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Identification et reconstitution du mode de vie

Les paléontologues ont retrouvé des empreintes de dinosaures fossilisées un peu partout dans le monde.
Néanmoins, elles sont plus rares que les ossements. Les fossiles les plus communs sont des restes d’organismes végétaux ou animaux. Ce sont des fossiles dits « directs ».

Mais, les traces laissées par les organismes telles les empreintes, les déjections ou les marques de dents sont appelées « fossiles indirects ».
Ces types de fossiles sont nombreux mais, à moins d’avoir été conservés à côté des organismes qui les ont engendrés, ils sont souvent difficiles à identifier.

Conditions de fossilisation des empreintes

Les empreintes ne peuvent se fossiliser que dans des conditions très particulières. Le sol doit être moyennement mou afin que les empreintes ne s’y dissolvent pas.
Elles doivent être rapidement recouvertes et protégées par des sédiments ou du sable.

La plupart des empreintes retrouvées appartiennent à un dinosaure isolé. Cependant, des troupeaux entiers ont laissé leurs traces sur le sol.

Empreintes dinosaure

Empreinte d' Anchisauripus, Dinosaure saurischien du Trias © dinosoria.com

Les empreintes de pas et les pistes sont abondantes. Il existe une branche entière de la paléontologie qui est spécialisée dans l’interprétation de ces « ichnofossiles » ou « traces fossiles » : la paléoichnologie.

Les chercheurs essayent ainsi de répondre à de nombreuses questions : le dinosaure était-il bipède ou quadrupède ? Quel était son poids ? À quelle vitesse se déplaçait-il ? etc. …

Identifier les empreintes

A partir de la forme, les paléontologues peuvent déterminer le type de dinosaure :

Empreintes de théropodes

Les théropodes reposaient le poids du corps sur trois doigts seulement. Le premier orteil n’atteignait pas le sol. Le doigt du milieu, le plus long, portait la majeure partie du poids.

Empreinte d'un dinosaure théropode

Empreinte d'un dinosaure théropode. © dinosoria.com

Leurs empreintes fossilisées ressemblent un peu à celles des oiseaux avec de longs doigts et de grandes griffes.

Le plus difficile est de savoir de quel théropode il s’agit.

Empreintes d'un oiseau

Empreintes d'un oiseau. © dinosoria.com

Bien sûr, la taille de l’empreinte donne des indications. Par exemple, chaque pied d’un Giganotosaurus supportait un poids de 4 tonnes.
Ses pattes étaient extraordinairement puissantes.

En comparaison, les Coelurosaures comme Compsognathus n’étaient pour certains pas plus gros qu’une dinde.
Les pieds à trois doigts de Compsognathus ressemblent beaucoup plus à des pieds d’oiseaux que ceux de Giganotosaurus.

Compsognathus

Fossile d'un Compsognathus. © dinosoria.com

Autre exemple, les Ornithomimidés comme Gallimimus. Ces dinosaures possédaient des pieds extrêmement longs avec des doigts courts comparés au reste du pied.

Quand les paléontologues disposent de suffisamment de squelettes d’une même espèce, ils peuvent alors comparer les fossiles aux empreintes de pas.
Certaines espèces comme Iguanodon sont aujourd’hui suffisamment connues pour que l’on puisse identifier leurs empreintes de pas.

Empreintes de sauropodes

Les sauropodes possédaient des pieds ronds ou ovales. Les membres en piliers étaient adaptés au poids énorme de l’animal.

Empreintes de dinosaures sauropodes

Empreintes d'un dinosaure sauropode. © dinosoria.com

Chaque membre antérieur portait cinq doigts. Les sauropodes marchaient sur leurs doigts, la plante du pied soulevée. Trois orteils seulement, dont le pouce, étaient griffus.

Identification et interprétation

Il n’est pas possible de déterminer quelle était l’empreinte d’une espèce précise de dinosaure. On retrouve par contre une forme de pieds semblable par groupes de dinosaures.

Par exemple, les grandes empreintes circulaires des sauropodes se distinguent aisément des empreintes à trois doigts des théropodes et des Ornithopodes.

Empreintes d'un Iguanodon

Empreintes d'un Iguanodon au pied tridactyle. © dinosoria.com

Par contre, les empreintes des Théropodes ressemblent à celles des Ornithopodes. Mais, on peut les différencier car les empreintes d’Ornithopodes se reconnaissent aux trois grands doigts, terminés par un sabot arrondi.

Celles des théropodes se reconnaissent à la pointe acérée due aux griffes.

Parfois, ce que l’on pourrait interpréter comme les doigts d’un dinosaure théropode ne correspond en réalité qu’à une érosion de la roche.

Empreintes d'un dinosaure ornithopode

Cette piste a été faite par un ornithopode marchant sur ses membres postérieurs. © dinosoria.com

Seul, l’œil entraîné du spécialiste ainsi qu’une analyse détaillée des traces peuvent permettre d’éviter les confusions.

En étudiant les empreintes, on peut également différencier un animal qui avance sur ses quatre pattes d’un bipède qui n’utilise que les pattes postérieures.
Les quatre membres d’un quadrupède sont à peu près de la même longueur. Le poids du corps est réparti de manière égale sur l’avant et l’arrière.
Les bipèdes possèdent de longues pattes postérieures et des bras trop courts pour supporter leur poids.

Certains dinosaures passaient d’un mode de locomotion à l’autre comme Iguanodon ou Camptosaurus.

Les pistes d’empreintes

Les pistes d’empreintes fournissent de nombreuses indications sur le déplacement des dinosaures mais également leur mode de vie.
Elles indiquent par exemple les interactions sociales, comme celles des grands sauropodes adultes marchant à l’extérieur du troupeau pour protéger les jeunes restés au centre.

Empreintes de dinosaures

Empreintes observées en Utah laissées par plusieurs dinosaures suivant la même route. © dinosoria.com

Comme les animaux d’aujourd’hui, les dinosaures se réunissaient pour boire ou se nourrir dans des endroits particuliers. Le sol piétiné montre un enchevêtrement d’empreintes. Les ichnologues appellent ce type de fossiles « dinoturbation ».

Sur des sites baptisés « mégapistes », les dinosaures ont laissé sur de grandes étendues des empreintes. On peut en déduire que ce sont des traces de migration sur des voies empruntées pendant des milliers d’années.

L’Utah recèle de nombreuses empreintes dont celles d’un hadrosaure qui atteignaient 1,35 m de long, record du monde.

A Paluxy River, au Texas, on peut observer les empreintes à trois doigts d’un théropode prêt à saisir sa proie, un sauropode.
Les traces nous racontent toute la scène.

Le théropode s’est approché par derrière pour sauter sur le sauropode à la démarche lente.

Une piste spectaculaire a été laissée par deux grands sauropodes. Les empreintes circulaires de pieds sont grandes. Les empreintes de mains sont en forme de croissant en avant.

Empreintes dinosaures sauropodes

Piste d'empreintes laissées par deux sauropodes. © dinosoria.com

La trace de la grande griffe du premier doigt se voit nettement sur les empreintes de sauropodes bien conservées.

Plus de mille empreintes de dinosaures découvertes dans le Jura

Un nouveau site paléontologique situé à Loulle, près de Champagnole (Jura en France), et qui abriterait plus de mille empreintes de dinosaures, fera l’objet de vastes fouilles à partir de juin 2007. L’étude des scientifiques va durer de un à trois ans.

Les scientifiques estiment à 1.500 le nombre d'empreintes de dinosaures présentes sur le site. Il s’agit d’empreintes de sauropodes qui vivaient là il y a 155 millions d’années. Cette région était alors recouverte d’une mer chaude et peu profonde.

Empreintes de dinosaures sauropodes

Empreinte d'un sauropode dans le Jura. Bruno Ferrandez (AFP/AFP)

"Ce n’est pas unique mais c’est exceptionnel", explique Jean-Michel Mazin, Directeur de Recherche au CNRS, qui s’apprête à diriger les fouilles dans quelques mois si les fonds sont réunis. "Un tiers de la surface seulement est à découvert et on a déjà recensé quelque 500 empreintes. Les plus petites font 20 cm de diamètre, les plus grosses, 90 cm. On pense qu’il y en a entre 1 000 et 1 500 au total", précise M. Mazin.

Ces empreintes sont localisées dans une ancienne carrière calcaire.

La découverte a été faite en 2004 par Jean-François Richard, un géologue de formation qui faisait son jogging.

En attendant, les équipes, qui craignent une arrivée massive de curieux à Loulle, où ils sont déjà nombreux depuis quelques semaines, rappellent que ce site est fragile et qu’il faut en prendre le plus grand soin.

V. Battaglia (02.2005). M.à.J 11.2006