.
A cette profondeur, de nombreuses
espèces ont opté pour la transparence. Par exemple,
le calmar Vitronella est quasiment invisible.
Ces animaux des profondeurs ont des yeux très sensibles
qui peuvent capter en un éclair une forme se déplaçant
dans une quasi obscurité.
Un des animaux les plus étranges
est sans conteste le Siphonophore qui peut atteindre 40 m de long.
Cet animal est composé de toute une colonie d'individus
attachés l'un à l'autre. Il semble que chaque individu
a un rôle précis au sein de la colonie: reproduction,
chasse ...
Les scientifiques pensent qu'il s'agit d'un super organisme unique.
Ses centaines de tentacules sont recouvertes de cellules venimeuses.
Les siphonophores sont connus depuis
longtemps. Ce sont des colonies planctoniques spécialisées
dans la pêche au filet. Ils possèdent des tentacules
flottants équipés de cellules urticantes. La physalie qui ressemble à une méduse possède un venin
presque aussi puissant que celui du cobra.
Cependant les siphonophores observés
dans les grands fonds marins sont beaucoup plus grands que ceux
connus jusqu'à présent qui ne dépassent pas
30 cm de long.
La plupart des espèces de
la zone crépusculaire possèdent des yeux démesurés.
La vue est essentielle dans cet univers de pénombre.
On trouve par exemple Winteria, un poisson, aux gros yeux globuleux.
A partir de 700 m, les formes de
vie se font plus rares. Le niveau d'oxygène baisse énormément.
Ces conditions extrèmes ne semblent pas perturber le calmar
vampire des profondeurs (Vampyroteuthis infernalis) aux yeux bleus à l'éclat de saphir.
Le plus impressionnant chez beaucoup
d'espèces des grands fonds sont leurs dents extrèmement
aiguisées. Les Stomiiformes, appelés communément poissons-dragons, ont une grande bouche équipées de dents assez impressionnantes. Les poissons du genre Chauliodus en sont un bon exemple. (Ex: Grandcroc ou Chauliodus macouni)
A partir de 700 m, le taux d'oxygène
est presque inexistant. Pourtant, à 1000 m, des murènes survivent. En principe ce poisson vit dans les mers tempérées
et chaudes. Mais certaines espèces ont opté pour
les grands fonds. La murène est très vorace et sa
morsure est dangereuse.
Mais, il ne faut pas croire, que
tous ces animaux restent confinés dans les grands fonds.
Ils migrent régulièrement vers la surface en quête
de nourriture. Par exemple, le poisson- lanterne remonte chaque
soir de 1 700 m à 100 m de profondeur. Ce voyage lui prend
3 h.
Le poisson- lanterne peut moduler
sa lumière et la faire clignoter. La nuit, on peut observer
ce phénomène de lumière clignotante quand
ces poissons sont rassemblés à la surface. C'est
surement une des explications aux lumières étranges
aperçues par les marins.
On compte plus de 250 espèces de poissons-lanternes. Ces poissons des grands fonds font partie de l'ordre des Myctophiformes et de la famille des Myctophidae. (Exemple: Lanternule métallique ou Myctophum affine)
La couche aphotique: zone sombre
Au delà de 1 000 m, la lumière
ne perce plus du tout les ténèbres. La température
ne dépasse pas 2 °C. Aucun animal, vivant à
de telles profondeurs n'a survécu à sa capture,
une fois ramené à la surface.
C'est à partir de 4 000
m que l'on entre vraiment dans le désert abyssal. Si la
vie s'y fait rare, les espèces sont souvent plus grandes
à cette profondeur que dans la zone crépusculaire.
Certains poissons comme les grenadiers peuvent dépasser
le mètre. Des caméras immergées les ont surpris
en train de se repaître d'un cadavre de baleine.
On connaît 4 espèces de grenadiers du genre Macrourus. (Exemple: Macrourus berglax)
De même, certains poissons des profondeurs comme les cérates
peuvent atteindre 1 m de long et peser 9 Kg.
Sur les grands fonds, de nombreux invertébrés carnivores
se nourrissent de toutes sortes de dépouilles. Car, poissons,
phoques ou baleines finissent par toucher le fond.
En tête, les amphipodes, les crevettes et les grenadiers.
Cependant, le seigneur des éboueurs
est incontestablement le concombre de mer. Ces gros boudins charnus
représentent 95% de la faune.
Les concombres de mer ou holothuries font partie de la famille
des Echinodermes. Certaines espèces très allongées peuvent atteindre 2 m de long. Les tentacules qui entourent
l'orifice buccal ont pour fonction de saisir les particules organiques
pour les absorber. Il existe environ 1 200 espèces d'holothuries.
Elles fréquentent aussi bien les littoraux que les abysses.
Les concombres de mer possèdent de microscopiques traces
de squelettes calcaires.
La rareté de la nourriture
est d'ailleurs sans doute la raison pour laquelle de nombreuses
créatures des abysses ont des bouches disproportionnées
et de solides dents. Ils doivent pouvoir avaler tout ce qui passe
à leur portée.
Les poissons des grands fonds nagent
dans l'obscurité tous feux allumés. Ces animaux
créent leur propre lumière: la bioluminescence.
Les poissons-dragons en sont un bon exemple. Généralement, ils portent des organes lumineux (photophores).
Jusqu'à 2 500 m de profondeur,
on peut également croiser des requins, notamment le requin
du Groenland (Somniosus microcephalus) qui peut mesurer jusqu'à 7 m de long ou les requins à ailettes.
Au milieu de ces grandes étendues
désolées, on trouve des oasis grouillants de vie.
C'est dans les zones les plus hostiles, autour des zones hydrothermales
situées le long des dorsales océaniques, que prospèrent
ces espèces.
Les vers tubicoles utilisent leurs
branchies pour absorber les éléments nécessaires
à leur alimentation. Ils prospèrent près
des sources d'eau chaude.
Ces sources hydrothermales de couleur
noir, appelées fumeurs noirs, contiennent surtout du fer
et du cuivre. Leur température peut atteindre 300°C
car le magma remonte juste en dessous.
La vie foisonne près de
ces sources: des centaines de crabes rampent, des poissons étranges
évoluent au milieu des vers tubicoles; moules et palourdes
sont incrustées dans la roche.
La découverte de ces oasis
a été faite il y a déjà 25 ans. Elle
a bouleversé nos connaissances et les acquis de la communauté
scientifique. On avait toujours cru que sans soleil, la photosynthèse
ne pouvait s'effectuer. De ce fait, aucune vie n'était
possible. Or, une vie animale et végétale se développe
indépendamment de l'énergie solaire.
Cette découverte pourrait bien remettre en cause dans les
années à venir nos croyances sur l'origine et le
développement de la vie.
V.B (10.2004)
Lien internet
Si vous êtes curieux d'en
savoir plus sur les fonds marins, le site de la planète
bleue devrait vous ravir. Site
Planète Bleue
Sources de ce dossier et crédit photographique
Voyage au coeur des abysses.Sélection
du Reader's Digest 1996. La Planète Bleue Editions Larousse
2002. Planète Océan DVD 2004. Science & Vie
N° 1037 2004. Les Géants de la Mer. Editions Atlas
2001.
Les photos des diaporamas sont des captures d'écran des documentaires Planète Océan et La Planète bleue