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Clovis

Le Royaume Franc

En 482, l’avènement de Clovis marque une étape décisive de l’histoire occidentale. Devenu chrétien, le nouveau roi unifie la quasi-totalité de la Gaule. De la vallée du Rhin aux Pyrénées, le pays devient le royaume des Francs.
L’histoire de Clovis c’est aussi l’histoire de l’unification d’une nation qui deviendra un jour la France.

L’invasion des Francs

Lorsque Clovis vient au monde, vers 466, l’Empire romain d’Occident vit ses dernières années.
Pour maintenir leur pouvoir aux confins de l’Empire, les Romains s’appuient sur la force militaire des Barbares francs.
Childéric, le père de Clovis, était un barbare franc, mais également un général romain, comme l’attestent les insignes Romaines retrouvées dans sa tombe.
Les barbares sont donc au service de Rome.

Un Barbare

Un Barbare, peut-être Franc. Le vêtement collant, à manches longues, est radicalement différent de la toge romaine. Ve siècle. Musée de Dumbarton Oaks, Washington

Les tribus franques appartiennent au groupe des Germains occidentaux. « Franc » vient de « frekkr » qui signifie « hardi » ou « courageux ».

À partir de 407, les Francs profitent de l’affaiblissement de l’Empire romain pour progresser vers l’ouest.

Vers 450, ils se répartissent en deux grands groupes :

  • Les Francs du Rhin (Ripuaires) installés entre Trèves et Cologne
  • Les Francs Saliens installés entre le Rhin et l’Escaut

Ils sont divisés en de multiples royaumes.

En 457 apparaît le royaume de Tournai, celui de Childéric.

Durant le Ve siècle, l’Empire romain d’Occident s’est fractionné :

  • Les Ostrogoths règnent sur l’Italie
  • Les Wisigoths dominent l’Espagne et le sud de la Gaule
  • Les Burgondes occupent un territoire plus vaste que notre Bourgogne actuel puisqu’il englobe le Jura, une grande partie de l’actuelle Suisse et une partie de la vallée du Rhône

L’avènement de Clovis

Comme son père, Clovis est un soldat et un vrai chef de guerre. Mais, contrairement à son père qui défendait les Romains, Clovis va les combattre. Il n'a que 15 ans quand il succède à Childéric.

À son avènement en 482, il n’y a plus d’Empire d’Occident. Seul subsiste, autour de Soissons, un dernier foyer d’autorité romaine, dirigé par Syagrius.
En 486, Clovis s’attaque à Syagrius et s’installe à Soissons. Son intervention est un véritable coup d’État contre les Romains.

Il a l’intelligence de ménager les autorités ecclésiastiques, seule structure administrative encore en place.

Le vase de Soissons

Les campagnes du roi, qui est encore païen, se font en ménageant les prêtres. L’épisode célèbre du vase de Soissons en est la meilleure illustration.

Après la prise de Soissons, Clovis essaye de soustraire un magnifique vase d’église au butin que ses guerriers s’apprêtent à se partager.
En effet, un prélat, peut-être déjà Remi (le futur saint Remi), évêque de Reims, réclame pour son église un vase qui fait partie du tribut.
Furieux de cette entorse aux usages de la guerre, un des soldats préfère briser le vase plutôt que de le restituer.

Clovis. Vase de Soisson

L'épisode du vase de Soissons (miniature)

Un an plus tard, Clovis punit le rebelle en lui fendant le crâne de sa propre hache, et il dit, selon la légende : « Ainsi as-tu fait au vase, à Soissons ! »

En fait, la chance de Clovis est d’être resté païen. Il demeure ainsi ouvert à la prédication de l’Evangile et à une conversion possible au christianisme.
C’est ce qui lui vaudra l’appui de l’Église.

La conversion de Clovis

Pendant 10 ans, Clovis s’empare des dernières propriétés impériales. Il poursuit son expansion territoriale :

  • Il atteint la Loire
  • Lance des raids en Aquitaine
  • Entre en contact avec les Bretons d’Armorique

En 496, il épouse la catholique Clotilde qui, malgré tous ses efforts, ne parvient pas à l’amener à la foi chrétienne.

Le Christ

Le Christ, équipé comme un guerrier franc, triomphe du Mal, symbolisé par un serpent. Art populaire auvergnat du Ve siècle, Grezin, Puy-de-Dôme

Au cours de la bataille de Tolbiac (aujourd’hui Zülpich, près de Cologne), Clovis fait vœu de se convertir au christianisme si Jésus-Christ lui accorde la victoire.
Ayant été exaucé, Clovis accepte de suivre l’enseignement de saint Rémi.

Son baptême est célébré à Reims à Noël 498 (date approximative, car inconnue). Ce baptême fait du roi Franc le champion de l’orthodoxie chrétienne. Il lui assure surtout l’appui de l’Église aussi bien dans son royaume que dans tous les royaumes soumis à des souverains ariens.

Baptême de Clovis

Baptême de Clovis par l'évêque de Reims, saint Rémi (Vie de saint Remi, IXe-Xe siècle)

La Gaule de la fin du Ve siècle est essentiellement païenne. Les peuples germaniques installés à ses confins sont des chrétiens, mais des chrétiens hérétiques que l’on appelle les ariens. Ils nient la divinité du Christ. L’arianisme est une doctrine selon laquelle Jésus, Fils de Dieu, ne peut lui-même être Dieu. De ce fait, le dogme de la Trinité, qui affirme l’unité de Dieu tout en maintenant l’existence de trois Personnes, est nié.
Tous les peuples barbares sont des ariens à l’exception des Francs.

Tête de Christ

Tête de Christ. Sur cette fibule d'or, le monde barbare et chrétienté se rejoignent : les griffons et les entrelacs sont germaniques ; les symboles sont chrétiens, l'alpha, l'oméga et le chrisme représentant le Christ (VIIe siècle, Bibliothèque nationale, Paris)

À la conquête de la Gaule

En 505, Clovis refoule les Alamans au-delà du Rhin. En 506, il réunit une coalition contre le roi Wisigoth Alaric II, maître du quart sud-ouest de la Gaule.
Et, en 507, il écrase Alaric et son armée à Vouillé, près de Poitiers. La bataille de Vouillé met fin à la puissance des Wisigoths qui dominent le sud de la France.

Voilà Clovis maître de l’Aquitaine.

L’intervention de Théodoric, roi des Ostrogoths, lui interdit l’accès à la Méditerranée. Le Languedoc appartient toujours au royaume wisigoth, replié en Espagne.

Clovis passe les dernières années de son règne à éliminer les autres rois saliens, ses parents, et impose la reconnaissance de son autorité aux Francs du Rhin.

Clovis

Évocation native de Clovis (Gravure pour le Plutarque français, Paris, Arts déco.)

En 511, maître d’un royaume qui s’étend de la vallée du Rhin aux Pyrénées, il s’installe à Paris.

La même année, il réunit à Orléans le premier concile national des Gaules, qui rassemble 32 évêques.

Il meurt le 27 novembre 511 et est enterré dans la basilique des Sainsts-Apôtres.A la mort du Mérovingien, seul le vieux royaume des Burgondes lui échappe encore.

Chef de guerre, conquérant barbare, Clovis a construit son autorité sur la préservation des structures romaines et la collaboration avec l’Église.
Considérant le royaume qu’il dirige comme son bien propre, il en dispose en faveur de ses quatre fils.
Ces derniers devront respecter les anciennes limites politiques et montreront leur volonté de préserver l’unité du royaume des Francs. Ils achèvent le travail de leur père en anéantissant le royaume des Burgondes.

V.Battaglia (09.10.2005)

Références principales

Encyclopédie Larousse. 2003
Histoire du Monde. Larousse 1995
Histoire de France. Préface de Jean Favier. Collection Splendeurs. 1993

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