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Europe. Union européenne

Utopie ou incompréhension ?

Le 29 mai 2005 sera marqué pour longtemps par ce référendum qui a débouché sur un non massif à 55 % de la part des Français vis-à-vis de la constitution européenne. En 2008, les Irlandais ont rejeté à 53,4 % le traité de Lisbonne. Ce vote a replongé l'Union européenne dans une nouvelle crise.
Est-ce un non à l’Europe ? Certainement pas.

La Grande Europe est un idéal qui a pris naissance en France dès le 19e siècle. Cet idéal était fondé sur une Europe fédérée construite dans le respect des peuples.
Cette dernière notion n’aurait-elle pas été occultée ces dernières années au profit d’une Europe purement économique ?
N’est-ce pas cette absence de respect qui aujourd’hui rend méfiants, non seulement les Français mais une majorité d'européens vis-à-vis d’une Europe aux contours bien mal définis ?

 

 

Quand l’Europe n’était qu’une utopie

Unifiée pour la première fois par Charlemagne, l’Europe souffre jusqu’au 20e siècle du Traité de Verdun qui, en 843, a partagé le monde carolingien.
Des conquérants comme Napoléon ou des dictateurs comme Hitler ont voulu réaliser une Grande Europe mais pas sur la volonté des peuples, seulement sur des monceaux de cadavres.

Charlemagne

Charlemagne. By Hühnerauge

L’idée d’une Europe fédérée se développe à partir du 19e siècle. En 1850, Victor Hugo écrit : »Un jour viendra où l’on verra ces deux groupes immenses, les Etats-Unis d’Amérique, les Etats-Unis d’Europe, se tendant la main par-dessus les mers. »

Malheureusement, la Première guerre mondiale vient interrompre ce bel idéal.

De 1920 à 1940, rancoeurs et crises économiques ne font qu’exacerber le nationalisme dans la plupart des pays européens.
Nul ne croit, et surtout pas les gouvernements, qu’une unification soit possible. Nul n’a la volonté, ni l’envie de la concrétiser.
Il faudra attendre 1945 pour qu’à nouveau l’idée d’une Europe unie renaisse.

La création d’une Europe unie

En mai 1948, se tient à La Haye, le Congrès de l’Europe. Il rassemble 800 personnalités venues pour soutenir cet idéal fédératif.
Les guerres ont ruiné l’Europe. Ce sont les Etats-Unis qui assurent la reconstruction de l’Ouest. Cependant, ils demandent que leur aide soit répartie au niveau européen.
C’est de cette demande qu’est née l’Organisation européenne de coopération économique, devenue en 1960 l’Organisation de coopération et de développement économique.

De Gaulle et Adenauer

Charles de Gaulle et Konrad Adenauer en 1961. (Deutsches Bundesarchiv)

N’est-ce pas ironique d’ailleurs ? Sans les Etats-Unis, l’Europe ne serait peut-être jamais née, du moins pas si tôt.

Les gouvernements de l’époque savaient que l’avenir de l’Europe passait par l’édification d’institutions communes. C’était le seul remède pour lutter contre l’hégémonie des deux supergrands qu’étaient les Etats-Unis et l’Union Soviétique.

Entre guerres et réconciliations

De nombreux conflits ont opposé la France et l’Allemagne dans le passé. Paradoxalement, ce sont ces deux pays « ennemis d’hier » qui sont à la source de la fondation de l’Europe.

C’est le différent franco-allemand sur la Sarre qui est à l’origine de la première institution communautaire. La Sarre est une région riche en mines de charbon et en aciéries. Elle est détachée de l’Allemagne en 1945. Bien sûr, Bonn cherche à la récupérer.
En 1950, Robert Schuman propose de placer les productions françaises et allemandes sous l’autorité d’un organisme supranational : la C.E.C.A (communauté européenne du charbon et de l’acier) naît le 18 avril 1951.

Europe. Affiche de 1957

Affiche créée en 1957 destinée à promouvoir l'Europe

Six pays y adhèrent : la France, l’Allemagne, l’Italie, la Belgique, le Luxembourg et les Pays-Bas.
L’Angleterre refuse de renoncer à ses prérogatives nationales.

Le 25 mars 1957, les Six chefs de gouvernement des Etats membres de la C.E.C.A signent le traité de Rome qui créé la C.E.E. et l’Euratom (Organisation européenne de l’atome).

Malgré les réticences du Général De Gaulle, la Ve République inaugure une ère nouvelle dans les rapports franco-allemands.
Le traité franco-allemand est signé le 22 janvier 1963. Les deux pays s’affirment comme leader de l’Europe des Six.
Les vieux démons pangermaniques, tant redouté par De Gaulle, ont été enterrés à jamais.

Konrad Adenauer

Konrad Adenauer en 1955. (Deutsches Bundesarchiv)

Le mur de Berlin tombe en 1990 et Helmut Kohl réaffirme que l’avenir de l’Allemagne passe par l’Europe.

En décembre 1991, l’Union européenne voit le jour à Maastricht aux Pays-Bas. Le Traité de Maastricht, du 7 février 1992, prévoit la création d’une monnaie commune, l’écu.
Le Sommet de Maastricht a abouti à un accord pour une union de l’Europe des Douze en matière économique, monétaire, sociale et de défense.

Plus rien ne semble pouvoir arrêter la machine européenne.

Quand la machine se met à dérailler

Le référendum du 29 mai 2005 est ce grain de sable inattendu qui vient enrayer le mécanisme si bien huilé.
N’aurait-on pas oublié de consolider les fondations avant d’agrandir l’édifice ?

6 en 1957, 9 en 1973, 10 en 1981, 12 en 1986, 15 en 1995 et 27 en 2009. Combien demain ?

Léon Blum s’est déclaré favorable dans son ouvrage « A l’échelle humaine » à la constitution d’une puissance européenne supranationale.
L’homme qui a été l’instigateur des 40 heures de travail hebdomadaire et des 15 jours de congés payés avait une vision sociale de l’Europe.

Leon Blum

Léon Blum. (photo prise avant 1945 par Harris & Ewing). Library of Congress

En 1936, la France rêve d’une vie plus rose et surtout d’une meilleure qualité de vie.
Ces aspirations sont-elles si différentes aujourd’hui ?

Probablement pas même si le contexte social s’est grandement amélioré. Et puis surtout, il n’y a aucun Léon Blum sur l’échiquier politique actuel.
Aucun homme n’a la capacité de fédérer le peuple et de donner un nouvel élan d’espoir, notamment à la nouvelle génération.
60% de « non » chez les moins de 25 ans, c’est sans doute le chiffre le plus révélateur du mal être actuel.

Europe. Affiche de 1957

En 1957, l'Europe devait assurer l'essor économique des pays membres

Si le « non » des Français ou des Irlandais reflète une fracture sociale et une peur du lendemain, il révèle également les lacunes de l’édifice européen.

Le Livre blanc britannique qui a été rendu public par Tony Blair est clair : »Cette constitution énonce clairement que l’Union européenne n’est pas et ne sera pas un Etat fédéral. Elle confirme qu’elle constitue une association d’Etats et qu’elle n’a de pouvoir et de légitimité que dans la proportion où lesdits Etats veulent bien lui abandonner une parcelle de leurs prérogatives. » ; « Il s’agit simplement d’améliorer la coopération, en particulier dans le domaine diplomatique, tout en préservant la totale autonomie de décision des pays membres. »

Les Etats-Unis d’Europe dont rêvaient Victor Hugo, Aristide Briand, Albert Camus ou André Philip sont relégués dans les mythes.

Helmut Kohl

Helmut Kohl en 1969. (Deutsches Bundesarchiv)

L’exécutif fédéral européen, doté d’un véritable pouvoir économique et politique, ne verra jamais le jour ; pas plus qu’un Parlement représentant les peuples.

Nous sommes très loin aujourd’hui de l’idéal européen basé sur le respect des peuples. Pourtant, le processus de construction européen doit continuer.
Si la France tient une place importante au sein de l’Europe, sans elle, elle n’est rien.

Qu’est ce qu’un petit pays d’à peine 60 millions d’habitants face aux géants de demain que sont la Chine et un jour peut-être l’Inde.
Autant dire que face à une superpuissance comme les Etats-Unis, la France ne pèse pas lourd.

Entre idéal social et réalité économique, notre pays ainsi que l’Europe devra trouver sa place.

V.Battaglia (30.05.2005). M.à.J 12.2009

Références et Crédit photographique

La constitution européenne, éditions Larousse 1994
Reformes Et Mutations De L'union Europenne; Stephanou, Constantin. Editions Emile Bruylant 1997
Histoire De L'europe, éditions Seuil 1997

Les photos qui proviennent des Archives Fédérales Allemandes (Deutsches Bundesarchiv) sont sous licence Creative Commons Attribution ShareAlike 3.0 Germany (CC-BY-SA).

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