Quand l’Homme ne veut pas être un
animal
En mai 1925, John T. Scopes, professeur de physique, chimie et
biologie, dans le Tennessee décide d’enseigner à
ses élèves la théorie de Darwin.
Cette démarche peut sembler banale. Pas vraiment, car il
est en train de braver la loi Butler votée la même
année qui interdit dans les écoles publiques l’enseignement
de toute théorie qui conteste la création de l’Homme
par Dieu.

John T. Scopes
Après la Première Guerre mondiale, les Etats-Unis
ont connu une poussée de conformisme religieux et une volonté
de retour aux valeurs traditionnelles.
Cette volonté s’est traduite par la promulgation d’une
série de lois qui peuvent paraître très rétrogrades.
La petite ville fondamentaliste où se déroule ce
procès est le parfait exemple de l’état d’esprit
de l’époque.
Le procès est en fait un combat du monde de la Lumière
contre celui des Ténèbres ou du Bien contre le Mal.
Darwin contredit-il la Bible ?
Au procès, des scientifiques se sont succédés.
Ils ont mis en avant que le savant naturaliste n’a jamais
contredit le texte biblique.
En effet, affirmer que les espèces évoluent ne signifie
pas nier la création divine d’origine.
Les défenseurs doivent faire attention car les douze membres
du jury ne plaisantent pas avec la question de la foi.
Voici un extrait de l’accusation assez édifiant :
« Voici le livre qu’il faisait lire à vos enfants
; il leur apprenait que l’Homme est un mammifère tellement
semblable aux autres mammifères qu’il le laisse parmi
eux. Même parmi les éléphants !
Comment les scientifiques osent-ils mettre l’Homme dans un
petit cercle comme ça avec des lions, des tigres et tout
ce qui mauvais ? ».

Si cet extrait vous fait sourire, il est par contre certain que
le public et les jurés adhéraient totalement à
cette vision des choses. L’Homme ne pouvait être qu’une
création divine ce qui lui octroyait la première place.
Le 21 juillet, l’accusé a été condamné
à une amende d’une centaine de dollars car jugé
coupable par le jury.
Un vice de forme a permis à l’accusé d’obtenir
la cassation du jugement.
Mais, la loi anti Darwin n’a pas été remise
en cause pour autant.
Le retour du créationnisme
Les créationnistes sont aujourd’hui plus subtiles
qu’en 1925. Ils se rangent sous la bannière de «
l’Intelligent Design », un mouvement né aux Etats-Unis
il y a 40 ans.
Ce mouvement diffuse ses idées dans le monde, notamment en
France, où il a ses adeptes, dont certains scientifiques.
Selon les créationnistes, la Bible est à prendre
au pied de la lettre. L’univers a été créé
en six jours il y a moins de 10 000 ans.
Ils interprètent les fossiles comme autant de vestiges d’avant
le Déluge.
Certains d’entre eux soutiennent que d’autres catastrophes
planétaires antédiluviennes pourraient être
à l’origine de fossiles plus ou moins anciens. Il y
aurait eu ainsi plusieurs créations successives d’espèces
vivantes.
Mais, le fixisme, c’est-à-dire le caractère
inchangé des espèces est la règle absolue.

Caricature de Darwin
Aujourd’hui, le créationnisme a donné naissance
à un mouvement qui se veut officiellement plus rationnel
: le néo-créationnisme.
Cette fois, le texte biblique n’est plus mis en avant
comme unique vérité. Plus subtile, l’argumentation
se concentre sur la critique des données et des analyses
scientifiques afin de démontrer que la complexité
du vivant ne peut qu’être l’œuvre d’un
artisan divin, voire extraterrestre.
l’Intelligent Design rencontre un vif succès aux Etats-Unis.
Il est plus discret dans les pays catholiques. Il est vrai qu’en
1996, le Pape Jean-Paul II a reconnu que la théorie de l’évolution
est « plus qu’une hypothèse ».
En fait, la pensée créationniste française
est assez différente. L’évolution des espèces
n’est pas contestée mais elle serait dirigée
par des forces mystérieuses.
L’univers serait en quelque sorte animé d’un
« projet » le guidant vers un « point oméga
», lequel ne serait rien d’autre que Dieu lui-même.
V.B (02.2004) M.à.J 12.2007
Références bibliographiques
Le "Procès du Singe", Les grands procès. Mémoire de l'Humanité. Editions Larousse 1995
Darwin Hérétique - L'éternel Retour Du Créationnisme; Lepeltier Thomas. Editions Seuil 2007
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