Le terme "carnivore" désigne tout animal qui mange de la viande. Actuellement, l'ordre des Carnivores (Carnivora) comprend 286 espèces réparties en 15 familles et 126 genres. Cependant, certaines espèces classées dans l'ordre des carnivores sont en réalité omnivores. C'est le cas des ours par exemple.
L’aventure des mammifères
dure depuis plus de 220 millions d’années.
Si leurs débuts sont mal connus, on sait
par contre que les premiers mammifères
étaient nocturnes et fouisseurs durant
tout le règne des dinosaures.
Après l’extinction
de ces derniers il y a 65 millions d'années, le trône des prédateurs
se trouva vacant. Les mammifères carnivores prirent
alors le pouvoir et se partagèrent leur
nouveau royaume.
Au lendemain de cette grande
crise, les carnivores se sont succédés.
Certains se sont spécialisés, d’autres
sont devenus généralistes.
Les prédateurs d’hier ont été
remplacés par ceux d’aujourd’hui.
Mais quels seront les prédateurs de demain
?
L’évolution des Carnivores
Les ancêtres des premiers carnivores étaient de petits
animaux arboricoles, majoritairement insectivores.
En quelques millions d’années, leur taille augmenta
considérablement. Il y a environ 35 millions d’années,
l’environnement des descendants de ces premiers carnivores
change.
Les forêts humides cèdent une partie de la place aux
savanes arborées. Cette diversité des milieux de vie
favorise l’apparition de nouvelles proies et donc de prédateurs
plus perfectionnés.
Il y a 7 millions d’années, un évènement
important se produisit pour l’évolution des mammifères.
Le climat devint plus sec et les forêts furent remplacées
par d’immenses prairies.
La course à l’évolution
Ce changement de biotope profita aux herbivores qui se propagèrent.
Les prédateurs spécialisés ont toujours été
en haut de la chaîne alimentaire. Cependant, leur position
est fragile.
Quand les proies favorites des nimravidés disparurent, elles
entraînèrent la disparition du Barbourofelis,
l’un de ses derniers représentants.
De même, on suppose que le Smilodon
n'a pu s’adapter à la disparition des grands herbivores
qui constituaient ses menus.
Squelette de Smilodon. By Wallyg
Actuellement, cette place de super prédateur est tenue par
le lion ou le tigre. Leur puissance ne doit pas nous faire oublier
qu’ils sont beaucoup plus fragiles que des prédateurs
généralistes comme le blaireau.
Depuis toujours, une guerre permanente est menée entre prédateurs
et proies. Cette lutte pour la survie est à la base de l’évolution
au sein des espèces.
Ce combat a crée des proies surarmées.
Les glyptodontes, ancêtres des Tatous, pouvaient
peser plus d’une tonne. Ils étaient recouverts
d’une cuirasse rigide. Ces tanks géants
de 5 m de long rappelaient les ankylosaures.
Le Tatou est insectivore. Il possède
une carapace qui lui confère une allure reptilienne. By Austinevan
Mais, le plus souvent, chasseurs et proies sont à égalité.
L’apparition des grandes plaines favorisa une autre course
: celle du plus rapide. Les proies devinrent plus grandes et plus
rapides. Les carnivores évoluèrent de la même
manière. Ce marathon dure depuis 30 millions d’années.
Actuellement, le carnivore le plus rapide est le guépard.
Evolution et extinction des carnivores terrestres
Les Félidés (Felidae) sont apparus
il y a 25 millions d’années et leur essor débuta
quand les nimravidés commencèrent à décliner.
Parmi eux, on trouvait les célèbres félins à dents
de sabre.
On compte 40 espèces de félidés actuellement,
tous spécialisés et tous en danger d’extinction.
Les Hyénidés (Hyaenidae) sont apparus
il y a 20 millions d’années. Deux lignées se
séparèrent. L’une composée de dents coupantes
a donné naissance aux hyènes d’Amérique.
Cette lignée s’est éteinte il y a 1,5 million
d’années.
Hyène tachetée actuelle.By Unkeless
L’autre mènera aux hyènes actuelles dont les
dents sont plus broyeuses que coupantes. Les hyènes modernes
sont des prédateurs généralistes qui survivent
grâce à leur grande adaptabilité et à
leur opportunisme.
Cette famille est aujourd'hui représentée par 4 espèces.
Les Viverridés (Viverridae) comportent 35 espèces. La sous-famille des Viverrinae comprend
les civettes, les genettes et les linsangs.
Certaines espèces sont arboricoles, d'autres terrestres
ou semi-aquatique. Mais, elles ont toutes des caractéristiques
communes: animaux d'assez petite taille, nocturnes et solitaires
en majorité. Tous les viverridés sont d'excellents
prédateurs. Ce groupe est certainement une des plus belles
réussites dans l'évolution des prédateurs.
Les Eupléridés (Eupleridae) comprend notamment certaines mangoustes (sous-famille Galidiinae) ainsi que le fossa, endémique à Madagascar.
Mangouste . By
Andries 3
Les Canidés ont comme emblème
le loup. Mais Canis lupus n’est que l’une des 35 espèces
de la famille qui s’étend aujourd’hui de l’Alaska
à l’Australie. Les canidés ont conquis toute
la planète depuis l’Eocène.
Les Amphicyonidés « ours-chiens
» sont des prédateurs aujourd’hui disparus. Moitié
chien, moitié ours, on a finit par en faire une famille à
part. Les Amphicyonidae ont vévu de l'Oligocène moyen au début du Miocène.
Ces représentants
étaient omniprésents en Amérique du Nord et en Eurasie
mais aussi en Asie.
Illustration d'Amphicyon , l'un
des plus puissants carnivores terrestres. By Noles 1984
Ils ont très vite dominé par leur taille les autres
prédateurs comme Amphicyon major. Cet amphicyonidé
vivait en Europe il y a 15 millions d’années.
14 espèces ont déjà été décrites.
Les Ursidés (Ursidae) sont les plus grands
carnivores terrestres modernes. Ce groupe ne compte plus aujourd’hui
que 8 espèces.
Mais, ces prédateurs sont en fait omnivores et tous les ours aiment les végétaux et les fruits particulièrement le grand panda connu pour ses menus à base de bambous.
Les Mustélidés (Mustelidae) sont la
plus belle réussite parmi tous les prédateurs. Cette
riche famille comprend pas moins de 59 espèces encore vivantes
et des dizaines d’autres éteintes. Loutres, blaireaux, martres, putois, fouines font partie de cette
famille.
Ce sont de petits prédateurs souvent nocturnes, très
généralistes qui s’adaptent partout.
Loutres d'Europe.
By Bounder
Les Procyonidés (Procyonidae) sont une famille
très méconnue. Son représentant le plus connu
est le raton laveur.
Cette famille occupait, il y a 30 millions d’années,
l’ensemble de l’hémisphère Nord.
Le raton laveur est un petit carnivore
vif et intelligent. Son appetît s'accomode de tout. Petit groupe de ratons laveurs photographiés en pleine nuit. By Darhawk
Spécialistes contre généralistes
Parmi les prédateurs spécialistes, les ancêtres
des loutres sont un bon exemple. Ces rongeurs ne pouvaient échapper
à leurs prédateurs grâce à la vitesse
ou à des défenses puissantes. Ils développèrent
donc de petites pattes et des corps plus minces pour pouvoir suivre
leurs proies dans les terriers.
Les premières loutres se sont spécialisées
pour chasser dans des tunnels étroits. Il en a résulté
des chasseurs miniatures comme le putois à pieds noirs, spécialiste
du monde souterrain des rongeurs.
Une loutre actuelle. Alors que les
ancêtres de la loutre vivaient exclusivement sur la terre
ferme, notre loutre s'est adaptée à la vie aquatique. Loutre du Canada. By Art Fisch
Cette espèce est actuellement en voix d’extinction
car l’homme par l’urbanisation intensive et l’agriculture
a détruit l’habitat des proies de ces prédateurs.
La spécialisation entraîne une réèlle
interdépendance entre proies et prédateurs.
Putois. By Shani
Le tigre est un autre prédateur spécialisé
mais cette fois dans l’embuscade. C’est le plus grand
des félins actuels mais aussi le plus menacé. La surpopulation
humaine réclame de nouveaux territoires ce qui réduit
dramatiquement l’habitat de ces splendides félins.
Les quelques réserves où il subsiste encore deviendront
bientôt trop étroites pour qu’il puisse y survivre.
Tigre de Sibérie. By Mumbley Joe
Comme on le constate, les spécialistes dépendent
directement des animaux qu’ils tuent et de leur habitat. Si
l’un ou l’autre vient à être modifié,
le prédateur disparaît.
Les prédateurs généralistes sont beaucoup
plus opportunistes et s’adaptent aux changements. Le blaireau
en est un bon exemple.
Comme de nombreux omnivores affectés par la diminution de
leurs ressources, ils n’hésitent pas à s’infiltrer
dans les zones urbaines.
Nocturne, le blaireau a un régime
alimentaire très varié. Un blaireau qui se détend. By Nick Lawes
Quels seront les prédateurs de demain
?
Imaginons que suite à une nouvelle période glaciaire,
l’homme disparaisse. Dans ce cas, les prédateurs spécialistes
auront toutes leurs chances.
De nouvelles espèces émergeront certainement et d’autres
continueront à évoluer.
Mais, si l’homme continue à dominer le monde, seuls
les prédateurs généralistes ont une chance
de cohabiter avec Homo sapiens.
Quoiqu’il advienne, les généralistes seront
toujours là. C’est le modèle dont s’inspire
l’évolution pour dessiner de nouvelles espèces
et de nouveaux spécialistes.
Ce furet (putois domestique) exhibe sa dentation. By
Dianeham
D’ailleurs, ils se sont déjà installés
dans nos villes. Tandis que des hommes se battent pour la sauvegarde
du Tigre ou du Guépard, la civette d’Asie survit très
bien dans les villes asiatiques. Ces carnassiers ne manquent pas
de viande qu’ils trouvent dans nos poubelles.
Civette palmiste hermaphrodite (Paradoxurus hermaphroditus) . By Denn
En Amérique du Nord, les ratons laveurs survivent grâce
aux restaurants. Ne me demandez pas s’ils apprécient
les hamburgers mais une chose est sûre, leur avenir est assuré.
En Europe centrale, un autre carnassier généraliste
prospère dans nos villes : la martre qui appartient à
la même famille que les loutres.
En Allemagne, en Suisse et en Autriche, la martre est devenue célèbre.
Animal curieux, il s’intéresse depuis environ 20 ans
aux câbles des voitures qu’il cisaille avec ses dents.
La martre a investi les parcs des concessionnaires automobiles.
Elle s'attaque à toutes les parties non métalliques.
Martre . By Roger.B
Tous sont des animaux nocturnes et omnivores qui savent se rendrent
invisibles au milieu des populations humaines.
Les tous premiers carnivores étaient de petits généralistes.
Ce modèle est aujourd’hui celui qui a su s’adapter
à l’invasion de l’homme.
Dans un univers, sans cesse en mutation, les prédateurs généralistes
seront les grands vainqueurs de demain tant que l'homme gouvernera
la planète.
Demain, nos villes seront peut-être
envahies par de nouveaux prédateurs ?