Femme à barbe Dans notre civilisation, la barbe a toujours été un attribut purement masculin. Symbole de virilité, la barbe est très difficile à porter pour une femme. |
L'hypertrichose est le symptôme d'un dérèglement hormonal qui se manifeste dans le cas qui nous préoccupe par une pilosité envahissante sur une partie du corps. Dans certains cas, le sujet est dans l’obligation de se raser plusieurs fois par jour. Dans notre société où le poil féminin est un ennemi à abattre, cet excès de pilosité est un véritable handicap social et professionnel.
Femme à barbe. By Anna Blume Plusieurs cas de licenciements pour cause « de barbe « ont déjà été signalés. Il n’existe, à ce jour, aucun médicament qui stoppe de manière définitive la pousse des poils. Par contre, des traitements endocriniens peuvent ralentir le phénomène.
Dans son excellent ouvrage intitulé Les Monstres. Histoire encyclopédique des phénomènes humains, Martin Monestier cite Hatchepsout, reine d’Egypte.
Hatchepsout. Musée National Alexandrie. By Gérard Ducher Par contre, cette reine de la XVIIIe dynastie s’est attribuée toutes les prérogatives du pharaon, allant jusqu’à se faire représenter en homme. De même, l’auteur cite Marguerite d’Autriche, duchesse de Parme qui était la fille naturelle de Charles Quint.
By Anna Blume Concernant sa référence à la « Vierge à barbe » ou Sainte Wilgeforte dont on peut admirer des représentations notamment dans l'église Saint-Étienne de Beauvais et dans l'église de Wissant, il est acquis aujourd’hui qu’elle n’a jamais existé. Par contre, il est vrai que les cours royales et princières abritaient des femmes à barbe de même que des nains.
Au XIXe siècle ainsi qu’au début du XXe siècle, ceux que l’on appelait communément des « monstres » n’avaient d’autre solution pour survivre que de s’exhiber dans des foires et des cirques.
Delina Rossa. By Anna Blume Plusieurs femmes sont ainsi devenues célèbres. On peut citer Augusta Urstein alias Barbara, vedette du XVIIe siècle, dont le visage était presque en totalité recouvert de longs poils. Elle était présentée sous le terme de « chien irlandais ».
Augusta Urstein alias Barbara. Vers 1654 Au XIXe siècle, la star du Phineas Taylor Barnum se nomme Joséphine Boisdechêne alias Clofullia qui a 8 ans avait déjà une barbe de 5 cm.
Clofullia, vers 1865. Syracuse University Library Une autre vedette du Barnum s’appelle Annie Jones (1865 - 1902). Cédée par ses parents au cirque, moyennant une rétribution, dès 4 ans, l’enfant a remporté un grand succès.
Annie Jones. Museum City of New York Clémentine Delait (1865-1939) est la plus célèbre femme à barbe. Elle ne s’exhibait pas dans des foires mais était tenancière de café dans les Vosges (France). Elle s’illustra pendant la Première Guerre mondiale en tant que bénévole au sein de la Croix-Rouge. Le couple adopta d’ailleurs une jeune orpheline de la Grande guerre.
Clémentine Delait. Carte postale. By Anna Blume Clémentine Delait est devenue une véritable célébrité nationale. Elle a reçu en 1904 une autorisation ministérielle exceptionnelle qui l’autorisait à porter des vêtements masculins. Elle était surnommée « la fée à barbe ». A la mort de son mari, elle décide d’accepter la proposition de Barnum et de partir en tournée afin que sa fille puisse connaître le monde. Cette femme possédait un charisme évident. Idolâtrée de son vivant, des milliers de cartes postales ont été conçues à son effigie. Des hommes se sont même fait tatouer son visage sur le bras ou la poitrine.
Clémentine Delait. Carte postale. By Anna Blume A côté de ces célébrités, beaucoup d’anonymes et de femmes exhibées sans vergogne dans des foires ont eu un destin beaucoup moins heureux. Exploitées par leurs agents, la grande majorité a fini dans la pauvreté.
Difficile de parler des femmes à barbe et autres monstres de foire sans mentionner le film de Tod Browning, tourné en 1932. Freaks, la monstrueuse parade est un petit chef d’œuvre qui met en scène des êtres difformes qui sont exhibés dans un cirque.
Affiche de Freaks L’être normal est joué par une trapéziste prénommée Cléopâtre, d’une grande beauté, qui va semer la zizanie dans ce petit monde.
Hans, le lilliputien amoureux de la belle Cléopâtre Le mythe de la Belle et la Bête est ici repris. La Belle se moque de cet amour jusqu’au jour où elle apprend que son soupirant a hérité d’une coquette somme.
Les amis de la femme à barbe alors qu'elle vient d'accoucher Les « Freaks » vont mettre en œuvre un plan diabolique. La scène finale est grandiose mais aussi terriblement angoissante. La beauté de Cléopâtre n’était que superficielle et à travers cette transformation cauchemardesque, c’est toute sa méchanceté et sa monstruosité qui deviennent apparentes. Car, comme vous le savez, les monstres ne sont pas toujours ceux que l’on croit.
Ceux qui ont vu Elephant Man de David Lynch pourront faire le rapprochement. Il est à préciser que les acteurs sont pour la plupart des vedettes des shows de l’époque. Ils jouent leur propre rôle. Malheureusement, le film a fait l’objet de nombreuses coupures de la part de la Metro Goldwyn Mayer qui ne souhaitait pas que les aspects de la vie quotidienne de ces gens soient filmés.
Femme à barbe anonyme. By Anna Blume Dans le même ordre d’idée, je me souviens d’un épisode de la Quatrième dimension qui a pour trame un monde où le monstre est un standard de beauté. Les êtres humains normaux sont condamnés à vivre sur une île car trop repoussants pour être admis au sein de cette société. Car, en définitive, qui décide de ce qui est beau ou non ? Qui sont ces gens qui nous imposent un standard difficilement accessible ? Ce dossier est un hommage à tous ceux qui sont « différents » mais qui ont, eux aussi, le droit de vivre en pleine lumière. Véronique Battaglia (03.09.2008)
Stéphane Audeguy, Les Monstres, si loin et si proches. Culture et Société Gallimard 2007 Freaks en VO sur Google Video (Gratuit). Durée 64 mn
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