Médailles et prix pour les mères
de famille nombreuse
En
France, depuis 1906, certaines régions
fêtent les mères de famille. Des
défilés sont organisés. Dans
les écoles, les enfants sont encouragés
à rédiger des textes ou à
dessiner. Des prix sont remis aux mères
les plus méritantes.
En
1917, à Paris, est organisée une
cérémonie de remise de prix et de
diplômes à des mères de famille
nombreuse.
Après
l’hémorragie démographique
causée par les tueries de la Première
Guerre mondiale, une politique nataliste est mise
en œuvre.
La fête des Mères n’aurait
sans doute jamais vu le jour en Europe sans cette
hécatombe.
Que
ce soit en France ou en Allemagne, c’est
principalement à partir de 1918 que toute
une propagande en faveur de la natalité
va être mise en place.
A titre d’exemple, en 1920, la médaille
d’honneur est accordée à une
mère de 13 enfants. La même année,
est créé un Conseil supérieur
de la natalité.
La
fête en l’honneur des mères
de famille est officialisée en 1926. Il
s’agit d’une cérémonie
publique où des mères de famille
nombreuse reçoivent des diplômes
et des médailles.
En
Allemagne, la Ligue des familles nombreuses est
fondée en 1918-1919. Cette organisation
qui aide les mères de famille en difficulté
est incorporée au Bureau de politique raciale.
Elle
se définit ainsi : » Nous regroupons
l’élite des familles aryennes, héréditairement
saines et disciplinées ».
En 1937, 200 mères inscrites à cette
Ligue reçoivent un « carnet d’honneur
» qui donne droit à des allocations
familiales.
La journée nationale des Mères
sous Vichy
La
thématique de la famille donne lieu à
une propagande très importante sous l’Occupation.
Un Commissariat général de la famille
est créé. Il anime des émissions
de radio appelées « France-famille
».
On organise des expositions, on distribue des
brochures et on couvre les murs d’affiches.
En
parallèle, une législation familiale
est mise en place.
On
ne fête plus alors que les mères
de famille nombreuse mais toutes les mères.

Affiche sous l'Occupation.
© Gesgon. A
A
travers cette célébration des Mères,
c’est aussi l’image de la femme que
le gouvernement tente de modifier.
Les années folles ont marqué un
changement important avec une « libéralisation
» qui s’affiche essentiellement au
niveau des tenues vestimentaires.
De plus, le cinéma américain véhicule
une nouvelle image. Celle d’une femme plus
indépendante, qui n’hésite
pas à porter des pantalons et des cheveux
courts.
Le
gouvernement de Vichy s’oppose à
cette nouvelle image, jugée vulgaire et
frivole. Le maquillage et les teintures sont jugés
indécents car rien ne doit détourner
la femme de ses devoirs de mère et d’épouse.
Les
journaux féminins emboîtent le pas
au gouvernement en incitant leurs lectrices à
ne pas oublier leurs devoirs vis-à-vis
de la Patrie.
Le journal la Mode du jour écrit en juin
1941 : » Les temps sont révolus où
la femme pouvait n’être qu’une
poupée maquillée. La débâcle
est venue, entraînant la souffrance, et
la souffrance nous a appris à nous connaître.
»

Délégation
de mères de famille accueillie par le Maréchal
Pétain en mai 1943. © Lapi-Roger-Viollet
Le
seul objectif est d’encourager la reprise
de la natalité et de la mise au monde de
futurs soldats pour l’Etat.
A partir de 1941, dans les écoles, les
enfants préparent des spectacles, des dessins
et des lettres à l’intention de leurs
mères mais aussi de la Patrie et de la
famille en général.
Si
en Allemagne et en France, on distribue à
tour de bras diplômes et médailles,
par contre aucune aide financière n’est
mise en place.
Ce n’est pas le cas en Italie. Sous le régime
fasciste, la politique nataliste instaure des congés
maternités, des exonérations d’impôts
et des allocations familiales.
L’évolution de la fête
des Mères
A
la Libération, la journée nationale
des Mères est conservée. Cette journée
est institutionnalisée en 1950. L’organisation
de la journée est confiée au ministère
de la Santé et de la Population.
Les élèves des établissements
publics doivent y participer.
Malgré
tous les efforts des gouvernements allemands ou
français, le nouveau style d’une
femme avant tout au foyer n’a pas fait beaucoup
d’émules après la Libération.
Bien
que la France ait toujours eu un retard considérable
quant à la place de la femme dans la société,
le changement des mentalités s’est
mis en route, lentement mais sûrement.
Par rapport aux pays anglo-saxons, nous sommes
encore très loin d’avoir achevé
cette évolution. Les différences
de salaires entre hommes et femmes sont là
pour le prouver.

Carte pour la fête
des Mères aux Etats-Unis. By Assbach Licence
Aujourd’hui,
5 mai 2007, une femme se présente aux élections
présidentielles. C’est la première
fois, en France, qu’une femme réussit
à être présente au second
tour.
Dans
les dernières décennies, l’évolution
de la fête des Mères n’a pas
été positive. En effet, nous avons
tous oublié le symbolisme de cette fête.
Il ne s’agit plus de valoriser la cellule
familiale ou l’amour maternel mais seulement
d’augmenter le chiffre d’affaires des grandes surfaces principalement.
Cette fête, comme Noël ou Pâques,
n’est plus qu’un immense matraquage
publicitaire.
Notre
société de consommation a réussi
en quelques dizaines d’années à
vider de tout son sens les principales fêtes
religieuses ou non.
V.B
(05.05.2007)
Référence bibliographique principale
La fête des Mères, Mémoire de l'Humanité. Les grands évènements de l'histoire des femmes. Editions Larousse 1993
< Histoire
|