Difficile de se repérer dans le ciel face
à ces milliards d’étoiles. Depuis
très longtemps, l’homme a essayé
de trouver des points de repère d’où
l’invention de la constellation. La voûte
céleste s’est alors peuplée
de silhouettes et d’animaux.
On a inventé des aide-mémoire visuels,
en reliant certaines étoiles. Les dessins
ainsi formés sont des constellations.
Chaque constellation permet ainsi de connaître
grossièrement sa propre latitude et donc
de s’orienter.
L’invention de la constellation
On pense que les premières constellations sont nées
de l’imagination des Minoens en 2 500 avant notre ère,
en Crète.
Depuis, chaque peuple a inventé ses propres constellations.
D’une culture à l’autre, cependant, on
retrouve d’étranges similitudes.
On a souvent donné aux constellations des noms de
divinités ou d’animaux. Et même d’objets.
Par exemple, les savants ont nommés les constellations
australes du nom de leurs instruments : Sextant, Horloge ou
Machine Pneumatique.
Zoom
image. Planiciel des étoiles
visibles de l'hémisphère Nord
La connaissance des constellations était très
importante pour les agriculteurs et les marins. Les agriculteurs
pouvaient ainsi suivre les saisons et prévoir de manière
assez précise des évènements importants.
Par exemple, les égyptiens pouvaient prévoir
la crue du Nil, annoncée par le lever de
l’étoile
Sirius de la constellation du Grand Chien,
juste avant celui du Soleil.
Sirius est l’étoile la plus brillante visible
dans l’hémisphère Nord.
Canis major ne ressemble pas du tout à un chien et
aujourd’hui les astronomes amateurs y repèrent
M 41.
Constellation du Grand Chien
Les paysans romains voyaient dans les 7 étoiles de
la Grande Ourse 7 bœufs labourant un champ.
Ces 7 bœufs, Septen Triones, désignent aujourd’hui
le septentrion, le nord.
Ce sont les Grecs qui ont nommé et défini la
plupart des constellations. Inspirés de leur mythologie,
les noms se réfèrent à leurs héros
comme Persée, Hercule ou Orion mais également
à des monstres comme le Dragon ou l’Hydre ainsi
qu’à des personnages de légende comme
les Gémeaux ou Cassiopée.
L’Union astronomique internationale a, en 1928, choisi
définitivement 88 constellations. Leurs dessins figurent
au centre de grands carrés ou rectangles qui définissent
les limites des constellations.
L’illusion des constellations
Les étoiles d’une constellation n’ont
pas d’autre lien qu’un regroupement visuel artificiel.
Si l’on observe les étoiles d’une constellation,
elles semblent toutes placées sur un même plan.
A vue d’œil, il nous est impossible de savoir à
quelle distance elles se trouvent de nous.
Elles semblent toutes très proches les unes des autres.
Pourtant, ce n’est qu’une illusion d’optique.
En effet, ces étoiles sont en réalité
situées à des années-lumière les
unes des autres.
Par exemple, les deux étoiles « jumelles »
Castor et Pollux, de la constellation des Gémeaux,
ne sont pas une étoile double. Elles se situent à
100 000 milliards de kilomètres ou 10 années-lumière
l’une de l’autre.
Les étoiles de la Croix du Sud se trouvent de 59 à
434 années-lumière de la Terre.
Il y a cependant des exceptions. Dans la Grande Ourse, Mizar
et Alcor forment un réel couple d’étoiles
doubles, situées à 80 années-lumière
de nous.
Enfin, il faut souligner que les étoiles ne sont pas
immobiles. Elles se déplacent lentement dans le ciel.
Ainsi la casserole formée par une partie de la Grande
Ourse va s’aplatir au cours des prochains siècles.
De même, les 120 étoiles de l’amas ouvert
M 35 des Gémeaux sont en cours de dispersion.
Ces changements s’effectuent sur des périodes
très longues de l’ordre de plusieurs centaines
de siècles.
L’étoile Polaire
L’étoile Polaire a pendant longtemps servi de
point de repère aux navigateurs et explorateurs. Elle
est très utile car elle est située sur l’axe
du mouvement apparent de la voûte céleste. Elle
ne bouge donc pas et indique toujours le nord.
1/ La Grande Ourse; 2/ La Petite
Ourse; 3/ L'étoile Polaire; 4/ Cassiopée
Pour la localiser, il faut repérer 7 étoiles
formant une casserole vers le nord (la Grande Ourse). Une
fois la Grande Ourse repérée, il faut partir
du bord de la « casserole » opposé au «
manche » et prolonger la ligne AB sur 5 fois sa longueur.
Vous voyez alors une petite étoile de magnitude 2 :
la Polaire.
Grande Ourse et Petite Ourse
La Grande Ourse ou Ursa major est facilement repérable
avec ses 7 étoiles visibles. Elle a la forme générale
d’un chariot.
Les 7 étoiles visibles portent un nom arabe : Alkaïd,
Mizar, Alioth, Megrez, Phecda, Dubhe, Merak.
Assez proche, on trouve la Petite Ourse qui, elle aussi, a
la forme d’un chariot. A son extrémité,
brille l’étoile Polaire.
La Grande Ourse, représentation
persane du XVIIIe siècle
La similitude de ces deux constellations, le Grand et le
Petit Chariot, est un cas unique dans le ciel visible des
deux hémisphères.
Le Grand Chariot marque les saisons. A l’équinoxe
d’automne, c’est la constellation la plus basse
que l’on puisse apercevoir, au ras de l’horizon
nord, au début de la nuit.
Mais, en réalité, la Grande Ourse est une constellation
plus complexe qui s’étend sur plus de 40°
d’angle et comprend 22 étoiles.
Observations dans l’hémisphère
austral
Dans l’hémisphère Nord, on peut se repérer
avec l’étoile Polaire. Mais, dans l’hémisphère
Sud, une telle étoile n’existe pas.
Pour repérer le pôle sud exact, on utilise la
constellation bien visible de la Croix du Sud. Le grand «
bras » de cette constellation indique la direction générale
du pôle Sud.
Les Mésopotamiens, comme les Egyptiens,
avaient remarqué, qu’au cours d’une
année, la Terre
semblait passer devant douze constellations qui
allaient devenir les douze signes du zodiaque.
Pour les Egyptiens, les douze animaux saints du zodiaque étaient
:
Le chat, le chien, le serpent, le scarabée, l’âne,
le lion, le bouc, le taureau, l’épervier, le
singe, l’ibis et le crocodile.
Sirius est l'étoile
la plus visible dans l'hémisphère Nord
A la suite de nombreuses observations, les Egyptiens constatèrent
que chaque matin, le Soleil se levait devant une de ces douze
constellations, vers laquelle il revenait vers la fin de l’année.
L’année était divisée en 12 mois,
eux-mêmes divisés en décades. Chacune
de ces constellations fut associée à un animal.
Ce sont les Grecs qui ont donné à cette «
roue » céleste le nom de zodiaque, de «
zôa » (animaux) et « diakos » (roue).
Malheureusement, les Egyptiens n’ont pas su observer
que, du fait d’un très minime décalage
annuel, au bout de 2 000 ans environ, le Soleil ne se lève
plus devant la constellation du Taureau, par exemple, mais
celle du Bélier.
C’est ce que l’on appelle la précession
des équinoxes.
Sur une période de 150 ans, ce décalage amenait
un écart de 4 jours. Une erreur qui devenait fatale
pour la crue du Nil.
Plutôt que de revoir leurs calculs, les Egyptiens changeaient
de prêtres et les prédictions se révélaient
de plus en plus fausses au fil du temps.
Aujourd'hui, cette référence n'a plus aucun
lien avec le mouvement des astres. Il faudra attendre 25 000
ans environ pour que les signes du zodiaque et les constellations
coïncident à nouveau.
Les signes du zodiaque comme les constellations sont donc
symboliques. Ce symbolisme prend sa source en même temps
que l’astrologie, à savoir au Ve siècle
avant notre ère, en Chaldée, à Babylone.
Le Gémeaux, XIVe siècle
(Bibliothèque de l'Arsenal, Paris)
Généralement, l’astrologie se réclame
des Chaldéens. Cependant leur démarche mathématique
était plus scientifique qu’interprétative.
Ils étaient bien plus astronomes qu’astrologues.
La Vierge, traité d'Astronomie
du XIVe siècle (Bibliothèque de l'Arsenal, Paris)
Chaque culture a ensuite créé ses propres symboles
en fonction de sa propre mythologie.
Dans la légende chinoise, il est dit
que, pour célébrer le Nouvel An, Bouddha, dans
sa grande sagesse, décida d’inviter tous les
animaux de la Création. Seuls douze répondirent
à son appel :
Le rat, le buffle, le tigre, le chat, le dragon, le serpent,
le cheval, la chèvre, le singe, le coq, le chien et
le cochon.
On a établi des rapprochements entre les signes chinois
et les nôtres, issus du zodiaque grec : Chat et Cancer,
Tigre et Lion, Cheval et Sagittaire …
Poissons, traité d'Astronomie
du XIVe siècle (Bibliothèque de l'Arsenal, Paris)
En Inde, avec l’influence de la culture grecque, les
12 signes du zodiaque sont très proches des nôtres
:
Bélier ou chèvre, Taureau, Couple, Crabe, Lion,
Vierge ou Shakti, Balance, Abeille ou scorpion, Arc, Monstre
marin ou antilope, Marmite, Poissons.
Le christianisme condamna ces pratiques sataniques. Cependant,
les premiers chrétiens, en particulier les évangélistes,
ont été fortement influencés par la pensée
astrologique : L’étoile des Mages, l’enfant
Jésus entouré d’animaux, le choix des
12 apôtres …
Le signe du Poissons, emblème du Christianisme, est
présent dans la géographie sacrée des
sept églises chrétiennes d’Asie, dont
le plan reflète le tracé de la constellation
stellaire du Poissons.
Le Lion, traité d'Astronomie
du XIVe siècle (Bibliothèque de l'Arsenal, Paris)
Comme on peut le voir, l’homme a su, à partir
d’une science comme l’astronomie, se créer
une voûte céleste peuplée de légendes
et d’animaux mythiques.
Chaque constellation au nom évocateur nous permet de
rêver.
Par exemple, le signe du Lion et la constellation du même
nom renvoient au mythe d’Héraclès (Hercule)
et à ses douze travaux, qui représentent la
pénible lutte de l’âme humaine contre ses
faiblesses.
La première tache d’Hercule fut de tuer le
Lion de Némée. Il le combattit à mains
nues et l’étouffa. Il transforma l’animal
mort en la constellation du Lion.
Constellation du Lion, traité
d'Astronomie du XIVe siècle (Bibliothèque de
l'Arsenal, Paris)
Dans la mythologie grecque, le scorpion est considéré
comme le vengeur d’Artémis-Diane, la vierge farouche
qu’Orion tenta d’approcher. Elle fut sauvée
par un scorpion qui le piqua au talon.
Pour avoir vengé la déesse, le scorpion fut
transformé en constellation ; de même qu’Orion.
C’est pourquoi on parle d’Orion qui fuit le scorpion,
qui apparaît comme l’outil de la justice.
Capricorne , traité
d'Astronomie du XIVe siècle (Bibliothèque de
l'Arsenal, Paris)
La constellation du Sagittaire nous ramène aux centaures.
Les centaures sont des êtres monstrueux de la mythologie
grecque, dont la tête, les bras et le buste sont ceux
d’un homme, et le reste du corps d’un cheval.
Ils vivent dans la foret et la montagne et se nourrissent
de chair crue.
Le Verseau, traité d'Astronomie
du XIVe siècle (Bibliothèque de l'Arsenal, Paris)
Selon les mythes, les centaures se divisent en deux familles
:
Les fils d’Ixion et d’une nuée symbolisent
la force brutale et aveugle
Les fils de Philyra et de Cronos symbolisent la force
sage et vaillante
Le centaure est l’un des mythes les plus instructifs
sur l’instinct et la raison.
Sagittaire, traité d'Astronomie
du XIVe siècle (Bibliothèque de l'Arsenal, Paris)
Science et mythes ne sont jamais très éloignés
l’un de l’autre et peuvent cohabiter, pour peu
que l’on conserve ses yeux d’enfants.
Astronomie, Editions Hachette 2003. Le grand livre de l’Astrologie
de Claude Darche, Editions Solar. Au cœur des étoiles
et galaxies, Editions Hachette 2004. L’Astronomie, Editions
De La Martinière 2002