D’où vient le terme « domestiquer
» ?
Dans les langues sémitiques anciennes, on ne le trouve pas
en référence aux animaux. Les animaux sont qualifiés
tantôt de « familiers », tantôt de «
soumis ». Dans les langues indo-européennes anciennes,
le bétail est désigné par le terme «
peku » qui signifie aussi « richesse », d’où
le nom latin « pecunia ».
Quant à l’adjectif français « domestique
» appliqué aux animaux, du latin « domesticus
» qui veut dire littéralement « de la maison
», il n’apparaît qu’au 14e siècle.
(Source : La plus belle histoire des animaux. Jean-Pierre
Digard)
Les premières domestications
La domestication réelle a suivi de peu l’agriculture.
Le terme domestication est utilisée à partir du moment
où il s’agit d’un groupe d’animaux qui
sont contrôlés et croisés. La sélection
a alors pour objectif d’obtenir une race adaptée à
l’élevage.
Dès la fin du Paléolithique, vers 12 000 ans avant
notre ère, l’homme préhistorique domestique
le loup.
Cette domestication a précédé de plusieurs
milliers d’années les domestications des autres animaux.
Canis lupus est
apparu vers 2 millions d’années avant
notre ère. Des ossements de loups ont été
retrouvés sur des sites humains en Europe,
datés de – 700 000 ans. Loups et
hommes partagent alors le même territoire.
La découverte en Ukraine, sur un site de – 20 000
ans, d’une quantité importante d’ossements de
loups, laisse penser que la fourrure était utilisée
pour la confection de vêtements.
Pourquoi l’homme a-t-il domestiqué le loup ?
En fait, nul ne le sait vraiment. On pense que la proximité
a simplement favorisé les contacts. Peut-être l’homme
a-t-il observé les techniques de chasse du loup ? Peut-être
également a-t-il recueilli des petits devenus orphelins ?
Les louveteaux ont pu être alors élevé, voire
même allaité par les femmes.

Loup gris (Canis lupus) . By Wagtail
Le loup est ensuite devenu un auxiliaire de chasse. Avec le temps,
nos ancêtres ont opéré une sélection
sur les individus domestiqués. De reproduction en reproduction,
le loup a peu à peu perdu certaines de ses facultés
sauvages pour évoluer vers le chien.
L’allaitement des animaux sauvages
L’allaitement d’animaux par les femmes n’a rien
d’exceptionnel. Dans certaines régions de Sibérie,
en Amazonie, en Tasmanie ou en Afrique, il est encore fréquent
de voir des femmes allaiter des animaux.
Elles nourrissent ainsi des chiots, des gorets, des singes ou des
faons.
En France, au 19e siècle, les chiots tétaient les
femmes pour les soulager d’une trop grande production de lait
ou au contraire pour faciliter la montée de lait.
On peut donc en déduire que la première étape
de domestication du loup au Paléolithique a été
l’apprivoisement du louveteau dès ses premières
semaines de vie.
Le contact physique est un moyen efficace de domestication. Il est
toujours suivi de l’attachement de l’animal pour l’homme.
Le seul animal à la vie artificielle
Aucune espèce animale ne peut-être considérée
comme définitivement domestiquée. Chaque année
des centaines de chiens sont abandonnés sur la route des
vacances. De nombreux chiens se regroupent en meutes et redeviennent
sauvages. Les médias n’en parlent jamais. Mais, le
résultat de tous ces abandons par des gens totalement irresponsables,
c’est plusieurs milliers de brebis attaquées chaque
année.
Un seul animal possède une existence totalement
artificielle : le Bombyx du mûrier
dont on utilise la soie.

Bombyx du mûrier. By Natmandu
Les œufs n’éclosent qu’à une certaine
température ; la larve se nourrit des feuilles de mûrier
que l’homme lui fournit ; le papillon ne vit que quelques
heures pour se reproduire.
Si un jour, l’homme ne s’intéresse plus à
l’exploitation de la soie naturelle, cette espèce disparaîtra
aussitôt.
L’origine de nos animaux domestiques
En fait, l’homme du Néolithique n’a pas eu à
l’origine de motifs pour domestiquer les animaux.
On peut dire que l’utilité de certains animaux n’est
apparue qu’une fois la domestication réalisée.
Par exemple, le mouton est utilisé depuis longtemps pour
sa laine. Mais, le mouton est issu du mouflon qui ne possède
pas de laine.

Mouflon . By Suneko
Les chèvres et les moutons ont été les premiers
à être domestiqués par l’homme du Néolithique.
La pratique de l’élevage est s’est étendue
à partir du Proche-Orient. Les caprinés (bouquetins,
mouflons, chamois …) ne nécessitent que peu d’entretien.
Peu à peu, les produits de l’élevage ont été
multiples : viande, lait, laines et fourrures.
La chèvre a été domestiquée vers 10
000 ans avant notre ère ; le mouton vers - 9 000 ans.
Le bœuf a été domestiqué
dans plusieurs endroits dans le monde vers –
9 000 ans. Son ancêtre sauvage est l’aurochs (Bos primigenius).
Le dernier spécimen est mort en 1627, en
Pologne.
Animal mythique, l’aurochs est à l’origine des
bœufs et taureaux européens actuels.
La chasse, le développement de la domestication et l’extension
des terres agricoles ont peu à peu décimé l’aurochs.

Cet aurochs a été reconstitué
génétiquement. Ce magnifique bovidé
était autrefois répandu dans toute
l'Eurasie. By Onkel-Wart
La chèvre descend, elle, de Capra
hircus, une espèce de chèvre
sauvage qui existe toujours en Crète.
Le cochon est issu du sanglier sauvage. Datant
de 20 000 à 15 000 ans, les peintures rupestres
des grottes espagnoles d’Altamira attestent
que le sanglier était une cible des chasseurs.
Puis, sa domestication a aboutit à l’élevage
du porc (Sus scrofa domesticus).

Sanglier d'Europe ou sanglier commun
. By Uli 1001
Le cochon domestique est devenu « rose
» au 18e siècle par sélection
opérée sur des sujets atteints d’albinisme.
A l’origine, il était noir et velu.
Des domestications insolites
Au Ive millénaire avant notre ère, les Sumériens
ont apprivoisé le
guépard. Il l’a été plus tard en
Egypte, en Chine, en Inde et en Perse. Il était utilisé
pour la chasse du fait de sa docilité et de sa vitesse exceptionnelle
avec des pointes à 110 km/h.
A la manière des fauconniers, les dresseurs aveuglaient le
guépard à l’aide d’un capuchon, ne le
libérant qu’à l’approche du gibier.

Guépard. By Picture
Taker 2
Les Romains élevaient des biches pour les traire. Ils utilisaient
également les couleuvres et les genettes pour se débarrasser
des rongeurs.
Charles Martel qui repoussa les Maures à Poitiers en 732,
fit la découverte de la Genette parmi le butin pris au vaincu.
Immortalisant sa trouvaille, il créa peu après un
« Ordre de la genette » pour récompenser ses
meilleurs guerriers.
La genette est devenue un véritable animal de cour sous le
règne de François Ier. Les chats marqueront plus tard
le déclin de ce viverridé comme animal domestique.

Genette . By Wally Hartshorn
Les anciens égyptiens ont été
les champions de la domestication insolite : oryx,
hyène, pélican, crocodile …
Les pêcheurs de la mer intérieure
du Japon utilisaient la
pieuvre comme auxiliaire pour récupérer
les cargaisons englouties de porcelaine chinoise.
Ils harnachaient des pieuvres et les descendaient
au bout d’une corde. Les pieuvres se logeaient
dans un des vases, adhérant aux parois
avec leurs ventouses. Il suffisait alors de tirer
sur la corde pour remonter le tout.

Pieuvre. By Luis Miguel
Bugalio Sanchez
Les furets sont efficaces à la chasse aux lapins. L’utilisation
de furets apprivoisés est mentionnée dans les récits
du Romain Strabon aux environs du Ier siècle après
notre ère.
Le jaguarondi
était apprivoisé par les indigènes d’Amérique
du Sud avant l’arrivée des espagnols. Tout comme notre
chat domestique, ce félin servait à contrôler
les populations de rongeurs.

Jaguarondi. By Alumroot
En Asie, les pêcheurs ont compris l’avantage qu’ils
pouvaient tirer de la loutre. Depuis des siècles, les loutres
sont dressées pour la pêche. Au Bangladesh notamment,
les pêcheurs attachent des loutres au bout d’une corde
et attendent qu’elles leur rapportent du poisson.
Loutre d'Europe.
By Catherine Trigg
Mais l’homme s’est également
heurté à des échecs en tentant
certaines domestications.
Les échecs de la domestication
Les espèces qui ont échappé
au contrôle de l’homme sont appelées
les animaux « marrons ». Ce terme
provient de l’espagnol d’Amérique
du Sud « cimarron » qui signifie «
esclave nègre fugitif ».
Il y a deux catégories « d’échecs ».
Certains animaux sont retournés à l’état
sauvage parce que l’homme a volontairement abandonné
leur domestication, jugée inutile ou peu rentable. Il y a
les animaux qui ont échappé à notre contrôle.
Parmi les tentatives abandonnées, on peut citer l’autruche.
Entre le milieu du 19e siècle et la seconde guerre mondiale,
on a essayé de dresser l’autruche pour pouvoir l’atteler
et la monter. Actuellement, de nombreuses fermes en Australie, utilisent
l’autruche comme attraction touristique. On comptabilise encore
au moins 90 000 autruches domestiques utilisées pour la production
de viande et de cuir.

By Andries
3
Plusieurs domestications récentes ont été
tentées puis abandonnées faute d’intérêt
:
- L’éléphant d’Afrique par les Belges
au Congo
- L’élan qui a été monté en
Suède jusqu’au 17e siècle
- Le zèbre comme monture, le bœuf musqué pour
sa laine …
Un exemple, australien, est le cheval. Les brumbies,
descendants des chevaux domestiques des colons
anglais, se sont également multipliés
à l’état sauvage. Ils sont
devenus un fléau pour la végétation.
Les exemples sont trop nombreux pour être tous cités.
Il y a la pintade, transportée de Guinée aux Antilles
en 1508 par les navigateurs Génois. Elle s’est échappée
et est rapidement devenue une calamité pour l’environnement.
Il y a également le ragondin importé d’Amérique
pour sa fourrure. Pendant la seconde guerre mondiale,
les éleveurs européens ont ouvert
les cages face à l’avancée
des troupes allemandes. Les ragondins se sont
parfaitement adaptés aux régions
humides. Ils détruisent actuellement de
nombreux écosystèmes aquatiques,
dont celui du Poitevin ou celui de la Camargue.
Véronique Battaglia (03.2005)
Crédit photographique
Les photos sont sous licence creative commons et proviennent du site Flickr
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