Les
Dogons
Les grands prêtres des Dogons, une tribu africaine du Mali, connaissaient l’existence de certaines étoiles, notamment Sirius, bien avant qu’elles ne soient détectées par nos télescopes modernes. En 1950, deux anthropologues français, Marcel Griaule et Germaine Dieterlen, déclarèrent que Sirius B, bien qu’absolument invisible à l’œil nu, était depuis des siècles la clé de voûte céleste de la cosmologie des Dogons. |
Il y a environ 300 000 Dogons qui vivent sur un plateau rocailleux du Mali. On ne sait pas grand-chose de leur passé à part qu’ils sont arrivés sur le plateau de Bandiagara entre le XIIIe et XVIe siècle de notre ère. Encore aujourd’hui, les
Dogons vivent paisiblement dans leurs villages
de pisés dressés face à la
plaine du Niger.
Village Dogon. By Tata Timbo Licence Les Dogons pourraient être un peuple bien ordinaire si leur cosmogonie n’était pas si surprenante. La vie des Dogons est imprégnée
des mythes venus du fond des âges. Leur
dieu créateur, Amma, a lancé des
boulettes de terre dans l’espace, où
elles se sont transformées en étoiles.
Masque de cérémonie. By Ferdinand Reus Licence Selon leur mythologie, Amma
a tiré la Terre d’un boudin d’argile.
Huit nommo, des petits génies aux yeux
rouges et au corps vert sont nés de cette
argile. Ces mythes deviennent intéressants
quand les Dogons affirment que les huit nommo
viennent de Sirius.
Sirius. © Nasa Ce qui est extraordinaire c’est
que depuis plusieurs siècles, toute la
cosmogonie des Dogons est commandée par
Sirius B.
En 1931, deux ethno-anthropologues
français partent s’installer dans
ce qui était alors le Soudan français
pour y étudier les Dogons. Après plusieurs années, les Dogons ont parfaitement accepté les deux français. En 1946, ils acceptent de leur expliquer leur cosmogonie.
Village Dogon. By John Spooner Licence Les sages de la tribu tracent
alors sur le sol à l’aide de bâtons
la voûte céleste telle qu’ils
se la représentent. Pour figurer cette petite étoile,
les Dogons ont choisi l’objet le plus petit
dont ils disposent : la graine de la variété
fonio du millet, céréale qui constitue
leur principale nourriture.
Jour de Marché. By Herr Hartmann Licence On sait depuis 1920 que les naines blanches, des étoiles en train de mourir, bien que petites, ont une incroyable densité. Quand les deux scientifiques ont demandé aux prêtres d’où ils tenaient ces connaissances, ils ont été formels : « Des
créatures amphibies ont atterri sur la
Terre il y a fort longtemps. Elles ont transmis
ce savoir à quelques initiés.
Art Dogon. By Pierre Pouliquin Licence Les Dogons dessinent un peu partout des figures qui évoquent l’arrivée des nommo sur Terre. Ils sont d’ailleurs très précis quant à l’atterrissage de l’arche. Cette dernière s’est posée au nord-est du pays dogon, près de l’endroit d’où les Dogons sont partis pour venir s’installer sur les plateaux. Il est évident que, comme dans tous les mythes, les symboles sont omniprésents, ce qui ne rend pas facile l’interprétation de chaque élément. Ce qui est certain, c’est que les connaissances des Dogons en astronomie dépassent largement leurs capacités d’observation ou de calcul.
Peu après, Griaule découvrit
que les Dogons avaient bien d’autres connaissances
en astronomie.
Masque de danse. By Ferdinand Reus Licence Ils savaient également que la Lune est une planète morte. Depuis des générations, les prêtres enseignent que la Voie Lactée est animée d’un mouvement en spirale, auquel participe notre système solaire. Un autre fait étrange,
ils affirment que Sirius serait accompagnée,
non pas d’une étoile mais de deux
étoiles. Si un jour, on découvre cette deuxième étoile, invisible à l’œil nu, le savoir des Dogons serait spectaculairement confirmé.
Danse rituelle. By Ferdinand Reus Licence La grande question qui se pose depuis maintenant 1976, année de la parution de l’ouvrage de Robert Temple « Le Mystère de Sirius », est : De qui les Dogons tiennent-ils leur savoir ?
L’hypothèse d’extraterrestres souhaitant partager leur savoir avec les Dogons ne semble pas très sérieuse. Bien sur, la description que
font les prêtres depuis plusieurs centaines
d’années de l’arrivée
de cette « arche » est assez troublante.
By El Rabbit Licence Les Dogons se sont transmis
cette légende oralement de génération
en génération et ils s’expriment
sous une forme mythique et symbolique. Suite à la parution du
livre de Robert Temple qui montre beaucoup d’audace
dans ses conclusions, les prises de position se
sont succédées.
Stockage du grain. By El Rabbit Licence Pour certains, ce savoir s’expliquerait
d’une manière très simple.
Les Dogons ont été soumis à
l’école laïque dès 1907
par les Français. Cet argument, très rationnel,
ne tient malheureusement pas l’analyse.
En effet, le savoir des Dogons est très
ancien et se transmettait bien avant le début
de la colonisation.
Maisons à flancs des rochers. By El Rabbit Licence L’autre hypothèse est déjà beaucoup plus plausible. On sait que dès la plus haute Antiquité, les peuples proches-orientaux se passionnaient pour l’astronomie. Les Dogons n’étaient
pas une tribu isolée. Leurs villages bordent
les grandes routes commerciales qui reliaient
autrefois l’Afrique occidentale à
l’ancienne Egypte.
Maison familiale "ginnu na". By El Rabbit Licence Des échanges culturels ont donc forcément eu lieu. Il est donc possible que par l’intermédiaire des Egyptiens, une partie des connaissances des peuples de la Mésopotamie et même de Grèce soit parvenue jusqu’aux Dogons. On constate d’ailleurs que Sirius apparaît souvent dans les mythologies antiques. Cela n’a rien d’étonnant car après tout, c’est l’étoile la plus brillante de notre ciel. Les Egyptiens connaissaient bien cette étoile car elle était liée aux premières inondations du Nil. Dans la mythologie grecque,
plusieurs légendes font référence
à des créatures amphibies, mi-poissons,
mi-hommes.
By Ferdinand Reus Licence Il y a-t-il eu mélange des différents mythes ? Et qu’en est-il de Sirius B, qui elle est invisible à l’œil nu ? Certains avancent l’hypothèse que dans des temps plus reculés, cette naine blanche brillait suffisamment pour être vue et étudiée avec des instruments rudimentaires. Effectivement, de nombreuses civilisations aujourd’hui disparues, avaient de bonnes connaissances en astronomie. Cette dernière hypothèse n’explique pas tout mais apporte des éléments sérieux à ce dossier. Si un jour, il s’avérait que Sirius C existe bien alors il nous faudrait envisager d’autres hypothèses. V.B (04.09.2007)
The Sirius Mystery (Le
Mystère de Sirius), Robert K.G. Temple,
Royal Astronomical Society of Great Britain, 1976.
Les photos sous licence creative commons proviennent du site Flickr |












