En 873, une invasion de criquets migrateurs dévaste
l’Italie, la Gaule et la Germanie. Les moines
des couvents carolingiens ont laissé des
témoignages sur la catastrophe.
Aujourd’hui encore, la lutte contre le criquet
pèlerin et le criquet migrateur reste d’actualité.
Les incursions cycliques de cet insecte font peser
une réelle menace, notamment sur les populations
du Sahel.
Le criquet migrateur (Locusta migratoria)
Il existe plusieurs espèces de criquets, aux aires de reproduction
et aux voies de migration distinctes.
Le criquet migrateur a été l’objet des frayeurs
du monde carolingien. Connu depuis l’Antiquité, les
vols de criquets causent périodiquement de terribles ravages.
Des arbres cassent sous leur poids. Ils rasent des milliers de km²
de cultures. On cite l’exemple de certains de ces vols qui
auraient détruit plus de 60 000 tonnes de céréales.
L’homme est longtemps resté désarmé
devant ce phénomène. C’est seulement vers 1930
qu’on a découvert la biologie de cet insecte.
On a pu alors limiter les dégâts que les criquets migrateurs
infligent dans les régions tropicales de l’Afrique.
Normalement, les criquets mènent une vie solitaire et sont
tout à fait inoffensifs. Ils se réunissent seulement
pour s’accoupler. Mais, dans certains cas, sous l’influence
du temps, ou parce qu’ils sont trop nombreux, les criquets
changent de comportement.
Ils restent ensemble et leur nombre augmente encore. Ils se mettent
à pondre des milliers d’œufs.
Ceux-ci sont déposés dans le sol, dans des coques
de 4 à 5 cm de long dont le haut est fermé pour empêcher
qu’ils se dessèchent.
Bientôt des petits criquets grouillent en masses compactes.
Après 30 à 40 jours, ils s’envolent tous en
même temps en grandes nuées.
Le jeune criquet migrateur est noir
et jaune
Ils peuvent ainsi parcourir 1 500 à 5 000 km avant de s’abattre
sur des cultures et de tout dévorer en quelques jours.
Le criquet pèlerin
Ce criquet constitue l’espèce la plus redoutable.
Vivant en bordure des déserts africains (Sahara, Libye, Somalie)
ou asiatiques, c’est lui qui a dévasté l’Egypte
pharaonique.
Essaim de criquets qui s'abattent
sur un village. Illustration hongroise
A la fin de l’été, les nuages amoncelés
au sud des déserts poussent les criquets vers le nord, où
s’effectuent les pontes et les éclosions de larves,
au printemps suivant.
Tunisie, Maroc et Algérie en subissent les invasions depuis
plusieurs siècles.
En 1986 et en 1988, des criquets partis du Sahel ont gagné
le Maroc à la faveur des pluies d’automne, nécessaire
à la reproduction des essaims.
Chose extraordinaire, les criquets, poussés par un cyclone
tropical, et par des alizés, ont traversé l’Atlantique
sur 4 500 à 5 000 km et ont atterri, au bout d’une
semaine, dans les îles des Caraïbes, en Guyane et au
Venezuela.
Le criquet pèlerin ou locuste (Shistocera gregaria) consacre
son existence à se nourrir et à se reproduire. Il
n’a aucun prédateur naturel.
Les annales historiques mentionnent plusieurs invasions de criquets.
En 873, les annales mentionnent leur présence continuelle
pendant 2 mois en Franconie. Lors de leurs assauts répétés,
les insectes ont dévoré moissons, arbres et herbes.
Ils s’en sont même pris, au 13e siècle, aux chevaux
et autres ruminants paissant dans les champs.
En 1866, en Algérie, une invasion a provoqué
la famine. Environ 500 000 personnes sont mortes.
Sauterelle ou criquet ?
Le caractère essentiel, découvert en 1921, est que
le même insecte adopte des formes différentes selon
qu’il est en « phase solitaire » ou en «
phase grégaire ».
Au cours de la première phase, il s’agit de la sauterelle
verte, bien connue, inoffensive et statique.
Lors de la seconde phase, l’insecte précédent
se mue, au contact de congénères, et en peu de générations,
en un criquet noir, plus gros, affamé et armé pour
dévorer et voler loin.
Des conditions optimales de température, entre 20°C
et 25°C, d’hygrométrie (humidité relative
de 70%), de végétation et de nature des sols, permettent
cette redoutable transformation.
Quand la pluviométrie est favorable, le risque de regroupement
en essaim s’intensifie. Des pluies bien réparties permettent
à la végétation de se développer. Les
criquets se réunissent autour de ce garde-manger. Cette proximité
favorise les accouplements.
Le criquet est, comme la sauterelle, un insecte sauteur. On peut
le distinguer car ses antennes sont toujours plus courtes que le
corps. Il possède une paire d’ailes postérieures
membraneuses protégées par une paire d’ailes
antérieures coriaces. Toutefois, chez la plupart des espèces,
à part le criquet migrateur et pèlerin, ses ailes
ne lui permettent pas de voler sur de grandes distances.
Le criquet : un véritable fléau
actuel
Chaque année, à l’approche de l’été,
l’angoisse s’installe dans les pays du Sahel (Mauritanie,
Niger, Sénégal, Mali …) mais également
le Maroc ou la Libye.
En 2004, les criquets pèlerins ont détruit jusqu’à
50% de la production céréalière dans certains
pays.
Des essaims peuvent compter des dizaines de millions d’individus
et occuper plusieurs centaines de mètres carrés.
Une nuée de criquets s'abattant
au Sénégal
Le désastre est d’autant plus important qu’un
criquet pèlerin peut avaler son propre poids de nourriture
par jour ce qui représente cent tonnes de végétaux
pour un essaim de cinquante millions d’individus.
Leur voracité n’a pas de limite et on a pu observer
certains essaims consommer la laine sur le dos des moutons et même
des bâches en plastique.
Des pays en proie à la famine
Ces invasions ont de graves conséquences sur les populations
locales. Aujourd’hui, elles subissent encore les dégâts
de l’année dernière. Beaucoup souffrent de famine
à la suite des récoltes catastrophiques.
De plus, le bétail est privé d’une bonne partie
de son alimentation habituelle.
Les pays concernés sont démunis face à ce
fléau. Les quelques moyens dont ils disposent sont très
dérisoires.
Il faudrait pouvoir acheter des insecticides en grande quantité,
des équipements de pulvérisation mais aussi former
des spécialistes.
Malheureusement, ces pays comptent parmi les plus pauvres de la
planète. Par exemple, en 2004, trois millions cinq cent mille
hectares auraient dû être traités ce qui représente
un investissement de cent millions de dollars.
Les mesures de prévention
Cette prévention passe par une plus grande solidarité
internationale. Le Cirad et la FAO ont mis en place un programme
qui permet de surveiller les aires d’origine des invasions.
En cas de regroupement, il faut détruire aussitôt les
premiers essaims sur leur lieu d’envol.
La surveillance par satellite d’observer plus facilement
les foyers d’origine.
Cette prévention a déjà donné quelques
résultats positifs ce qui est très encourageant.
Le problème qui se pose actuellement est l’utilisation
de manière intensive des insecticides. La sécurité
des consommateurs peut en être menacée.
Des chercheurs ont pour mission de trouver des produits à
base de champignons entomopathogènes qui stoppent la croissance
des larves. Il faudra attendre encore plusieurs années pour
que ces produits naturels soient distribués en quantité
suffisante en Afrique.
Fiche technique
Ordre : Orthoptères
Sous-ordre : Coelifères
Famille : Acrididés
Taille : 37 à 50 mm (mâle) ; 50 à 70 mm (femelle)
Développement : après 4 à 6 mues, chaque larve
se transforme en petit criquet. La métamorphose est incomplète
c’est-à-dire qu’il n’y a pas de stade nymphal
Son : le criquet stridule. Ce bruit est produit par le frottement
des pattes postérieures sur les ailes
Vitesse : en vol, le criquet migrateur se déplace à
la vitesse de 3 à 20 km/h