Les premières années
Fils d’un paysan aisé, Mao Zedong
doit se rebeller contre l’autorité
paternelle pour continuer ses études. Il
grandit dans une Chine humiliée d’avoir
dû accorder aux puissances occidentales
des concessions qui jouissent d’énormes
avantages, les empereurs s’avérant
incapables de faire respecter l’indépendance
nationale du pays ni de moderniser celui-ci.
Lorsque, en 1911, la révolution du Guomindang
de Sun Yat-sen met fin à la monarchie et
proclame la république, Mao est, comme
de très nombreux jeunes gens de son âge,
gagné par l’enthousiasme, et il s’engage
durant six mois dans l’armée révolutionnaire.
Il revient ensuite à Changsha, capitale
du Hunan, poursuivre ses études primaires
supérieures jusqu’en 1918.
Nourri de culture chinoise traditionnelle et
de culture occidentale, Mao est un admirateur
des grands empereurs chinois chefs de guerre.
En 1917, dans la revue Nouvelle Jeunesse de Chen
Duxiu, il publie son premier article, sur l’éducation
physique nécessaire au peuple chinois pour
se libérer de la tutelle impérialiste.
La même année, le voici à
la tête de la Société d’étude
du nouveau peuple constituée dans le Hunan
parmi les étudiants radicaux.

Mao Zedong
À l’automne 1918, Mao devient aide-bibliothécaire
à l’université de Pékin.
Le jeune Mao subit l’influence de Chen et
de Li, qui, après avoir dirigé le
Mouvement du 4 mai, accueillent avec enthousiasme
la révolution d’Octobre. C’est
à Chen que Mao devra sa conversion au marxisme
en 1920.
La Chine, un moment unifiée par la république
présidée par Yuan Shikai (1912-1916),
est entrée depuis dans une longue période
de confusion politique : dans les provinces, les
généraux (seigneurs de la guerre)
accèdent au pouvoir tandis que Sun Yat-sen
prend en 1917 à Canton la tête d’un
gouvernement républicain. Cette période
d’affrontements internes et de morcellement
politique durera en fait jusqu’en 1949.
Mao Zedong et Lin
Biao en 1966
Mao, qui a participé au Mouvement du 4
mai à Changsha ou il est revenu s’établir,
fonde une section des Jeunesses socialistes. Il
publie son premier article marxiste en novembre
1920. Il est alors directeur d’école
primaire puis gérant d’une librairie.
En juillet 1921, il est un des douze délégués
qui créent à Shanghai le parti communiste
chinois (P.C.C.), dont Chen devient le premier
secrétaire général.
Du Ier Congrès du P.C.C.
à 1927
Nommé responsable pour le Hunan du secrétariat
au travail, Mao organise des syndicats ouvriers.
Il approuve la politique d’alliance avec
le Guomindang de Sun Yat-sen pratiquée
par le P.C.C. sur les conseils de l’Internationale
communiste.
En 1923-1924, le voici responsable de l’organisation
du P.C.C. mais aussi membre du bureau de Shanghai
du Guomindang. Cette stratégie permet au
P.C.C. d’élargir son influence. C’est
dans son village natal du Hunan, témoin
des fortes réactions populaires qui se
produisent à la suite des incidents des
30 mai et 23 juin 1925 au cours desquels la police
anglaise de Canton a tiré sur la foule,
que Mao prend conscience du rôle révolutionnaire
de la paysannerie. La mort de Sun Yat-sen en mars
1925 divise le Guomindang. L’aile droite,
avec Jiang Jieshi (Tchang Kaï-chek), l’emporte
et fait aussitôt la chasse aux éléments
de gauche, et en particulier aux communistes (fusillades
de Shanghai en avril 1927). Les communistes se
replient alors dans les campagnes. Mao est chargé
d’organiser le parti sur une base militaire
dans son Hunan natal.
De 1927 à la Longue
Marche
En septembre 1927, Mao conduit ses troupes dans
les montagnes du Hunan puis du Jiangxi. En avril
1928, son armée reçoit le renfort
de celle d’un autre dirigeant du P.C.C.,
Zhu De, puis, en novembre, de l’armée
de Peng Dehuai.
Jusqu’en 1934, le Jiangxi est administré
par les communistes : c’est la République
soviétique du Jiangxi, dont Mao est le
président depuis novembre 1931.
Grâce à l’appui que leur apportent
les paysans, les communistes étendent leur
influence à un point tel que, durant l’été
1930, la direction du P.C.C. dont le nouveau secrétaire
général est Li Lisan, ordonne à
l’armée du Jiangxi de sortir de ses
bases et de lancer une offensive contre les grandes
villes tenues par le Guomindang. C’est l’échec
; Mao propose le repli sur le Jiangxi tandis que
Li Lisan est écarté. Mais le P.C.C.
ne passe pas pour autant sous le contrôle
de Mao mais sous celui de Wang Ming et des «
vingt-huit bolcheviques » ainsi appelés
par Mao parce qu’ils avaient pour la plupart
étudié en U.R.S.S.
Mao, critiqué pour ses conceptions militaires
en faveur de la guérilla, doit s’incliner.
Désormais, l’armée communiste
doit privilégier les batailles rangées
et c’est de cette façon qu’elle
repousse à quatre reprises, entre 1930
et 1934, les attaques que lance le Guomindang.
Mais cette stratégie montre ses limites
en 1934 lors de la cinquième offensive,
à l’issue de laquelle l’armée
communiste n’évite l’encerclement
total que par une percée qui lui fait abandonner
le Jiangxi.
Ainsi commence la Longue Marche qui conduit au
bout d’un an, en octobre 1935, les 30 000
survivants dans le Shanxi. Là, l’armée
du Jiangxi est grossie d’autres contingents
communistes. Au cours de cette retraite, Mao a
pu faire adopter ses méthodes militaires
et a beaucoup gagné en autorité
dans le parti. En janvier 1935, il devient le
chef du parti.
De la Longue Marche à
la victoire communiste (1949)
À partir d’octobre 1935, Mao installe
sa capitale à Yanaan dans le Shaanxi. De
là, il proclame que l’ennemi principal
du P.C.C. est l’envahisseur japonais installé
en Mandchourie depuis septembre 1931 et offre
son alliance au Guomindang, qui finit par accepter
en septembre 1937.
À plus de 40 ans, Mao est maintenant un
dirigeant éprouvé. En avril-juin
1945, le VIIe congrès du P.C.C. l’élit
président du Comité central et proclame
que le parti est désormais guidé
par la « pensée de Mao Zedong ».
Mai 1949, lors
du conflit contre Chiang Kai-shek, Mao Zedong
passe ses troupes en revue
Le P.C.C. gagne la guerre civile qui l’oppose
de 1946 à 1949 au Guomindang, pourtant
aidé par les Américains.
Le P.C.C. de Mao réussit à incarner
aux yeux des Chinois tout à la fois l’indépendance
nationale, les espoirs de révolution sociale
et l’honnêteté face à
la corruption des nationalistes.
En septembre 1949, dans Pékin conquise,
Mao réunit une conférence politique
consultative qui désigne un gouvernement
de coalition sous sa présidence. Il proclame
le 1er octobre 1949 la République populaire
de Chine.

En octobre 1949,
lors de la proclamation de la République
populaire de Chine, Mao fait un discours du haut
de la porte de la Paix céleste sur la place
Tienanmen :"Que le Monde tremble !"
Mao concentre entre ses mains trois présidences
essentielles : celle du parti, celle de la République
et celle du conseil militaire révolutionnaire.
Le maoïsme
Le maoïsme est une conception particulière
du marxisme ou la paysannerie se voit dotée
d’un potentiel révolutionnaire supérieur
à celui de la classe ouvrière, ou
l’armée a un rôle particulier
à jouer en temps de paix, ou la grandeur
de la Chine est un objectif essentiel, ou le moralisme
et le volontarisme doivent permettre l’avènement
d’une société égalitaire.
L’homme qui est maintenant à la
tête d’un pays de 600 millions d’habitants
a conservé les goûts simples d’un
paysan, s’exprimant dans le dialecte du
Hunan. Il vit en reclus dans ses diverses résidences
de Pékin, Beidaihe, Wuhan, Hangzhou, lit
beaucoup et voyage souvent dans le pays.

En 1950, la Chine
intervient en Corée. Les troupes américaines
se replient devant l'offensive des troupes chinoises
S’il reçoit occasionnellement les
dirigeants du parti et de l’État,
dont Zhou Enlai, le Premier ministre, il communique
en général avec eux par notes écrites.
Ce comportement en fait un personnage à
part, dont le prestige est immense, mais, l’éloignant
de la pratique quotidienne du pouvoir ce qui contribuera
à l’isoler.
Dans tous les domaines, c’est
lui qui donne le ton. Il s’agit d’abord,
de 1949 à 1953, de reconstruire la Chine
:
Reconstruction politique par l’élimination,
y compris physique, des contre-révolutionnaires,
par la reprise en main des intellectuels et par
une plus grande discipline dans le parti
Reconstruction économique par la réforme
agraire et par le développement de la production
industrielle
Reconstruction sociale par un grand effort fait
pour l’instruction et par la reconnaissance
de l’égalité entre les hommes
et les femmes
Reconstruction de la politique extérieure
par le traité d’alliance et d’amitié
signé avec l’U.R.S.S. en février
1950 et par l’aide en armes apportée
aux communistes vietnamiens et en soldats aux
communistes coréens

Février
1950, au Kremlin, un accord est signé entre
Staline et Mao. Ils ratifient un pacte d'assistance
et d'amitié entre les deux pays
De 1953 à 1956, le développement
économique se fait sur le modèle
soviétique : adoption du premier plan quinquennal,
collectivisation des terres par regroupement de
plus en plus autoritaire dans des coopératives.
En quelques années, la Chine accroît
sa production dans des proportions importantes,
bénéficiant d’une aide soviétique.

En 1966, les enfants
étudient tous le Petit Livre rouge (Photo
© Paris Match)
L’année 1956 marque un tournant
dans la vie de Mao comme dans le destin de la
Chine populaire. En février, le XXe Congrès
du parti communiste de l’Union soviétique
condamne le culte de la personnalité de
Staline. Craignant que cette attitude n’ouvre
la voie à des attaques contre sa propre
personne, qui est incontestablement alors l’objet
d’un culte du même type, Mao désapprouve
le rapport de Nikita Khrouchtchev.
Mais le VIIIe Congrès du P.C.C., en septembre
1956, confirme les pires craintes de Mao. Le numéro
deux du parti, Liu Shaoqi, et celui qui devient
alors secrétaire général,
Deng Xiaoping, attaquent le culte de la personnalité,
font l’éloge de la direction collective.
Plus grave, le Congrès fait disparaître
des textes du parti toute référence
à la pensée de Mao. Certes, ce dernier
conserve toutes ses fonctions, mais il est clair
que le Congrès s’est fait contre
lui.
Toutes les initiatives politiques qu’il
prendra de 1957 à 1966 seront autant d’efforts
pour contrecarrer la ligne établie par
le VIIIe Congrès en court-circuitant au
besoin les instances dirigeantes du P.C.C.
Le Grand Bond en avant
En février 1957, Mao reprend l’initiative
par un discours attaquant la bureaucratie communiste
et demandant aux intellectuels comme aux membres
des partis alliés de critiquer le P.C.C.
(« Que cent fleurs s’épanouissent,
que cent écoles rivalisent »).
Pour la première fois depuis 1949, Mao
met en cause un parti dont il est le président.
Après quelques hésitations, les
critiques fusent de toute part contre le P.C.C.
mais aussi contre Mao lui-même.
Mao fait alors bloc avec le parti et prend la
tête d’une campagne contre les «
droitistes » : près d’un demi-million
de personnes se retrouvent dans des camps de rééducation.
En mai 1958, le moment est venu pour Mao de lancer
le Grand Bond en avant. Il s’agit, en réalisant
une mobilisation sans précédent
des masses, d’accélérer la
rupture avec les traditions réactionnaires
de la Chine ancestrale et de rattraper économiquement
la Grande-Bretagne en quinze ans.
Tandis que le travail manuel est exalté,
que des milliers de fonctionnaires du parti sont
envoyés aux champs, de grands chantiers
s’élèvent un peu partout et
des communes populaires sont créées.
De grand journaux
muraux, les dazibaos, répercutent vers
le peuple les slogans de la révolution
(Photo © P.Koch-Rapho)
C’est dans ce contexte qu’apparaît
en mai 1958 le concept de « révolution
permanente » ou « révolution
ininterrompue ».
Dès la fin de 1958, le Grand Bond en avant
apparaît comme un énorme gâchis
: les récoltes pourrissent dans les champs
; pour fabriquer un acier inutilisable on a fondu
des outils agricoles et des ustensiles ménagers
dont on manque cruellement ; la disette se répand
partout.
Il est difficile d’évaluer le coût
humain du Grand Bond en avant, on parle aujourd’hui
de millions de morts.
C’est à ce moment que Mao démissionne
de la présidence de la République
; retrait volontaire ou injonction du parti ?
On ne sait. Il est remplacé en avril 1959
par Liu Shaoqi, dont les vues plus modérées
sont connues.

Mandchourie, 2
mars 1969. Les incidents frontaliers se multiplient
entre la Chine et l'URSS. Les soldats soviétiques
guettent au-dessus de l'Oussouri
C’est justement durant cette
période que se distendent les liens entre
la Chine et l’U.R.S.S. qui vient, en juin,
de dénoncer l’accord sino-soviétique
d’octobre 1957 prévoyant la fourniture
des secrets de l’arme atomique à
la Chine.
La rupture intervient en 1960. Ce n’est
qu’en janvier 1962, devant que Mao reconnaît
l’échec du Grand Bond en avant.
La Révolution culturelle
Consultez le dossier sur la
Révolution culturelle de 1966 à
1969
L’après-Mao
Les dernières années de Mao sont
dominées par la maladie, aggravée
par un genre de vie sédentaire et le refus
de se faire soigner. Au Xe Congrès du P.C.C.,
en août 1973, autour de sa personne apparaissent
deux groupes distincts : celui des jeunes radicaux
dogmatistes avec Jiang Qing (la Bande des Quatre)
et celui des vétérans empiristes
du parti avec Zhou Enlai et Deng Xiaoping, revenu
au premier plan.

Février
1972, Nixon rencontre Mao
Mao apporte d’abord son soutien au groupe
de Zhou, et Deng est promu vice-président
du P.C.C. et premier des vice-Premiers ministres
après Zhou.
Puis, tandis que sa santé se détériore,
Mao passe en 1975 sous l’influence de son
neveu Mao Yuanxin, proche de Jiang Qing.
Après la mort de Zhou Enlai, le 8 janvier
1976, les attributions de Deng lui sont retirées
et Mao fait de Hua Guofeng à la fois le
Premier ministre et le premier vice-président
du P.C.C.
La lutte couve entre le groupe de Hua et la Bande
des Quatre lorsque, le 9 septembre 1976, Mao meurt.

9 septembre 1976,
Mao Zedong est mort
L’arrestation peu après de la Bande
des Quatre, le retour de Deng en 1977 marquent
la fin de la période inaugurée par
Mao depuis 1958 et préparent l’ouverture
future de la Chine à une économie
de marché contrôlée.
Dans ce contexte nouveau, le rôle de Mao
fait l’objet d’une réévaluation
critique (en 1979, le Grand Bond en avant est
qualifié de « Grand Bond en arrière
»), mais le nom du fondateur de la République
populaire demeure toujours une référence
en Chine.
V.B (30.04.2006)
Bibliographie principale
Encyclopédie Larousse 2005
Dossiers complémentaires
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