La France devient une puissance nucléaire
En février 1960, une bombe A d’une puissance de 60
à 70 Kt est testée dans le Sahara algérien.
« Hourra pour la France ! câble le général
de Gaulle. Depuis ce matin, la France est plus forte et plus fière
».
Malgré les pressions américaines et l’opposition
de l’ONU, de Gaulle ordonne de continuer le programme nucléaire
français.
Après l’indépendance de l’Algérie,
le gouvernement algérien proteste en 1963 contre ces essais
nucléaires.
Contraint de changer de site, la France annonce dès avril
1963 son intention de construire une base d’essais nucléaires
sur l’Atoll polynésien de Mururoa.
En août 1963, un accord entre les Etats-Unis, l’URSS
et l’Angleterre est signé à Moscou interdisant
les essais nucléaires. La France refuse de signer cet accord.
Le choix de Mururoa
Mururoa n’est pas choisi au hasard. Cet atoll, situé
à 18 000 km de Paris, est officiellement éloigné
de toute présence humaine.
En réalité, l’île de Tureia n’est
située qu’à 120 km et abrite 70 personnes. Si
la France ne risque pas de subir les dégâts des nuages
et des particules radioactives, il n’en va pas de même
pour cette population, ni pour la population d’environ 5 000
personnes de ce secteur.

Atoll de Mururoa
On ne peut pas parler de méconnaissance du problème.
En effet, plusieurs mois avant le premier tir nucléaire,
un rapport classé secret défense faisait état
des risques encourus par cette population.
L’existence de ce rapport a été révélée
par Vincent Jauvert, un journaliste du Nouvel Observateur.
Les autorités françaises savaient donc que cette
petite population était particulièrement fragilisée
du fait du nombre important de vieillards et de femmes enceintes
ou en âge de procréer.
Essais nucléaires et rapports tenus secrets
L’atoll de Mururoa n’est pas le seul concerné
par ces essais. 14 tests ont également été
effectués à Fangataufa.
En 1966, lors du premier essai français dans le Pacifique,
on avait ordonné aux bateaux et aux aéronefs d’éviter
la zone dangereuse dans un périmètre de 200 km.

Tureia se situait donc bien dans une zone à haut risque.
Pourtant, la population n’a pas été déplacée.
Au contraire, chaque tir constituait un spectacle que ces gens
admiraient sur la plage sans se douter que chaque « feu d’artifice
» était une bombe mortelle à retardement.
Les militaires distribuaient après chaque spectacle de l’argent
et de la nourriture. Pourquoi tant de sollicitude si nous n’avions
rien à nous reprocher ?
Le gouvernement français n’a pris des mesures de prévention
qu’une seule fois en 8 ans. Les habitants ont été
évacués en 1968 lors du premier tir thermonucléaire
sans qu’aucune explication ne leur soit fournie.

Les rapports établis par les médecins militaires
sur l’état de santé de la population n’ont
jamais été divulgués.
Pourtant, selon les chiffres officiels, 3 500 personnes ont été
exposées à des accidents d'irradiation pendant les
tirs de 1966 à 1974. Malgré ces chiffres
alarmants, aucun suivi médical n’a été
sérieusement effectué.
Les essais nucléaires souterrains ont débuté
à partir de 1974.
En 1995, Jacques Chirac a autorisé l’armée
à effectuer les huit derniers essais à Mururoa. C’est
en janvier 1996, qu’il a annoncé sa décision
d’arrêter les essais nucléaires.

Les tirs étaient commandés de ce bunker. C'est le seul bâtiment qui subsiste sur Mururoa
La dénucléarisation du Pacifique Sud a été
promulguée en mars 1996 suite à la signature du traité
de Rarotonga.
La France invite les savants étrangers
Le 28 septembre 1983, François Mitterrand a annoncé
que la France invitait des scientifiques étrangers à
visiter ses centres d’expérimentation nucléaire.
Cinq savants se sont rendus à Mururoa. Ils ont pu visiter
une partie des installations pendant quatre jours.
Suite à cette visite, ils ont publié un rapport concluant
à l’innocuité des essais nucléaires français.
La seule menace reconnue est le risque de fuites de gaz radioactif
confiné dans la roche basaltique.
« Il n’y a pas d’indication de fuites à
court terme, ont-ils écrit. Si elles devaient se produire,
ce serait dans un délai de 500 à 1 000 ans ».
On ne peut remettre en doute la sincérité de ces
scientifiques. Par contre, on peut se demander si leur étude
ne pêche par ignorance de certains éléments.

Explosion nucléaire souterraine
effectuée sous le lagon de l'atoll de Mururoa. La surface
du lagon se couvre d'écume sous l'impact
Il est vrai que plus de 2 000 prélèvements ont été
effectués chaque année sur la flore et la faune afin
de surveiller la radioactivité. Officiellement, il n’y
a jamais eu le moindre problème.
Nous verrons que d’autres rapports sont beaucoup plus alarmistes.
Les conséquences des essais nucléaires
Etant donné l’absence de suivi médical, il
est difficile de dresser un bilan exact des maladies et des décès
directement liés aux irradiations.
Cependant, un chercheur de l’Inserm a établi qu’il
y a en Polynésie deux fois plus de cancers de la thyroïde
que partout ailleurs dans le Pacifique.
De plus, les irradiations provoquent des cancers de la peau et des
leucémies.
Malgré les statistiques de ce chercheur, les autorités
françaises défendent le rapport de l’Agence
internationale de l’énergie atomique.
Ce rapport, établi à la fin des essais nucléaires
en 1996, affirme qu’il n’y aura aucun effet sur la santé
que ce soit à court ou à long terme.
On peut se demander si ce rapport est objectif. D’autant
plus qu’en juin 2005, le tribunal de Brest a accordé
à Michel Cariou, officier de marine à la retraite,
une pension d’invalidité.
Le tribunal a ainsi reconnu qu’il y avait un lien entre son
exposition aux rayonnements radioactifs à Mururoa et son
cancer de la thyroïde.
Il faut souligner que 200 dossiers identiques sont en attente d’être
jugés.
Quel gouvernement français aura le courage de lancer une
enquête sur les effets des essais nucléaires sur la
population Polynésienne ?
V.B (26.08.2005)
Documentaire sur les essais nucléaires
français
Ne ratez pas le documentaire dans l’émission Thalassa
le 9 septembre 2005 sur France 3 à 20h55. Ce documentaire
présente l’enquête menée par Sophie Bontemps
ainsi que ses conclusions sur ce dossier plutôt « gênant
» pour la France.
Pour en savoir plus sur le Net
Site
sur les essais nucléaires français
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