Dragon
Depuis des millénaires, le mythe du dragon
hante l’imagination des peuples. Le dragon
est probablement le plus notoirement connu de tous
les monstres de légende. Mais, est-on bien
sûr qu’il s’agit d’un mythe
? |
La queue en pointe, le corps couvert d’écailles, des flammes qui sortent de sa gueule : tel est le portrait traditionnel du dragon en Occident. Vaguement reptilien, cet animal vole silencieusement. La littérature a depuis longtemps mis en vedette le
dragon même si les représentations modernes sont
bien différentes des dragons des lointaines légendes. Depuis, les écrivains ont rajouté des caractéristiques. Par exemple, l’écrivain de science-fiction Anne MacCaffey a imaginé que les dragons se nourrissaient de substances minérales, et celles-ci, combinées aux acides de l’estomac, donnent naissance à des gaz toxiques, spontanément inflammables.
Représentation moderne du dragon Le dragon cracheur de feu a été repris plus récemment au cinéma dans le règne du feu réalisé par Rob Bowman en 2002. Les dragons deviennent alors les responsables de l’extinction des dinosaures. Assoiffés de sang, ils tentent d’anéantir l’humanité.
"Nous les avons faits puissants et denses", explique Rob Bowman. "Leurs mouvements sont dictés par leur morphologie plus que par une recherche esthétique. Ils ont des gestes efficaces, ils combinent des caractéristiques reptiliennes et aériennes. Nous les avons élaborés comme pour un documentaire".
Le Règne du feu L'un des points qui a particulièrement intéressé le cinéaste était la façon dont les dragons crachaient des flammes. "Nous avons imaginé que ces créatures crachaient deux jets d'une sorte de venin qui, en se mélangeant plus loin devant leur museau, s'enflammeraient. Comme les serpents, elles comprimeraient des glandes situées dans leur gueule et pulvériseraient les deux produits qui brûleraient au contact l'un de l'autre". Source "secrets du tournage" Allociné.fr
Le Règne du feu Cependant, il existe une grande variété de
dragons à travers le monde. Certains sont terrestres,
d’autres aquatiques. Nos lointains ancêtres les
avaient affublés d’attributs humains et bestiaux
afin de mieux suggérer leur pouvoir surnaturel.
Persée et Andromède peint par Piero di Cosimo, un peintre de la Renaissance. Dans la mythologie grecque, Andromède est attachée à un rocher, offerte en sacrifice à un dragon de mer. Persée la délivre grâce à ses armes magiques (© Giraudon) Dans de nombreuses civilisations, le serpent était l’ancêtre du dragon. Les deux animaux sont d’ailleurs très liés dans de nombreuses civilisations. Il est donc très difficile de faire un portrait robot de cette créature tant les descriptions divergent.
Les interprétations sont différentes en Orient et en Occident. La tradition chrétienne a fait du dragon le serviteur du Diable et l’incarnation du Mal. C’est le « Serpent maudit » chassé du Paradis par l’archange saint Michel.
Illustration du combat dans les cieux entre l'archange Michel et un Dragon décrit dans le Livre de la Révélation du Nouveau Testament (© Condé, Chantilly/Giraudon) Mais, il n’en a pas toujours été ainsi.
Les dragons des mythes ancestraux étaient des créatures
beaucoup moins malfaisantes. Dans les anciens mythes, le dragon est aussi le gardien des
eaux. Ces monstres détenaient le pouvoir de faire tomber
la pluie. En Occident, l’histoire du dragon terrassé connaît beaucoup de variantes. Pour la plupart des héros anciens, Siegfried, Sigurd, Beowulf, saint Georges, saint Michel, Arthur, Tristan ou Lancelot, c’était le couronnement d’une carrière que de tuer un cruel dragon. Sur ce thème, les légendes ont foisonné.
Saint Georges qui sauve la belle princesse du dragon (artiste flamand du XVe siècle. National Gallery of Art Washington) Par opposition à l’Occident, le dragon personnifie
en Chine la douceur et la bonté. Les dragons étaient
les dieux de la pluie. Ils formaient des nuages avec leur
souffle et arrosaient les champs de riz.
Dragon de la Cité interdite En Corée, chaque fleuve, chaque rivière accueillait son propre dragon. En Asie, les os de dragons faisaient partie de la pharmacopée traditionnelle. Il est presque certain qu’il s’agissait de fossiles d’animaux préhistoriques. Aujourd’hui encore, en Chine, on célèbre la nouvelle année en promenant dans les rues d’immenses dragons de papier et de bambou.
En France, à Tarascon, un mannequin figurant un animal monstrueux, est promené chaque année dans la ville. Cette procession est conduite en souvenir d’un monstre amphibie qui a fait régner la terreur dans la région des bords du Rhône, avant d’être selon la légende, apprivoisé par sainte Marthe.
On interprète généralement le combat de saint Georges contre le Dragon comme une allégorie illustrant la victoire du christianisme sur les puissances des ténèbres.
Siegfried, héros de la mythologie germanique, triomphant du dragon Fafnir (© Mary Evans Picture Library) Mais, des légendes et des traditions recueillies en
des endroits différents révèlent que
ce combat a une valeur symbolique plus ancienne et plus universelle. On peut également interpréter ce symbolisme comme une victoire sur la mort et la renaissance de tout être à travers la naissance : le vieil homme déclinant est remplacé par son jeune fils plein de vigueur. Une chose est certaine, à l’origine, le dragon est un animal qui vit en partie dans l’eau.
Les légendes du monde entier provoquèrent jadis
un commerce florissant de faux dragons dans toute l’Europe.
Faux dragon qui remonte environ au XVIe siècle (© Aldus Archives) En fait, il s’agissait probablement de petits lézards
volants ramenés de la péninsule malaise et des
Indes orientales qu’on avait mutilés.
Pourquoi ces créatures hybrides exercent-elles un
tel pouvoir sur nos esprits ? On rencontre des dragons terrestres
mais plus récents et des dragons aquatiques, le modèle
original. Un peu partout dans le monde, il y a une grande
variété de dragons.
Illustration fantaisiste d'un livre ancien sur l'exploration de l'Amérique montrant la rencontre d'une créature ressemblant à un dragon (© Aldus archives) En 1960, les dragons firent la une des journaux. L’histoire
se passe en Nouvelle-Guinée. On racontait que les habitants
d’une région avaient été attaqués
par des dragons dont certains atteignaient 6 mètres. La panique fut telle que les autorités gouvernementales rassemblèrent la population dans des enceintes protégées et promirent une grosse récompense pour la capture de l’un des monstres, mort ou vif. Personne ne partit à la chasse aux dragons. Ces derniers devaient sans doute être repus car on ne les revit jamais…
Dessin d'un dragon dont on avait signalé l'apparition dans les Alpes en 1660 (© Mary Evans Picture Library) Aujourd’hui, la plupart des gens considèrent
le dragon comme un animal purement légendaire.
Miniature d'un manuscrit médiéval qui illustre les soldats d'Alexandre le Grand contre de terribles dragons (© British Library Board) L’expression « dragon » personnifie certainement
plusieurs espèces différentes, certaines aquatiques
et d’autres terrestres. Ces animaux, bien réels,
ont apparemment suffisamment impressionnés nos lointains
ancêtres pour que mythes et légendes en fassent
des créatures surnaturelles. Que cet ou ces animaux n’ont jamais existé ? Ou que leur population était extrêmement réduite et endémique à quelques régions reculées ? Chacun est libre d’en tirer ses propres conclusions. Mais, il est certain que ces monstres ailés à l’haleine de feu continueront pendant longtemps à assouvir notre soif de merveilleux. V.B (01.04.2006)
Inexpliqué N°2 « Quand les dragons terrorisaient nos ancêtres » 1981 .Monstres et créatures légendaires par Angus Hall, Le Livre de Paris _ Hachette 1979. Strange stories, amazing facts, The Reader’s Digest Association 1979 |












