La naissance de Jésus de Nazareth
Selon
les évangiles, Jésus de Nazareth
naît à Bethléem, en Palestine,
au temps du roi Hérode, lors d'un voyage
de ses parents.
Comme il n'y a pas de place dans les auberges,
Marie, sa mère, accouche dans une grotte
qui sert d'étable. L'enfant reçoit
l'hommage de trois «Rois mages »,
Melchior, Gaspard et Balthazar, venus d'Orient
lui offrir l'or, l'encens et la myrrhe.
Hérode, prévenu de la naissance
d'un « roi des juifs », ordonne de
tuer tous les nouveau-nés.

La Vierge aux cerises,
par Annibal Carrache. Peinture à l'huile.
(Musée du Louvre, Paris.)
Prévenu
par un songe, Joseph, son père et l'époux
de Marie, s'enfuit en Egypte avec sa famille,
avant de regagner Nazareth en Galilée.
Certainement charpentier comme Joseph, Jésus
mène une vie « cachée»
jusqu'à l'âge de 30 ans.

Tête du Christ
de Wissembourg. Détail d'un vitrail roman
du milieu du XIe siècle. (Musée
de l'Œuvre Notre-Dame, Strasbourg.)
Jésus
est originaire de Nazareth en Galilée :
tel est l'état civil qui va figurer sur
sa condamnation. Pourtant ses origines sont en
Judée puisqu'il descend du roi David. Sa
généalogie est connue et il appartient
à une vieille famille juive ; c'est à
Bethléem qu'il est né, mais on ne
peut préciser la date exacte de sa naissance
puisque les Évangiles se réfèrent
soit au règne d'Hérode le Grand,
qui mourut en 4 avant notre ère, soit au
recensement de Quirinius, qui a pu avoir lieu
soit entre 12 et 8, soit en 6 de notre ère.
En
tout cas, la date « officielle » de
la naissance de Jésus, qui détermine
notre ère, fut calculée au Ve siècle
sur des bases erronées.
Le milieu galiléen est très ouvert;
la population est cosmopolite et certaines villes,
comme Césarée, sont très
hellénisées ; les ports phéniciens
sont tout proches. Jésus vit donc au contact
de païens et sa langue est l'araméen,
qui est même utilisé à la
synagogue. Il apprend à lire et à
écrire; son métier manuel (charpentier)
et sa connaissance de la campagne ne permettent
pas de le situer plus précisément
dans la société de son temps, dont
il reflète pourtant les préoccupations.
La rencontre des Baptistes
Comme
bien d'autres juifs, Jésus quitte son village
pour s'intégrer à un groupe en recherche
de Dieu. Il rejoint les baptistes, qui refusent
la religion formaliste, dépendant du Temple.
Dans
l'attente d'une manifestation de Dieu, ils se
distinguent par leur exigence de pureté,
dont le baptême est le symbole.

Zoom
image. Cinq scènes de la vie de Jésus:
nativité,l'annonce faite par les anges
aux bergers, la résurrection, l'entrée
triomphale à Jérusalem, l'Ascension
(Xe siècle, Musée du Louvre, Paris)
Jean
le Baptiste prêche le repentir et la conversion.
Après l'avoir rencontré, Jésus
découvre sa mission prophétique
et recrute dans ce milieu ses premiers disciples.
Il prend vite la tête d'un petit groupe
indépendant, et ne suit pas le Baptiste
dans son ascétisme et son refus du monde;
lui-même ne baptisera pas, prêchant
à la manière d'un docteur, d'un
savant. Ses disciples viennent de partout et le
groupe de Jésus semble particulièrement
ouvert, alors que les sectes du temps sont très
exclusives.
Jésus, le prédicateur
Jésus
fait de nombreuses retraites dans le désert,
mais il prêche surtout en milieu urbain.
Sa mission, inaugurée dans les synagogues
de Galilée, s'ouvre aux Samaritains, marginalisés
par les juifs, et même aux Syriens et aux
Romains sympathisants du judaïsme.

Jésus commence
sa vie publique et sa prédication en se
faisant baptiser dans le Jourdain par Jean le
Baptiste (IVe siècle. Musée de la
civilisation romaine, Rome)
Jésus
se déplace beaucoup entre la Galilée
et Jérusalem. Mais on ne peut établir
le nombre de ses séjours à Jérusalem
ni la durée de sa prédication :
tout pourrait se réduire à un an,
selon l'Evangile de Marc, ou se développer
sur trois années, selon celui de Jean.

La multiplication
des pains (Basilique Saint-Apollinaire-le-Neuf,
Ravenne)
Il
fait par ailleurs d'autres voyages, en Phénicie
et dans la Décapole, au nord et à
l'est de la Galilée. Il utilise l'hospitalité
d'amis et de sympathisants, ce qui l'introduit
parmi les patrons pêcheurs aussi bien que
parmi les fonctionnaires ou les intellectuels.
Accueilli dans les familles, il fait surtout des
adeptes parmi les femmes celles-ci sont nombreuses
à contribuer à sa mission et à
l'accompagner dans ses déplacements, ce
qui est assez singulier pour l'époque,
mais révélateur de l'intérêt
que Jésus porte à leurs aspirations
mystiques.
L'enseignement de Jésus
Il
énonce des règles de vie sociale,
mais surtout il prophétise. Certaines exhortations
à la conversion, les prédictions
sur la fin du monde ou les malédictions
ont des accents qui rappellent la tradition des
anciens prophètes. Mais Jésus pratique
aussi la méthode des rabbins de son temps,
qui est d'utiliser des récits illustrés
appelés « paraboles ».
La
vocation de prophète de Jésus se
manifeste nettement quand il chasse les «
démons » et guérit les malades,
car juifs et païens s'attendent à
des manifestations surnaturelles de la part d'un
homme de Dieu.

La guérison
du paralytique (Basilique Saint-Apollinaire-le-Neuf,
Ravenne)
La
maladie a un aspect religieux : imputée
à des esprits mauvais, omniprésents,
elle doit inciter au repentir et à la purification.
Dans
les synagogues, on commente abondamment les miracles
de la Bible, que le Messie devra accomplir à
son tour.
Ainsi
Jésus est-il peu à peu perçu
comme le Messie-roi, celui qui proclame le règne
de Dieu, celui qu'annoncent les Psaumes et qu'attendent
les esséniens.
L'idée de l'avènement du Messie
est très contestataire, dans un pays en
pleine effervescence et imprégné
d'un nationalisme exacerbé.

La Maison de la
Vierge. C'est là que la mère de
Jésus serait venue finir ses jours, accompagnée
de Jean. Aujourd'hui, en Turquie, cette maison
accueille chaque année des centaines de
milliers de pèlerins
Le
recensement de l'an 6 est l'occasion d'un soulèvement
en Galilée. Un esprit de révolte
marqué par des mouvements de résistance
sporadiques s'instaure et on peut supposer que
certains disciples de Jésus, comme Judas
Iscariote, en sont proches.
Jésus
n'utilise pas volontiers son titre de Messie,
préférant celui de « Fils
de l'homme ». Il insiste sur la valeur de
la souffrance, qui sauve les hommes, et non sur
la puissance et la gloire. Le salut qu'il promet
est d'ordre mystique et non pas révolutionnaire.

Le symbole de la
croix est apparu très tôt dans l'Antiquité
Il
refuse la grève de l'impôt, s'enfuit
dans la montagne pour éviter d'être
proclamé roi. Il prêche la conversion
individuelle, sa prédication est de plus
en plus centrée sur le thème de
sa mort et de sa résurrection.
Apôtres et disciples
Les
disciples de Jésus viennent de tous les
milieux patrons pêcheurs, comme Pierre,
fonctionnaires de; impôts, notables pharisiens...
Quelques-uns comme Matthieu et Judas sont des
scribes et des comptables. Parmi ces Galiléens
qui parlent l'araméen, certains sont hellénisés,
comme André et Philippe, dont les noms
sont grecs. Tous sont engagés personnellement
envers jésus, mais ils ne vivent pas en
permanence auprès de lui : ainsi Pierre
a une famille. Disciples et sympathisants vont
se structurer autour des douze apôtres,
sous l'autorité de Pierre.
La condamnation de Jésus
Ce
n'est pas la croyance de Jésus en la résurrection
qui choque l'opinion, car elle est répandue
chez les pharisiens. Ce qui lui vaut le plus d'inimitié,
c'est l'ambiguïté de ses propos sur
le Temple.
Jésus
affirme que Dieu habite le cœur de l'homme,
et ne privilégie pas l'édifice de
pierre. Il compare son propre corps au Temple
et en prédit la destruction.

Le mont des Oliviers
est l'endroit où Jésus, trahi par
l'un des siens, prononce le "Fiat voluntas
tua" (Que ta volonté soit faite),
énoncé dans le "Notre-Père"
De
plus, il a chassé les marchands de l'esplanade
du Temple, perturbant ainsi le rituel des sacrifices,
ce qui ressemble à une provocation. Aussi
la milice du grand prêtre se chargera-t-elle
de son arrestation.
Mais
le véritable catalyseur de toutes les oppositions
est l'accueil royal que reçoit Jésus
à Jérusalem, à la veille
de la pâque. Il avait échappé
à la foule en liesse en se réfugiant
à Éphraïm, mais cette même
foule vient le chercher à Béthanie
et l'escorte à Jérusalem, où
il entre en Messie. Tous attendent une révolution,
mais Jésus continue son enseignement et
retourne à Béthanie. La foule est
désenchantée, l'événement
semble sans lendemain, mais les notables ont peur
: Jésus est désormais considéré
comme un élément subversif qu'il
faut éliminer.

Scènes de
la Passion: en bas, Jésus comparaît
devant le grand prêtre, puis devant Pilate.
En haut, l'apôtre Pierre le renie trois
fois "vant que le coq ait chanté".
(IVe siècle, Musée de la civilisation
romaine, Rome)
On
utilise la déception et la frustration
d'un de ses disciples, Judas.
Condamné
à mort comme blasphémateur par le
Sanhédrin, la plus haute autorité
rabbinique de l'époque, devant lequel il
s'était présenté comme le
fils de Dieu, le prévenu sera conduit au
procurateur romain, Ponce Pilate, afin de ratifier
la sentence, déjà portée
contre lui par une bonne partie de l'opinion juive.
Mais devant le tribunal d'un empire multinational,
plutôt tolérant, l'argument religieux
reste inopérant. Il doit donc être
tourné en accusation politique : Jésus
ayant dit qu'il était le Messie attendu
par le monde juif, n'a-t-il pas avoué qu'il
était le roi d'Israël ? C'est pourquoi
la croix du supplice portait en écriteau
INRI, (Jésus de Nazareth roi d'Israël),
allusion directe à sa condamnation politique.

La Crucifixion.
Détail du polyptyque de l'église
des antonites d'Issenheim, exécuté
vers 1511-1516 par Matthias Grünewald. (Musée
d'Unterlinden, Colmar.)
Pendant le procès de Jésus, Pilate
se lave symboliquement les mains, abandonnant
celui-ci aux Juifs qui veulent sa mort. Le gouvernement
de Ponce Pilate en Judée (26-36) fournit
le repère chronologique le plus précis
sur la vie de Jésus.
C'est
comme « roi des juifs », aspirant
à la royauté et coupable de lèse-majesté,
que Jésus est condamné et exécuté.
Le mode d'exécution est la crucifixion,
utilisée par les Romains pour servir d'exemple
dans les révoltes.

Zoom
image. Soldats dormant devant le sépulcre
et résurrection (Ivoire. Ve siècle,
Musée du château Sforza, Milan)
Comme
tous les condamnés, Jésus transporte
la poutre transversale de la croix jusqu'au lieu
de l'exécution; il porte aussi un écriteau
indiquant en trois langues le motif de sa condamnation.
On l'anesthésie quelque peu avec du vin
avant de le clouer au poteau. Il meurt très
vite et on l'enterre immédiatement.
On est, sans doute, le vendredi 7 avril 30, veille
du sabbat pascal.
De Jésus au Christ
La
religion chrétienne naît trois jours
plus tard, lorsque les disciples découvrent
le tombeau vide, cet événement fonde
leur foi en la résurrection de Jésus,
le « premier-né d'entre les morts
» selon les quatre Évangiles, qu'ils
reconnaissent alors comme le Messie, « l'oint
de Dieu », le Christ.

Déposition
de croix. Peinture à l'huile du Pontormo.
(Église Santa Felicità, Florence.)
Les
apôtres le verront, réunis tous ensemble,
quelques semaines plus tard. Chacun reçoit
de lui la mission de porter son message d'un bout
à l'autre du monde afin de baptiser chaque
nation. Il fait de l'apôtre Pierre l'assise
fondatrice de l'Église à naître
: « Et moi, je te dis que tu es Pierre et
sur cette Pierre je bâtirai mon église...
» (Matthieu 16:3-19).

L'Ascension. 40
jours après la résurrection de Pâques,
Jésus, caché par une nuée,
s'élève dans le ciel (IXe siècle,
Bibliothèque nationale, Paris)
Si les premiers disciples pratiquent encore la
religion d'Abraham et de Moïse tout en observant
les nouveaux rites, il n'en est plus de même
après la Résurrection. Désormais,
être chrétien, c'est croire que Jésus,
Fils de Dieu fait homme, est venu sur terre, qu'il
est mort sur la croix et qu'il est ressuscité
pour le salut des hommes. Si l'eucharistie scelle
la nouvelle alliance par le sang du Christ, le
baptême marque l'entrée dans la communauté
de l'Église.
V.B
(11.08.2006)
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