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Origines du chien

Des origines aux premières expositions canines

Cela fait bien longtemps que le chien ne se conduit plus en prédateur sauvage. Animal domestique par excellence, le chien a suivi l’homme dans toutes ses conquêtes. Il est établi que l’ancêtre du chien est le loup gris. Cependant, l’origine de la domestication du chien ainsi que son apparition restent encore mystérieuses sur bien des aspects.

 

 

La domestication du loup

Il est communément admis que c’est au Paléolithique que la cohabitation entre l’homme et le loup a débuté.
Nos ancêtres chasseurs-cueilleurs ont très probablement entretenu les premières relations par le biais de la chasse.
Des bébés loups ont certainement été rapportés dans des campements puis apprivoisés pour en faire des auxiliaires de chasse mais également des gardiens, susceptibles de prévenir de l’approche des prédateurs.

Bébé loup

Louveteau. © dinosoria.com

Des peintures rupestres montrent des canidés participant à des chasses en compagnie des hommes.

Cette première domestication s’est effectuée il y a entre 12 000 et 14 000 ans avant notre ère, soit à la fin du Paléolithique.

Au Néolithique avec l’apparition de l’agriculture et de l’élevage, l’ancêtre du chien devient également un gardien de troupeaux.

Loup

Le loup gris est l'ancêtre du chien. © dinosoria.com

Plusieurs découvertes d’ossements fossilisés de loup,  datés de la fin du Paléolithique, ont été effectuées au Moyen –Orient et dans le sud-est asiatique.

Des ossements de loups sur des sites d’occupation humaine, datés d’environ  - 700 000 ans, ont été mis au jour en Europe.
Le loup et l’homme vivaient sur le même territoire et chassaient les mêmes proies.

Machoires de loup

Mâchoires d'un loup. © dinosoria.com

En Ukraine, un site daté de – 20 000 ans environ, contient d’importants ossements de loups. Nos ancêtres devaient utiliser leur fourrure pour se vêtir.

L’apparition du chien

D’après de très récentes études génétiques, le foyer des origines du chien ne se situerait peut-être pas en Asie.
Le professeur Adam Boyko de l’université Cornell et son équipe ont comparé les ADN de 318 chiens de sept localités africaines.
La diversité génétique est aussi importante qu’en Asie. Le chien pourrait donc être apparu aussi bien en Asie qu’en Afrique.

Chien. Dogue allemand

Entre ce dogue allemand ... Licence

D’autres études, effectuées à Los Angeles, par des chercheurs de l’université de Californie, viennent encore jeter un peu plus le trouble sur l’apparition du chien.
En effet, ces chercheurs ont étudié les similitudes relevées entre les séquences ADN du loup gris et celles de plusieurs variétés de chiens.
Parmi tous les types de chiens étudiés, ils se sont retrouvés avec une multitude de séquences très différentes les unes des autres.

Chien. Yorkhire

Et ce Yorkshire, difficile d'imaginer un ancêtre commun. Licence

Ils en ont déduit que beaucoup plus de temps s’était écoulé depuis la première domestication du loup et l’apparition du chien.
Il est donc fort probable que le loup a été domestiqué à une date bien antérieure à celle acceptée communément, peut-être, d’après ces chercheurs, il y a au moins 100 000 ans avant notre ère.

Pour le moment, nous ne savons toujours pas à quelle période exacte, le loup est devenu chien.

Loups

Loups photographiés à Yellowstone. © dinosoria.com

Si nous ignorons à quelle date précise le loup est devenu chien, nous savons par contre que c’est la sélection humaine qui a modifié l’aspect physique de l’animal.
Ces premiers chiens domestiqués devaient beaucoup ressembler au loup. Le dingo sauvage d’Australie nous donne un petit aperçu de l’aspect physique des premiers chiens.

Au fil des millénaires, en croisant telle variété avec telle autre, nous avons abouti à une explosion de physiques très différents.

Mini-chien et maxi-molosse

Bien avant que nous fixions par écrit les critères de chaque race, la distinction entre chiens s’effectuait par la taille.
On parlait simplement de petits ou de grands chiens.

Happa. Chien chinois

Illustration d'un happa, petit chien chinois, sur un ancien manuscrit. Licence

Les grands chiens étaient utilisés à l’extérieur pour différents labeurs tandis que les petits servaient à chasser les rongeurs.

Cependant, dans l’Egypte antique, le chien était déjà considéré comme un animal de compagnie. D’après les inscriptions découvertes sur de nombreuses tombes, on leur donnait déjà de petits noms, identiques à ceux que l’on donne aujourd’hui à nos compagnons.

Dans la Rome antique, le molosse dressé au combat et ancêtre du mastiff, est également utilisé comme chien de garde.

Molosse sous l'Empire romain

Illustration d'un molosse au combat sous l'Empire romain. Licence

A Pompéi, on utilisait déjà la fameuse mise en garde « Attention au chien » sur la porte des demeures. L’inscription latine était « Cave canem ».

Pompei. Inscription Attention au chien

Inscription de mise en garde sur l'une des demeures de Pompéi. © dinosoria.com

En l’an 1000 avant notre ère, en Chine, la mode des mini-chiens fait son apparition. La cour impériale s’entiche du happa, un petit chien trapu au nez écrasé.
En le croisant avec le maltais, il donnera naissance au pékinois.

Chien. Happa

Happa. Crédit: Sarah Hartwell

Les Chinois ont bridé la croissance de ce croisement en enfermant les chiots dans de minuscules cages et en leur écrasant le museau avec un bâton en bois.
C’est le produit de ce croisement qui donnera l’impulsion  pour l’élevage des petits chiens de race.

Premières distinctions entre les races

Au 12e siècle, les cours royales d’Europe, opèrent une première distinction entre les races en décrétant que seuls la cour royale a le droit de détenir pour ses chasses des mastiffs et des lévriers, les deux grandes variétés de l’époque.

Si on possédait un mastiff ou un lévrier sans faire partie de la cour, une dérogation pouvait être fournie. Mais, il fallait couper  trois griffes afin que les chiens ne puissent pas blesser les cervidés réservés aux chasses royales.

Peinture des enfants de Charles I

Enfants de Charles Ier en compagnie de leurs chiens. Peinture de A. van Dyck. Enfants de Charles I. 1635. Licence

C’est ainsi que l’on commence à distinguer le chien de race du bâtard.

Cette distinction qui a perduré jusqu’au début du 20e siècle allait de paire avec la classe sociale.

Noblesse et aristocratie sélectionnaient eux-mêmes les races. Les chiens étaient destinés à la chasse mais également pour être des animaux de compagnie.
Les paysans puis, plus tard, les ouvriers dressaient leurs chiens pour le travail.

Les différentes cours royales d’Europe possèdent de nombreux chiens et les anecdotes sur des comportements excentriques des souverains ne manquent pas.

Peinture de Van Dyck

Enfants de Charles I et leur dogue de combat. Peinture de A. van Dyck.1637. Licence

Henri VII a fait condamner à mort par pendaison un de ses molosses qui a voulu s’attaquer à un des lions de la ménagerie royale. Le pauvre chien a été condamné à mort pour crime de lèse-majesté.

Henri VIII a fait décapiter sa seconde épouse Anne Boleyn en 1536 et ordonne le même jour que l’on décapite également Urian, le chien préféré de l’ancienne reine.

Gaston III dit Fébus ou Phébus, Phœbus, (1331 -1391), comte de Foix a dicté un livre à un copiste de 1387 à 1389 intitulé le « Livre de chasse » qui est resté un ouvrage de référence sur les techniques de chasse, les chiens de chasse et le gibier jusqu’au 19e siècle.

Phoebus. Livre de Chasse

Illustration du Livre de Chasse de Gaston Phébus. 15e siècle. Paris, BnF, Département des manuscrits. Licence

En 1576, dans son traité  de « chiens anglais », le médecin Johannes Caius recense par écrit les différentes catégories de chiens. Il les classe en fonction de la tâche qu’on leur confie :

  • Chiens affectés à la chasse
  • Chiens affectés au service en cuisine
  • Chiens dénicheurs de proies dans les terriers
  • Chiens de garde
  • Chiens de combat

Phoebus. Livre de Chasse

Illustration du Livre de Chasse de Gaston Phébus. 15e siècle. Paris, BnF, Département des manuscrits. Licence

Au cours des 16e et 17e siècles, navigateurs, colons et soldats européens traversèrent les océans en emmenant leurs chiens. Ils ramenèrent de leurs périples de nouvelles variétés qui ont accéléré l’hybridation de l’espèce canine.

Chiens de travail

La révolution industrielle en Europe et en Amérique du Nord au 19e siècle a été directement responsable de ce que l’on peut appeler une classe ouvrière de chiens.

Chien de travail. 1900

Chien de travail. Belgique. Entre 1890 et 1900. Crédit: Library of Congress

Beaucoup de paysans sont attirés par la ville, à la recherche de travail. Les chiens deviennent de véritables outils.
Autant dire que tous ces animaux ont eu une existence empreinte de souffrance. Certains sont dressés pour tourner inlassablement les roues qui actionnent les broches des rôtissoires ou les pompes à eau.
D’autres servent à tracter des charrettes qui livrent le lait. De nombreux chiens sont utilisés comme commissionnaires pour transporter des seaux ou tout autre objet.

Chien de travail

Chiens utilisés pour la roue d'une pompe à eau. Crédit: Library of Congress

Tous ne sont pas maltraités. Par exemple, les premiers chiens sauveteurs font leur apparition à Paris à la fin du 19e siècle. C’est une idée du préfet de police Louis Lépine qui souhaite trouver une solution à l’alarmante augmentation du nombre de suicides par noyade dans la Seine. L’équipe de chiens sauveteurs est composée de 7 terre-neuve. Ces chiens sont réputés pour leurs qualités de nageurs.
Ils sont rapidement devenus la coqueluche des Parisiens.

Attelage de chiens

Attelage de chiens. Canada vers 1925. (Vintage real photo postcard). By postaletrice

Toujours au 19e siècle, les chiens sont utilisés pour les combats. En France, les bouchers parisiens sont célèbres pour leur élevage de chiens de combat. Des bouledogues ou des dogues de Bordeaux sont dressés pour combattre des ours, d’autres chiens voire de malheureux ânes.
Certains de ces gladiateurs canins, particulièrement féroces, sont devenus célèbres et leurs exploits ont été vantés dans les journaux de l’époque.

Les premières expositions canines

C’est au début du 19e siècle qu’émerge en Europe et aux Etats-Unis la classe moyenne qui est typiquement urbaine.
Cette classe est friande du chien dit « animal de compagnie ». Ce dernier est déjà choyé par l'Aristocratie.

Chien de compagnie en 1910

Photo prise entre 1910 et 1915. Crédit: Library of Congress

En parallèle, les paysans qui arrivent en ville pour trouver du travail sont accompagnés de leurs chiens. Ces grands chiens, jusque là habitués à la vie en plein air, se retrouvent confinés dans des appartements exigus.

Peu à peu, on décide de ne plus définir les chiens en fonction des tâches qu’ils effectuent mais plutôt sur leurs caractéristiques physiques.

C’est  partir de la moitié du 19e siècle que les éleveurs et les vendeurs organisent les premières expositions. Ils y font admirer les nouvelles variétés issues de sélections.

Ancienne exposition canine

Illustration d'une exposition canine du 19e siècle. Licence

En 1859, apparaît aux Etats-Unis et en Europe, les premières grandes expositions canines officielles mais également les premiers standards.

Les premiers chenils d’élevage voient le jour. Un inventaire précis des caractéristiques physiques de chaque variété est mentionné par écrit.

En 1873 est fondée la fondation du Kennel Club britannique, en 1884, l’American Kennel Club et en 1888, le Canadian Kennel Club.
Ces associations sont consacrées à la promotion et à la sauvegarde des races. Les chiens sont inscrits sur des registres. On y mentionne la race mais également toute la lignée reproductrice.

Exposition canine du 19 siecle

Exposition canine du 19e siècle. Crédit: Library of Congress

Depuis, l’engouement du public pour les chiens de race ne s’est jamais éteint. Au 21e siècle, il nous restera encore à éradiquer la maltraitance  et l’augmentation inquiétante du phénomène animal/objet.

Suivant les termes des articles 524 et 528 du code civil, le régime juridique actuel de l’animal l’assimile à un bien meuble. Ce régime juridique a fait l’objet de plusieurs demandes de modifications, restées à ce jour  sans suite.

Tant que notre code juridique considérera l’animal comme un meuble, les échanges mercantiles, les trafics et les usines à chien auront tout loisir de s’épanouir.

Mais, sans une réelle volonté des pouvoirs publics, il ne faut pas espérer voir disparaître ce marché très lucratif dans lequel le bien-être animal ne tient aucune place.

V. Battaglia (15.10.2009)

Animal objet: Transport, guerre et combats . La domestication des animaux

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