Les extinctions de masse sont-elles périodiques ? L’histoire de la vie sur Terre est parsemée d’extinctions. Certaines, par leur ampleur, sont qualifiées d’extinctions de masse. Concernant ces extinctions, la théorie la plus originale et la plus audacieuse, faite en 1983, est sans conteste celle de David M. Raup et J. John Sepkoski de l’université de Chicago.
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D. Raup fait une remarque pertinente en soulignant le fait qu’il est impossible de définir isolément les extinctions de masse des autres extinctions. Les extinctions de faible intensité sont bien sûr les plus fréquentes. Les cinq grandes extinctions se distinguent par leur ampleur et surtout part le fait que de telles extinctions soient très rares. L’auteur fait le parallèle avec les ouragans et les cyclones tropicaux. Qu’est ce qui distingue un ouragan d’une très forte tempête ? Simplement son ampleur. Que ce soient des tempêtes tropicales, des dépressions tropicales, des cyclones ou des ouragans, ces phénomènes météorologiques se produisent tout au long de l’année sans aucune discontinuité. Il en est de même avec les extinctions. Si certaines se distinguent par leur ampleur, la rareté ne rend pas pour autant le phénomène plus particulier. Les cinq grandes extinctions sont :
Comme dans tous les autres domaines, les statistiques ne valent qu’à condition que les données disponibles couvrent une large période. Dans le domaine des extinctions, les scientifiques disposent de bonnes archives pour les 600 derniers millions d’années. A partir de ces archives, les deux auteurs ont constaté que l’extinction K-T (Crétacé) est un événement qui ne survient que tous les 100 millions d’années. Cependant, l’auteur reconnaît qu’elle pourrait tout aussi bien se produire avec une périodicité très différente. Il faudrait, pour en être certain, disposer d’archives antérieures à 600 millions d’années. A la question : »Quelle est la fréquence d’extinctions assez intenses pour détruire toutes les espèces vivant sur la Terre ? », D.Raup a répondu en soulignant l’incertitude du résultat : Au moins 2 milliards d’année. »
La courbe ci-dessous, créée par D.Raup, représente des données moyennes d’espèces tuées chez les organismes marins, portant sur 20 000 extinctions, durant les 600 millions d’années écoulées.
Les deux chercheurs ont constaté que, durant les 250 derniers millions d’années au moins, les extinctions se présentaient avec des pics à intervalles d’environ 26 millions d’années. Parmi les meilleurs candidats, il y a les impacts météoritiques de grande taille et les pluies de comètes. L’une des hypothèses qui a retenu le plus l’attention des scientifiques est que notre Soleil devait avoir une petite étoile compagne qui, en un certain point de son orbite de 26 millions d’années, passerait suffisamment près de notre système solaire pour attirer des pluies de comètes en direction de la Terre. D.Raup est assez honnête pour fournir dans son livre les résultats des études effectuées. Je le cite : « Les données sur les extinctions ont été réanalysées par des dizaines de statisticiens, de géologues, de paléontologistes et d’astronomes. Les résultats sont ambigus. La moitié d’entre eux soutiennent la notion d’une périodicité de 26 millions d’années, et l’autre moitié ne trouvent pas de preuve convaincante de quelques périodicité que ce soit. » « La plupart des astronomes ont rejeté la notion d’une étoile compagne »Némésis » qui n’a jamais été détectée. » Donc, on peut en conclure que si des mécanismes cosmiques périodiques entraînent des extinctions de masse, ils n’ont pas encore été découverts. Mais, on pourrait également en conclure que cette périodicité, si chère à D.Raup, n’existe pas.
Certains se diront qu’après tout cette question sur une éventuelle périodicité n’est pas vitale. Quelle différence que les espèces s’éteignent selon un cycle régulier ou irrégulier ? Les implications sont en fait très importantes. En effet, un rythme cyclique donnerait beaucoup moins de poids à la théorie évolutionniste et à la notion d’adaptation darwinienne des espèces. D.Raup n’est pas le seul à penser que la sélection naturelle n’a pu, à elle seule, engendrer la diversité des êtres vivants.
Je sais bien que l’activité polluante de notre espèce est au cœur des débats actuels. C’est très tendance de penser que nous causerons notre propre perte. Et puis cette mode permet à Hollywood de nous sortir de bons gros blockbusters truffés d’effets spéciaux. D’après les estimations (rapport du colloque de 1981 organisé par le Jet Propulsion Laboratory réunissant les meilleurs astronomes), des impacts de la dimension de ceux de Tungunska (Sibérie en 1908) touchent un point du globe tous les 300 ans environ. D’après ce rapport, des impacts capables de détruite notre civilisation se produisent en moyenne tous les 300 000 ans. Notre espèce ne s’éteindrait pas mais notre civilisation ferait un bond en arrière pour revenir à l’époque du Moyen Age, voire à l’Age de Pierre. Donc, chaque année, il y a une chance sur 300 000 de voir la civilisation détruite d’après les participants au colloque. Ce n’est qu’une estimation qui comporte une marge d’erreur assez importante du fait que nous sommes encore loin de connaître toutes les populations d’astéroïdes et de comètes ainsi que leurs orbites. La question qui nous vient immédiatement à l’esprit est : »Peut-on prévoir l’imminence d’un impact ? » Et si oui « Peut-on l’éviter ? » Pour cela, il nous faudrait pouvoir identifier chaque astéroïde ainsi que son orbite. On estime qu’on n’aurait découvert 5 à 10% des gros astéroïdes dont l’orbite recoupe celui de la Terre. Les recherches effectuées sur la fréquence des impacts s’avèrent primordiales si nous voulons savoir si l’humanité court un réel danger. Véronique Battaglia (27.05.2009)
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