Le 29 mai 2005 sera marqué pour longtemps
par ce référendum qui a débouché
sur un non massif à 55 % de la part des
Français .
Est-ce un non à l’Europe ? Certainement
pas.
La Grande Europe est un idéal qui a pris
naissance en France dès le 19e siècle.
Cet idéal était fondé sur
une Europe fédérée construite
dans le respect des peuples.
Cette dernière notion n’aurait-elle
pas été occultée ces dernières
années au profit d’une Europe purement
économique ?
N’est-ce pas cette absence de respect qui
aujourd’hui rend méfiants les Français
vis-à-vis d’une Europe aux contours
bien mal définis ?
Quand l’Europe n’était qu’une
utopie
Unifiée pour la première fois par Charlemagne, l’Europe
souffre jusqu’au 20e siècle du Traité de Verdun
qui, en 843, a partagé le monde carolingien.
Des conquérants comme Napoléon ou Hitler ont voulu
réaliser une Grande Europe mais pas sur la volonté
des peuples, seulement sur des monceaux de cadavres.
L’idée d’une Europe fédérée
se développe à partir du 19e siècle. En 1850,
Victor Hugo écrit : »Un jour viendra où l’on
verra ces deux groupes immenses, les Etats-Unis d’Amérique,
les Etats-Unis d’Europe, se tendant la main par-dessus les
mers. »
Malheureusement, la Première guerre mondiale vient interrompre
ce bel idéal.
De 1920 à 1940, rancoeurs et crises économiques ne
font qu’exacerber le nationalisme dans la plupart des pays
européens.
Nul ne croit, et surtout pas les gouvernements, qu’une unification
soit possible. Nul n’a la volonté, ni l’envie
de la concrétiser.
Il faudra attendre 1945 pour qu’à nouveau l’idée
d’une Europe unie renaisse.
La création d’une Europe unie
En mai 1948, se tient à La Haye, le Congrès de l’Europe.
Il rassemble 800 personnalités venues pour soutenir cet idéal
fédératif.
Les guerres ont ruiné l’Europe. Ce sont les Etats-Unis
qui assurent la reconstruction de l’Ouest. Cependant, ils
demandent que leur aide soit répartie au niveau européen.
C’est de cette demande qu’est née l’Organisation
européenne de coopération économique, devenue
en 1960 l’Organisation de coopération et de développement
économique.
N’est-ce pas ironique d’ailleurs ? Sans les Etats-Unis,
l’Europe ne serait peut-être jamais née, du moins
pas si tôt.
En 1949, Strasbourg devient la capitale
de l'Europe. Churchill est acclamé par la foule
Les gouvernements de l’époque savaient que l’avenir
de l’Europe passait par l’édification d’institutions
communes. C’était le seul remède pour lutter
contre l’hégémonie des deux supergrands qu’étaient
les Etats-Unis et l’Union Soviétique.
Entre guerres et réconciliations
De nombreux conflits ont opposé la France et l’Allemagne
dans le passé. Paradoxalement, ce sont ces deux pays «
ennemis d’hier » qui sont à la source de la fondation
de l’Europe.
C’est le différent franco-allemand sur la Sarre qui
est à l’origine de la première institution communautaire.
La Sarre est une région riche en mines de charbon et en aciéries.
Elle est détachée de l’Allemagne en 1945. Bien
sûr, Bonn cherche à la récupérer.
En 1950, Robert Schuman propose de placer les productions françaises
et allemandes sous l’autorité d’un organisme
supranational : la C.E.C.A (communauté européenne
du charbon et de l’acier) naît le 18 avril 1951.
Affiche créée en 1957
destinée à promouvoir l'Europe
Six pays y adhèrent : la France, l’Allemagne, l’Italie,
la Belgique, le Luxembourg et les Pays-Bas.
L’Angleterre refuse de renoncer à ses prérogatives
nationales.
Le 25 mars 1957, les Six chefs de gouvernement des Etats membres
de la C.E.C.A signent le traité de Rome qui créé
la C.E.E. et l’Euratom (Organisation européenne de
l’atome).
Christian Pineau et Maurice Faure
lors de la signature du Traité de Rome
Malgré les réticences du Général De
Gaulle, la Ve République inaugure une ère nouvelle
dans les rapports franco-allemands.
Le traité franco-allemand est signé le 22 janvier
1963. Les deux pays s’affirment comme leader de l’Europe
des Six.
Les vieux démons pangermaniques, tant redouté par
De Gaulle, ont été enterrés à jamais.
Le Général De Gaulle
et le chancelier Konrad Adenauer
Le mur de Berlin tombe en 1990 et Helmut Kohl réaffirme
que l’avenir de l’Allemagne passe par l’Europe.
En décembre 1991, l’Union européenne voit le
jour à Maastricht aux Pays-Bas. Le Traité de Maastricht,
du 7 février 1992, prévoit la création d’une
monnaie commune, l’écu.
Le Sommet de Maastricht a abouti à un accord pour une union
de l’Europe des Douze en matière économique,
monétaire, sociale et de défense.
Plus rien ne semble pouvoir arrêter la machine européenne.
Quand la machine se met à dérailler
Le référendum du 29 mai 2005 est ce grain de sable
inattendu qui vient enrayer le mécanisme si bien huilé.
N’aurait-on pas oublié de consolider les fondations
avant d’agrandir l’édifice ?
6 en 1957, 9 en 1973, 10 en 1981, 12 en 1986, 15 en 1995 et 25
aujourd’hui. Combien demain ?
Léon Blum s’est déclaré favorable dans
son ouvrage « A l’échelle humaine » à
la constitution d’une puissance européenne supranationale.
L’homme qui a été l’instigateur des 40
heures de travail hebdomadaire et des 15 jours de congés
payés avait une vision sociale de l’Europe.
Grâce à la loi du 11
juin 1936, 600 000 salariés ont pû prendre des congés
En 1936, la France rêve d’une vie plus rose et surtout
d’une meilleure qualité de vie.
Ces aspirations sont-elles si différentes aujourd’hui
?
Probablement pas même si le contexte social s’est grandement
amélioré. Et puis surtout, il n’y a aucun Léon
Blum sur l’échiquier politique actuel.
Aucun homme n’a la capacité de fédérer
le peuple et de donner un nouvel élan d’espoir, notamment
à la nouvelle génération.
60% de « non » chez les moins de 25 ans, c’est
sans doute le chiffre le plus révélateur du mal être
actuel.
En 1957, l'Europe devait assurer
l'essor économique des pays membres
Si le « non » des Français reflète une
fracture sociale et une peur du lendemain, il révèle
également les lacunes de l’édifice européen.
Le Livre blanc britannique qui a été rendu public
par Tony Blair est clair : »Cette constitution énonce
clairement que l’Union européenne n’est pas et
ne sera pas un Etat fédéral. Elle confirme qu’elle
constitue une association d’Etats et qu’elle n’a
de pouvoir et de légitimité que dans la proportion
où lesdits Etats veulent bien lui abandonner une parcelle
de leurs prérogatives. » ; « Il s’agit
simplement d’améliorer la coopération, en particulier
dans le domaine diplomatique, tout en préservant la totale
autonomie de décision des pays membres. »
Les Etats-Unis d’Europe dont rêvaient Victor Hugo,
Aristide Briand, Albert Camus ou André Philip sont relégués
dans les mythes.
L’exécutif fédéral européen,
doté d’un véritable pouvoir économique
et politique, ne verra jamais le jour ; pas plus qu’un Parlement
représentant les peuples.
Nous sommes très loin aujourd’hui de l’idéal
européen basé sur le respect des peuples. Pourtant,
le processus de construction européen doit continuer.
Si la France tient une place importante au sein de l’Europe,
sans elle, elle n’est rien.
Qu’est ce qu’un petit pays d’à peine 60
millions d’habitants face aux géants de demain que
sont la Chine et un jour peut-être l’Inde.
Autant dire que face à une superpuissance comme les Etats-Unis,
la France ne pèse pas lourd.
Entre idéal social et réalité économique,
notre pays ainsi que l’Europe devra trouver sa place.
V.B (30.05.2005)
Références bibliographiques
La constitution européenne, éditions Larousse 1994
Reformes Et Mutations De L'union Europenne; Stephanou, Constantin. Editions Emile Bruylant 1997
Histoire De L'europe, éditions Seuil 1997