La circoncision dans l’Egypte ancienne
Sur
le tombeau du noble Ankhmahor à Saqqarah,
figure la représentation d’un garçon,
debout, qui est opéré par un prêtre.
Ce dernier incise le prépuce à l’aide
d’un couteau de silex ovale. Ensuite, un
personnage enduit la blessure d’un onguent.

Bas-relief du tombeau
d'Ankhmahor. © Lenars C
Le temple de Mout, à Karnak, montre une
scène identique. Mais, cette fois, il s’agit
du futur pharaon Thoutmosis IV.

Couteau de circoncision
avec la figure du dieu Anubis (Paris, musée
du Louvre) . © Lessing E
Tous les pharaons ne subissaient pas la circoncision.
Cette dernière n’avait pas lieu après
la naissance mais à partir de l’âge
de 10 ans.
Cette pratique touchait toutes les classes sociales
mais sans être systématique.
Elle
est ensuite devenue obligatoire pour les prêtres,
principalement pour des raisons de pureté
rituelle.

Couteaux utilisés
pour la circoncision. Musée Afrcain. By
Erin Licence
Nous
ne savons pas pourquoi les Egyptiens ou les peuples
du Proche-Orient pratiquaient la circoncision.
S’agissait-il d’un rite magique, d’une
cérémonie tribale, d’un rituel
de fertilité masculine ou d’une intervention
destinée à prévenir les maladies
infectieuses ?
Circoncision et christianisme
On
prête à Saint Paul d’être
à l’origine de l’abandon de
la circoncision, contre l’avis des judéo-chrétiens.
Jusqu’en 1970, la Circoncision de Jésus
était une fête catholique pratiquée
le 1er janvier.
Le Saint-Prépuce fut d’ailleurs une
relique vénérée.
Dans le Nouveau Testament, Luc, l’un des
quatre évangélistes évoque
la circoncision du Christ. (II:21) :
«
Et lorsque furent accomplis les huit jours pour
sa circoncision, il fut appelé du nom de
Jésus, nom indiqué par l’ange
avant sa conception. »

La Circoncision
de Jésus (fresque de Jean Canavero, XVe
siècle, église Notre-Dame-des-Fontaines.
© Lenars C
Par
contre, dans les Épîtres de Saint
Paul, la circoncision est remise en cause :
«
La circoncision n’est rien, et l’incirconcision
n’est rien; ce qui compte, c’est de
garder les commandements de Dieu. » (Corinthiens,
VII:19).
L'Église
chrétienne copte pratique toujours le baptême
par immersion et avec la circoncision.
La circoncision chez les Hébreux
Pour
les Hébreux, la circoncision est un véritable
acte religieux. Cet acte est accompli pour obéir
à Dieu et s’affirme également
comme le signe de l’appartenance à
une nation.
Dans un passage de l’Ancien Testament, rédigé
à la fin du Vie siècle avant notre
ère, Dieu ordonne à Abraham, premier
patriarche, de faire circoncire à l’âge
de huit jours tous les nouveau-nés mâles
de son peuple.
L’opération
qu’il exige consiste à enlever le
prépuce c’est-à-dire la peau
mobile qui recouvre le gland de la verge.
L’emploi
d’un couteau de silex est recommandé
dans un autre texte de la Bible : »Fais-toi
des couteaux de silex et remets-toi à circoncire
les fils d’Israël ».
Cela démontre que la circoncision remonte
à une époque où l’on
ne connaissait pas le métal, c’est-à-dire
la préhistoire.

Circoncision représentée
sur le vitrail d'un cloître. By Audrey Sol
Licence
C’est
le père de famille qui doit se charger
de l’opération. En principe, la mère
ne doit pas assister à l’intervention.
Grâce
à d’autres textes hébreux,
on sait que plus tard, la circoncision est confiée
à un spécialiste appelé mohel
lors de la cérémonie dite cérémonie
dite Berith mila (communément écrit
brith mila). Berith signifie « alliance
» en hébreux.
Le mohel incise le prépuce et le déchire
puis étanche le sang qui coule en le suçant.
Enfin, il applique sur la plaie un emplâtre
à base d’huile, de vin et de cumin.
Le couteau en silex a été remplacé
par un couteau en métal.
Des prières accompagnent le rituel.

Cérémonie
du Berith mila. © Encyclopédie Larousse
Ce
rituel qui vient du fond des âges est devenu
pour les Hébreux une alliance entre Dieu
et le peuple élu.
Ce n’est d’ailleurs pas un hasard
si la circoncision est devenu ce symbole pendant
l’exil des Hébreux à Babylone.
Ils viennent alors au milieu de peuples qui ne
pratiquent pas la circoncision. Cette intervention
marque alors leur différence et leur appartenance
à la nation juive.
C’est
d’ailleurs après l’exil, à
la fin du VIe siècle avant notre ère,
qu’est rédigé le texte dans
lequel Dieu annonce que la circoncision sera le
signe de l’alliance avec son peuple.

Instruments de
circoncision de l'hôpital Juif de Berlin.
By Checco Licence
Le
symbolisme de cette intervention est si fort que
les Hébreux sont près à risquer
leur vie pour la pratiquer malgré les interdictions.
Mais, toutes les répressions n’ont
jamais fait disparaître cette pratique millénaire.
Après
l’émergence du christianisme, la
circoncision a permis de différencier les
fidèles de la nouvelle religion des adeptes
du judaïsme.
La circoncision et l’Islam
Appelée
khitan en arabe, la circoncision n’est pas
préconisée par le Coran. Cependant,
elle est largement pratiquée dans la plupart
des pays musulmans.
Contrairement
aux Hébreux, cette pratique est plus assimilée
à l’entrée du jeune garçon
dans le monde des adultes ainsi que dans la communauté
des croyants qu’à un rituel religieux.
Nul besoin d’être circoncis pour être
musulman.
Ce
rituel « initiatique » est accompagné
d’une grande fête mais d’aucune
prière. L’âge de l’enfant
au oment de l’intervention est très
variable, du jour même de la naissance à
7 ou 8 ans.
V.B
(19.04.2007)
Références bibliographiques
Malek
Chebel. Histoire de la circoncision, Perrin.
La circoncision chez les Hébreux, Mémoire
de l’humanité, éd. Larousse
1995
Sami Aldeeb Abu-Sahlieh, Circoncision. Le complot
du silence, éd. L'Harmattan, 2003
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