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La corde magique du fakir

Depuis des siècles, la corde magique utilisée par les Indiens est un classique de l’illusion. Les Occidentaux associent le tour de la corde au fakir. À nos yeux, le fakir n’est autre qu’un magicien qui est passé maître dans l’art de l’illusion.
Or, cette association est impropre.

La corde magique a une longue histoire en Asie. Les premiers témoignages ne proviennent pas d’Inde, mais de Chine.

Aujourd’hui, nous connaissons une partie de la vérité sur le « secret » de la corde magique. Cependant, comme pour tous les tours de prestidigitation, le « truc » n’a pas été entièrement dévoilé.

À notre époque, le public a changé et le tour également. Le fakir charme une corde comme il le ferait d’un cobra et un jeune garçon grimpe dessus.
À l’origine, le tour de la corde magique était beaucoup plus spectaculaire et sanglant.

Qu’est ce qu’un fakir ?

A l’origine, le terme fakir, qui signifie pauvre ou humble en arabe, désigne un ascète mendiant de religion musulmane ou hindouiste.
Concernant les hindouistes, en Inde, on ne parle pas de fakirs mais de sadhu. L’unique souci des sadhu est de connaître le samadhi, un instant d’union parfaite avec Brahma.

Sadhu

Sadhu sur les bords du Gange. By Naresh Dhiman

Fakirs ou sadhu ont fait vœu de pauvreté. Ils pensent que la voie de l’ascétisme les mènera au salut de leur âme.
Ils croient en la réincarnation
Ces hommes peuvent mener une vie dans le total isolement ou voyager en groupes. Certains se soumettent aux pénitences les plus austères ou à des mortifications publiques.

Sadhu

Sadhu près du temple Jagdish. By Meanest Indian

Outre leurs capacités à jeûner et à subir des mutilations, ils possèdent un grand pouvoir de suggestion. Grâce à leur formation de yogi, ils contrôlent parfaitement leur système nerveux.  Ce sont aussi d’excellents illusionnistes qui savent charmer leur public.

Sadhu

Sadhu en pleine méditation. By Jovika

Ces hommes et les « exploits » qu’on leur prête sont bien évidemment aux antipodes du rationalisme occidental.
Une chose est certaine, notre représentation simpliste du fakir est impuissante à rendre compte de la dimension spirituelle de ces hommes.

Le tour de la corde ensanglantée

C’est l’explorateur et géographe marocain Ibn Battuta (ou Ibn Batouta) qui parla en Occident pour la première fois de la corde magique. Entre 1342 et 1347, il assistait à un dîner donné à la cour royale, en Chine.
A la fin du repas, les invités assistèrent à un spectacle. Voici le récit qu’en fit Ibn Batutah dans son journal de voyage :

« Un des hommes saisit une boule de bois percée de plusieurs trous. Il y fit passer une corde et lança la boule dans les airs où elle disparut soudain.
On ne voyait plus que la corde qui tenait en l’air sans qu’aucun support ne soit visible. Quand il ne lui resta plus qu’un petit bout de la corde dans la main, le magicien commanda à l’un de ses assistants de s’accrocher à l’extrémité et de grimper.
Ce qu’il fit et on le perdit bientôt de vue.

Son maître l’appela plusieurs fois. N’obtenant pas de réponse, il s’empara d’un couteau et furieux, grimpa à son tour.
Soudain, on vit tomber une main coupée, celle du jeune assistant, puis un pied, puis l’autre main, l’autre pied et finalement la tête.
Le magicien redescendit, des taches de sang sur ses vêtements.

Au sol, il rassembla les morceaux du corps, donna un léger coup de pied et l’enfant se leva, bien vivant. »

Personne ne crut à son histoire.

L’affaire de la corde magique fut relancée en 1890 par un article du Chicago Daily Tribune. Des photos et un article écrit par un certain S.Ellmore firent sensation et les ventes du journal remontèrent immédiatement.
Mais, quelques mois plus tard, le directeur du journal a reconnu que ce n’était qu’un canular. Toute l’opération avait été montée de toutes pièces pour battre les records de vente. Tout était faux et aucun journaliste ne s’était rendu en Inde pour enquêter sur cette histoire de corde.

Les fakirs et leurs prouesses retombèrent dans l’oubli.

Tour de la corde magique

Représentation de la corde magique à l'époque coloniale . (DP)

Quelques années plus tard, des soldats irlandais et anglais, en garnison à Upsala, en Inde, assistèrent à une représentation très semblable à celle que décrivit Ibn Battuta au XIVe siècle.

Ce tour est bien réel et existe depuis fort longtemps. Le nombre de fakirs capables de le réaliser a toujours été très limité. On estime que, vers 1940, ils n’étaient plus que 5 ou 6  en Inde, et déjà d’un âge avancé.

La vérité sur la corde magique "ensanglantée"

Ce tour débutait toujours à la tombée de la nuit. Les assistants apportaient des lanternes qu’ils plaçaient à des endroits stratégiques. Le lieu de la représentation était choisi avec soin de manière à ce qu’un fil puisse être suspendu et camouflé, de préférence, avec du feuillage.

Le fakir prend un panier d’osier, en retire une corde qu’il lance en l’air pour montrer qu’il s’agit d’une corde ordinaire.
Tout en bavardant avec le public, il ajuste un solide crochet dans un des trous de la boule de bois, cachée dans la corde auparavant.
Ce crochet est rattaché à un fil très mince, invisible dans l’obscurité.
Le fil monte jusqu’à la corde horizontale suspendue à environ 18 m du sol.

Quand les spectateurs lèvent la tête pour regarder la corde magique, ils sont éblouis par les lanternes.

Le magicien ordonne au jeune garçon de grimper ce qu’il fait en protestant. Après avoir grimpé environ 10 m, l’enfant a dépassé le rayon d’action des lanternes et c’est ce camouflage naturel qui explique le miracle.

Arrivé au sommet, il sort un crochet et s’en sert pour consolider la corde.

La corde du fakir

Schéma explicatif du tour de la corde (© Inexpliqué N°6)

Le fakir continue son numéro en appelant l’enfant qui ne lui répond pas ou le fait d’une manière insolente. Furieux, le fakir sort un couteau et grimpe à son tour. Il fait semblant de se disputer avec l’enfant. Le public entend des cris puis des hurlements de douleur.
Peu après, des morceaux de membres tombent sous les yeux horrifiés des spectateurs.

Ce ne sont pas des membres humains mais ceux d’un pauvre singe, sacrifié pour l’occasion. Le singe a été habillé comme le garçon et les morceaux de membres dissimulés dans les larges habits du fakir.
Le fakir les asperge de sang, avec une petite bouteille qu’il avait sur lui, et jette en dernier une tête coupée qui n’est qu’une reproduction en bois soigneusement peinte.

Le public qui commence à en avoir assez du carnage n’a pas envie d’aller voir de plus près.

Pendant ce temps, en haut, l’enfant se dissimule dans les larges vêtements du magicien. Il glisse les pieds et les jambes dans une sorte de brassière et s’attache solidement contre la poitrine du fakir.
Ce dernier redescend. Arrivé au sol, il s’effondre en sanglots et les assistants se précipitent autour de lui pour le consoler.
Cette scène mélodramatique détourne l’attention du public. L’enfant en profite pour sortir tandis que les assistants camouflent sur eux les restes ensanglantés.

Les assistants se tiennent dos à dos afin que les spectateurs ne voient pas ce qui se passe au centre.
L’enfant s’allonge, le magicien reprend ses esprits et prononce quelques formules magiques.
Au moment crucial des incantations, les assistants s’éloignent.
Il ne reste plus que le fakir qui donne un léger coup de pied au « cadavre » qui se lève bien en vie.

Le fakir et sa corde

Si le truc de la corde magique "ensanglantée" a été révélé, par contre, on ne sait toujours pas expliquer le tour de la corde "classique".
Le fakir a toujours un panier d’osier avec lui, une corde et un enfant. L’homme lance un bout de corde en l’air et celle-ci demeure raide.
L’enfant grimpe sur la corde et s’y tient suspendu.

Corde magique du fakir

Représentation de la corde magique à l'époque coloniale . (Library of Congress)

Il y a quelques variantes. Le magicien « charme » parfois la corde avec une flûte comme pour un serpent.
Par contre, sur toutes les vidéos, anciennes ou récentes, on peut remarquer que le magicien utilise toujours un grand panier d’osier rond qui ne bouge pas de place pendant tout le spectacle. Ce panier n'est surement pas purement décoratif, d'autant moins qu'il semble bien grand juste pour une corde.

Video tour de la corde

On a émis beaucoup de théories sur ce tour. Certains ont suggéré qu’elle est tenue par de minuscules câbles, d’autres que c’est une colonne vertébrale de mouton transformée en corde.
Mais, on n’a toujours pas d’explication satisfaisante, et ce tour demeure une énigme.

Video fakir et corde magique

C’est d’ailleurs tout le charme de la magie. Le prestidigitateur détourne toujours l’attention du public au moment propice. Reste à découvrir où se situe le « truc ». Est-ce à l’intérieur du panier ou dans les airs ?

Si vous pensez connaître la réponse, n'hésitez pas à me la faire parvenir.

V.Battaglia (06.04.2008)

Suggestions des internautes

Jean-Pierre (8.04.2008): Le tour de la corde est très ancien. On voit bien dans la 2e video que le spectacle a été filmé à l'époque coloniale. Le haut de la corde est visible. Ces "fakirs" sont des gens pauvres. Ils ne disposent pas de gadgets sophistiqués. Le "truc" est donc surement très simple. C'est d'ailleurs le plus rageant. Peut-être une 2e corde, cachée dans le panier, mais qui elle serait rigide ?

Gérard Podilsky (22.09.2008): Il me semble que le panier contenant la corde doit se placer à un endroit précis au dessus d'une cavité dans le sol. Dans cette cavité se cache une aide qui au son de la flûte fait remonter une perche rigide habillée de corde et c'est sur cette perche que grimpe l'enfant.

Références bibliographiques et crédit photographique

Fakirs et Sadhu. Sélection du Reader’s Digest 1996
Inexpliqué N°6. La corde magique des fakirs p.1221 à 1225. 1982
L’Inexpliqué. p.49. Editions Robert Laffont 1997

Les photos, sauf mention contraire, sont au moment de la mise en ligne du dossier sous Licence creative commons Attribution paternité Share Alike 3.0 unported

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