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Le déclin des civilisations est-il inévitable ?

La crise économique actuelle nous fait prendre conscience que nos civilisations, et notamment occidentales, sont fragiles.
Certains n’hésitent pas à parler d’effondrement voire de disparition programmée de notre société en faisant l’amalgame avec l’extinction éventuelle de notre espèce.
Il est un fait que toutes les grandes civilisations ont fini par s’éteindre pour être remplacées par de nouvelles qui ont subi le même sort.
Parmi les civilisations disparues les plus connues, citons l’Égypte des pharaons, la civilisation de l’Indus, les civilisations amérindiennes (Olmèques, Aztèques, Mayas…), la civilisation minoenne, la civilisation mycénienne, l’Empire romain ou encore la civilisation khmère d’Angkor.
Toutes ces civilisations avaient un point commun avant de s’effondrer : elles étaient toutes à leur apogée.
Nos civilisations actuelles sont-elles arrivées à leur apogée ? Sont-elles vouées à disparaître ? Toutes les prophéties et les mythes, notamment amérindiens, qui font référence à des cycles de destruction et de renouveau sont-ils là pour nous rappeler que chaque nouvelle civilisation marque une nouvelle étape qui nécessite de profondes transformations ?

Pourquoi les grandes civilisations ont-elles décliné ?

Tout d’abord, il est à préciser que les civilisations déclinent, mais sans entraîner la disparition des populations.
Le terme déclin est donc plus approprié qu’extinction.

Actuellement, deux grandes théories s’affrontent. Joseph Tainter, auteur de The Collapse of Complex Societies, paru en 1988, met en avant la complexité grandissante des civilisations.
En résumé, les sociétés luttent contre les problèmes en élaborant des technologies de plus en plus sophistiquées.
La complexité technologique va de pair avec celle de l’économie et de l’organisation sociale.
L’auteur estime que notre société actuelle a atteint un niveau de complexité inégalée, mais que pour y arriver, nous avons dû piller les ressources de la Terre.
Si nos principales ressources disparaissent, le pétrole par exemple, une simplification technologique, économique et sociale deviendra inévitable.
Cette simplification forcée entrainera alors notre déclin.

Angkor

Parfois, les anciennes civilisations tombent dans l'oubli. Ici, Angkor envahi par la jungle. By Steve Jurvetson

Jared Diamond est biologiste et écologiste. Sa théorie fait la part belle aux facteurs écologiques pour expliquer l’effondrement des sociétés.
Auteur de l’Effondrement, paru en 2006, J.Diamond met en valeur quatre facteurs primordiaux : dommages environnementaux causés par l’homme, changements climatiques, incursions d’envahisseurs et les relations commerciales.

Stele Maya . Copan

Vestiges de la civilisation maya à Copán. By David Ooms

Concernant la théorie de J.Tainter, essayons de l’appliquer aux anciennes civilisations et à la nôtre.
A contrario, ne doit-on pas envisager que c’est cette trop grande complexité qui entraîne la chute des sociétés et non leur retour à une plus grande simplicité ?
Si on prend le cas des Empires, il y a toujours eu effondrement, mais sans extinction. Qu’est-ce qu’un empire sinon un amoncellement de pays asservis par la force ? Plus l’empire s’agrandit, plus l’organisation devient complexe, mais plus la structure se fragilise, car les bases sont instables.
Au moindre affaiblissement interne, cette structure s’effondre comme un château de cartes.
C’est ce qui s’est passé avec l’Empire des Pharaons ou l’Empire romain. Le danger est venu de l’intérieur.

Jules Cesar

Jules César, symbole de l'apogée de l'Empire romain. By Thisisbossi

Imaginons que dans 10 ans, il n’y a plus de pétrole, plus de bois, plus de ressources marines et que le changement de climat provoque une stérilité des grandes zones d’agriculture.
Que se passerait-il alors ?
Nos sociétés déclineraient-elles ? La réponse dépend entièrement de nos choix et de notre capacité à s’adapter à un nouveau contexte.
Nous avons beaucoup trop tendance à juger de la valeur d’une civilisation sur son niveau technologique. 

Le schéma de J.Tainter ne s’applique pas à certaines civilisations comme celle de l’Indus ou les Mayas.

La théorie de J.Diamond est plus polyvalente, car il mêle environnement, économie et politique.
Mais cela revient également à dire qu’il n’existe aucun facteur commun aux ascensions et aux effondrements des sociétés.
Chaque cas serait alors particulier.

Abou Simbel

Temple de Ramsès II à Abou Simbel. © dinosoria.com

Les facteurs écologiques et les changements climatiques sont des sujets d’actualité. Cependant, bien que je ne nie pas leur importance, sont-ils vraiment à la base des déclins ? Ne faisons-nous pas une corrélation systématique entre nos problèmes actuels d’environnement et notre crainte de disparaître à cause de nos erreurs ?

Exemples d’effondrements de sociétés

La civilisation de la vallée de l’Indus rayonnait plus de 2000 ans avant notre ère. Cette civilisation, qui est loin d’avoir révélé tous ses secrets, nous a laissé les cités d’Harappa ou de Mohenjo-Daro.
Vers 1 600 avant notre ère, les grandes cités de la vallée de l’Indus étaient à l’abandon. Les raisons de cet exil ne sont pas totalement connues.
Peut-être une succession de crues ou un changement climatique réduisent-ils les récoltes à néant.
La famine et les maladies ont pu faire de nombreuses victimes.

Ce que l’on sait, c’est que plusieurs régions se dépeuplèrent tandis que d’autres continuèrent à prospérer.
Suite aux invasions des Indo-Européens, il y a eu un métissage des populations. La culture de l’Indus s’est fondue dans les nouvelles cultures.

Mohenjo Daro

Reconstitution 3d de Mohenjo-Daro. By Rajamanohar somasundaram
(Hexolabs Media and Technology Pvt. Ltd.)

Dans cet exemple, il semblerait que deux facteurs aient joué un rôle important dans le déclin : les changements climatiques et les invasions.
Mais, imaginons qu’il n’y a jamais eu d’invasions. Dans ce cas, il est fort probable que la civilisation de l’Indus aurait continué à prospérer avec une migration des populations vers des secteurs plus tempérés.
Les invasions ont en quelque sorte donné le coup de grâce à une civilisation déjà affaiblie.

La brillante civilisation maya a dominé un immense territoire qui s’est répandu jusqu’aux Caraïbes et au Pacifique, et du Mexique au Honduras.
Cette civilisation a régné du IIIe au IXe siècle. L’empire maya était le théâtre de guerres incessantes entre différentes cités-États.
La plus grande de ces cités était Tikal, perdue au milieu de la forêt du Guatemala.

La dernière stèle construite à Tikal remonte à 869.

Tikal

Tikal. By gsz

À travers le territoire maya, on a retrouvé les dates de déclin de toutes les grandes cités : Copán 830, Palenque 835, Uxmal 909.
Les cités ne subirent pas de destruction par le feu ou un ennemi.

Les Mayas n’ont pas disparu. Ils se sont disséminés et fondus dans d’autres sociétés.

Il serait tentant de trouver un facteur commun à tous les abandons de cités.
Cependant, il semble que chaque cas soit particulier. Plusieurs facteurs ont entraîné cet exil : perte de pouvoir progressive des prêtres, épuisement des ressources, famine, conflits.

Uxmal

Uxmal. By Esparta

D’après les dernières études, des périodes de grande sécheresse ont touché le territoire Maya entre 760 et 910 de notre ère.

À Tikal, la sécheresse est peut-être au cœur du problème. Plusieurs années sans une bonne saison des pluies ont forcement entraîné la famine. Les prêtres incapables de mettre fin à cette sécheresse ont alors perdu leur pouvoir.
Le peuple s’est révolté puis a fini par abandonner la cité.

Palenque

Palenque. By Molly 258

Mais, ce schéma ne s’applique pas à toutes les cités et tout n’est pas si simple. En effet, la cité de Lamanai située seulement à 100 km de Tikal a continué à prospérer après le déclin de Tikal.

Du IXe au XIVe siècle, l’empire khmer s’étendait sur le Cambodge actuel, certaines régions du sud du Viêt Nam, du Laos et de la Thaïlande.
Son fondateur, le roi Jayavarman II implanta sa capitale à proximité de la plaine d’Angkor.

C’était une vaste zone de terres fertiles arrosée par des cours d’eau. La nourriture y était abondante toute l’année.
Les Khmers construisirent des réservoirs et des canaux permettant d’assurer l’irrigation des rizières pendant la saison sèche.

Angkor

Angkor Vat. By ScubaBeer

Jayavarman VII (règne de 1181-1218) éleva le bouddhisme au rang de religion d’État et conduisit l’empire khmer à son apogée.

En 1430-1431, les armées du Siam mirent la ville à sac. Les Khmers partirent alors fonder une nouvelle cité aux environs de Phnom Penh.

Angkor était condamnée, car le réseau d’irrigation n’était plus entretenu. La jungle prit progressivement possession de la ville.

Plusieurs théoriciens mettent en avant un dérèglement du régime des moussons. Ce changement climatique aurait été alors catastrophique sur une zone déjà largement déboisée et sur laquelle on pratiquait une agriculture intensive.
En transformant leur environnement, les Khmers auraient perturbé le régime hydraulique.

Mais là encore, plusieurs facteurs sont intervenus dont l’invasion de la ville.

Notre société est-elle en voie de déclin ?

Actuellement, nous sommes loin d’être à l’apogée du point de vue technologique. Si nos gouvernements nous imposent l’utilisation de certaines énergies (énergies fossiles, nucléaires) c’est parce que les intérêts financiers priment sur la vraie avancée technologique qui pourrait par la même occasion régler de nombreux problèmes écologiques.

Angkor

Angkor vat. By flydime

Notre organisation sociale et économique s’est largement complexifiée ces dernières décennies.
Mais, cette complexité n’a pas été anticipée et nous continuons à avancer sur des bases archaïques.
Nous continuons en fait à vivre sur des schémas instaurés par les premières civilisations : plusieurs classes sociales qui ne sont pas égalitaires et une répartition des ressources et richesses qui ne s’est jamais effectuée en fonction des réels besoins, mais en fonction de la position sociale.
Toutes les sociétés qui se sont succédé avant nous ont été bâties selon une organisation sociale pyramidale.

Aujourd’hui, cette organisation inégalitaire s’est étendue au niveau mondial.

On peut en déduire que notre survie passera obligatoirement par une transformation radicale de notre organisation sociale et donc économique.
Les préoccupations écologiques prennent bien sûr une place importante dans notre devenir.

Copan

Vestiges de Copán au Honduras. By Carlos Adampol

Mieux répartir les ressources et stopper le pillage à but purement lucratif sont les grands défis que nous devrons relever et gagner si nous voulons que notre espèce se prépare au mieux aux futurs changements climatiques.

Quoi qu’il arrive, Homo sapiens ne disparaîtra pas. Il devra par contre radicalement modifier ses échelles de valeur.

Notre société est sur le point de se transformer ce qui en soi n’est pas forcement négatif.

Ramses II

Ramsès II. © dinosoria.com

Au fil des siècles, nous avons oublié nos racines. Chaque ethnie s’est repliée sur elle-même convaincue que l’autre était un ennemi.
Or, c’est le métissage des cultures qui a permis à notre espèce d’évoluer à son niveau actuel.

Parmi les dangers qui nous menacent, le réchauffement climatique n’est pas le pire. C’est surtout notre faculté à toujours penser « je » avant « nous » qui est notre pire ennemi.

Nous avons parfaitement les moyens de minimiser les conséquences du changement climatique.
Par contre, ce qui nous manque c’est l’empathie qui nous permettrait de traiter les problèmes au niveau mondial sans penser à nos intérêts financiers respectifs.

Le Colisée

Le Colisée à Rome. By David Paul Ohmer

Le déclin de notre civilisation n’est donc pas inévitable. Tout dépendra des choix de ceux qui nous gouvernent.
La civilisation occidentale ne doit pas vivre dans la crainte de perdre sa suprématie. Elle doit simplement accepter une redistribution des ressources et des richesses.

V. Battaglia (28.02.2009)

Civilisation mycénienne.      Angkor.      Civilisation Indus

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