La
Chauve-souris est à la base d’une
abondante littérature fantastique. Ce vampire
assoiffé de sang est surtout très
méconnu.
Sur près de 1 000 espèces de chauves-souris,
seules trois espèces se nourrissent exclusivement de
sang.
Loin d’être un monstre, la chauve-souris
est avant tout une exception dans le monde des
mammifères puisqu’elle est la seule
à savoir voler.
Evolution de la chauve-souris
L’apparition
et l’évolution des chauves-souris
restent encore un mystère.
Les fossiles les plus anciens datent de l’éocène.
On a retrouvé un spécimen très
bien conservé qui vivait il y a 45 millions
d’années. Il possède toutes
les adaptations modernes du groupe actuel.
Icaronycteris index, daté de 55 millions
d’années, possède, lui, plusieurs
caractères des deux sous-ordres.
Fossile daté
de 45 millions d'années
Les
chauves-souris possèdent certains caractères
en commun avec les primates, les lémuriens
volants et les musaraignes arboricoles. Elles
forment avec eux le groupe des archonta.
L'ignorance mène aux préjugés
Il
est bon de rétablir la vérité
et de mettre un terme à l'image totalement
fausse que nous avons sur cet animal.
Tout
d'abord, la chauve-souris n'est pas aveugle comme
on le prétend trop souvent. Vous verrez
d'ailleurs que son système d'écholocation
est aussi perfectionné que celui du dauphin.
La
chauve-souris n'est pas un oiseau et n'a pas de
plumes. C'est un mammifère à sang
chaud recouvert de poils. Son fin duvet est d'ailleurs
très doux au toucher.
La
chauve-souris n'est pas agressive vis à
vis de l'homme. Elle ne s'accroche pas aux cheveux
ou tout autre niaiserie du même genre. Elle
est parfaitement inoffensive.
La
chauve-souris n'est pas un vampire assoifé
de sang et de chair fraîche. 60% des chauves-souris
sont insectivores. Dans les 40% restant, la majorité
est frugivore. Certaines se nourrissent de poissons.
En fait, il n'existe que 3 espèces qui
se nourrissent de sang.
Noctilia
leporinus est également appelée
chauve-souris pêcheuse ou chauve-souris
bouledogue. Licence
L’ordre des chiroptères
La
grande famille des chauves-souris compte 932 espèces
dont 31 en Europe. Les chauves-souris, ou chiroptères,
regroupent 19 familles aux comportements très
différents. On rassemble dans cet ordre
très riche deux groupes: les Mégachiroptères
173 espèces) et les Microchiroptères
(759 espèces).
Voici les principaux représentants de chaque
sous-ordre.
Ce
sous-ordre regroupe les chauves-souris frugivores.
Il est constitué d’une seule famille,
les Ptéropodidés.
L’Hypsignathe (hypsignathus monstrosus)
Cette
espèce africaine possède un museau
énorme que l’on peut comparer à
celui de l’hippopotame. Cette chauve-souris
se nourrit du jus des fruits. Elle vit dans les
forêts tropicales.
Nyctimène Géant (Nyctimene
major)
Malgré
ce nom évocateur, le nyctimène ne
mesure que 30 cm, ailes déployées.
On peut le différencier grâce à
ses narines en forme de rouleau.
Les rousssettes font partie du
sous-ordre des Mégachiroptères.
Les mégachiroptères sont des chauves-souris
végétariennes.
Les roussettes mangent toutes des fruits, bien
que fleurs, bourgeons et nectar soient aussi appréciés.
Les roussettes effectuent des vols stationnaires,
cueillant des petits fruits qu'elles transportent
dans leur bouche pour aller les consommer dans
des sites d'alimentation proches. Elles mangent
sur place les plus gros, en se perchant sur le
fruit ou tout à côté. Elles
peuvent causer des dégâts importants
dans les vergers.
Les roussettes
d'Australie (Pteropus conspicilatus) ont colonisé
les branches des arbres. Licence
Les
roussettes jouent un rôle primordial dans
la préservation des forêts et des
savanes boisées. Certains arbres ne peuvent
compter que sur elles pour leur pollinisation,
d'autres en dépendent pour disséminer
leurs graines.
Elles
doivent consommer de grosses quantités
de fruits pour satisfaire leurs besoins en protéines.
La digestion est très rapide, souvent moins
d'une heure ; les déjections sont rejetées
durant le vol, disséminant les graines
qui n'ont pas été digérées.
Les
roussettes sont en général plus
grandes que les chauves-souris insectivores. Avec
une envergure de 1,8 m. Le renard volant d'Afrique
tropicale est le plus grand de la famille.
En
général, les roussettes ne peuvent
s'orienter par écholocation. Elles ont
de grands yeux pour se diriger la nuit. La roussette
d'Égypte, cavernicole, fait exception,
avec un système rudimentaire d'écholocation.
Elles ont une denture simple, sont dépourvues
de queue, ou celle-ci est rudimentaire.
Les
femelles donnent naissance à un petit par
saison. La mère transporte le jeune durant
ses sorties nocturnes : il reste fixé à
sa mère en s'agrippant à une mamelle
avec sa bouche et à sa fourrure avec ses
pattes arrière.
Roussette Géante (Pteropus giganteus)
La
roussette géante vit à proximité
des arbres fruitiers dans le sud-est de l’Asie.
Elle peut dépasser 1,50 m d’envergure.
C’est l’une des plus grandes chauves-souris.
Cette
espèce, connue du Cap au Caire, a été
décrite pour la première fois à
partir de spécimens découverts dans
la grande pyramide de Gizeh, en Egypte.
Présente dans la plus grande partie de
l’Afrique, elle vit dans les régions
forestières ou boisées.
Un adulte atteint 15 cm de long, une envergure
de 60 cm pour un poids de 130 à 170 grammes.
Cette
roussette aime les vastes grottes. Chaque nuit,
elles partent à la recherche de fruits,
couvrant des distances considérables.
La femelle met au monde un seul petit par an.
Les Microchiroptères
Ce
sous-ordre regroupe les 18 autres familles. Parmi
elles, on peut citer :
Les Mégadermatidés ( Megadermatidae
): les faux vampires
Parmi
les faux vampires, on trouve le Nez en cœur
(Cardroderma cor). Cette espèce vit en
Afrique. On a longtemps cru qu’elle se nourrissait
de sang. En réalité, ce prétendu
vampire de 30 cm est surtout un insectivore.
Il lui arrive cependant de compléter son
repas avec de petits rongeurs et des lézards.
Les rhinolophidés (Rhinolophidae)
: les fers à cheval
Le
grand fer à cheval (rhinolophus ferrumequinum) est très répandu, surtout en Europe
et en Asie. Il mesure 35 cm d’envergure.
Contrairement à la plupart de ses congénères,
il n’est pas particulièrement habile
en plein vol. De ce fait, il préfère
chasser les insectes qui se déplacent sur
le sol.
Les rhinopomatidés (Rhinopomatidae)
: les rhinopômes
Cette
famille de chauves-souris est parfois baptisée
« chauves-souris à queue de rat ».
Les individus ont une envergure de 20 à
25 cm. Ces chauves-souris vivent en colonie dans
les régions arides du Proche-Orient.
Les phyllostomatidés ( Phyllostomidae
): les fers de lance
Originaire
d’Amérique latine, la chauve souris
javelot (vampyrum spectrum) peut facilement atteindre
1 mètre. Elle vit dans les forêts
et s’attaque aux petits oiseaux et mammifères.
De
la même famille, le vampire des fleurs (phyllonycteris
poeyi), commun à Cuba, se délecte
du nectar des fruits.
Sous-famille des Desmodontinae: les Vampires
Les vrais vampires sont peu nombreux. On n’en
compte que trois espèces.
Les Vespertilionidés ( Vespertilionidae
): les vespertilions
L’oreillard
commun (plecotus auritus) fait partie
de cette grande famille qui regroupe plus de 300
espèces.
L’oreillard commun se caractérise
par deux oreilles démesurées. Il
est surtout insectivore et vit en Europe de l’Ouest
jusqu’en Chine. On le reconnaît à
ses oreilles géantes. Il est commun en
Europe et en France. Il fait fonctionner son sonar
en émettant des cris par le nez.
Le
murin (Myotis lucifugus) est une espèce
très courante de murins nocturne. Les murins
peuvent se regrouper en colonies de plusieurs
milliers d'individus dans des lieux chauds tels
les greniers ou les grottes. En hiver, ils migrensur
des distances de près de 500 km pour trouver
un endroit où la température reste
juste au-dessus de 0.
La
pipistrelle (pipistrellus pipistrellus) est la chauve-souris la plus commune en Europe.
Elle mesure 20 cm d’envergure et est insectivore.
Les nurseries atteignent 600 individus. En hivers,
les colonies en hibernation regroupent jusqu’à
2 000 pipistrelles.
Les emballonuridés (Emballonuridae):
les emballonures
Le
taphien des tombeaux (Taphozus perforatus): le premier spécimen a été
trouvé dans un tombeau royal, en Egypte.
On trouve cette espèce le long de la vallée
du Nil et à travers l’Afrique équatoriale.
Le
taphien de Maurice ou chauve-souris des tombeaux
(Thaphozus mauritianus): il vit en petits
groupes et réside notamment dans les rochers
ou les arbres.
Molosse de Midas (Mops midas): le plus grand molosse d’Afrique australe
mesure 14 cm. Cette chauve-souris est grégaire
et vit en colonies de quelques douzaines, parfois
plusieurs centaines d’individus.
Elles restent fidèles à un gîte
qu’elles occupent toute l’année.
Molosse
pâle (Chaerephon chapini): on reconnaît
cette espèce à sa coloration pâle
et surtout à la touffe exceptionnellement
longue de poils blancs sur le cou et au sommet
de la tête.
C’est une espèce africaine.
Petit
molosse (Tadarida pumila): Le petit molosse
est l'une des espèces les plus communes
en Afrique australe. Les colonies de petits molosses
trouvent refuge dans les toits des bâtiments.
Ce sont des locataires bruyants et présents
toute l'année.
Des mammifères volants très
sophistiqués
Les
chauves-souris peuvent voler grâce à
leurs ailes membraneuses. Ces ailes sont constituées
par les phalanges démesurées des
pattes antérieures.
Leurs pieds à 5 doigts leur permettent
de s’agripper aux branches et de dormir
la tête en bas.
L’adaptation
au vol des chauves-souris a impliqué de
profondes modifications de leur anatomie.
Leurs membres antérieurs se sont peu à
peu transformés en ailes recouvertes de
poils fins et courts.
Au toucher, la chauve-souris est très agréable.
C’est
à la tombée de la nuit que les chauves-souris
s’élancent pour chasser.
La localisation des proies dans l’obscurité
exige un système d’orientation bien
particulier. Pour cela, elles sont équipées
d’un sonar appelé écholocation.
Elles
émettent en vol des ultra sons dont les
échos sont recueillis puis analysés
par le cerveau. Ce système complexe leur
permet d’appréhender leur environnement
et de réagir en conséquence.
Une chauve-souris
photographiée au Costa Rica (By Alumroot.
Licence
)
En
février 2003, des chercheurs allemands
ont étudié le mécanisme d’écholocation
des chauves-souris. Ils ont cherché à
comprendre comment elles faisaient le tri parmi
toutes les informations qu’elles recevaient.
Ils ont démontré que ces animaux
utilisaient les statistiques pour reconnaître
notamment le type d’arbre qu’ils rencontraient.
Leur étude révèle qu’une
chauve-souris peut distinguer un chêne d’un
pin. Cette analyse statistique leur permettrait
notamment de s’alimenter.
Migration et hibernation
De
nombreuses espèces de chauves-souris migrent
annuellement à l’approche de l’hiver.
D’autres ont opté pour l’hibernation.
Elles se mettent alors en quête d’un
endroit sombre, humide et tempéré.
Ce peut être tout simplement une vieille
bâtisse ou une grotte.
Pendant
tout l’automne, elles se sont gavées
d’insectes. Elles ont pris du poids en prévision
de cette période disette. C’est le
moment du grand sommeil.
Elles s’enveloppent alors dans leurs ailes
pour avoir chaud.
Leur rythme cardiaque ralentit à 10 pulsations
par minute. Pendant cette période, leur
température descend de 39 °C à
3 ou 4 °C voire même moins. Si elles
choisissent des lieux humides, c’est pour
que leurs ailes ne dessèchent pas.
Reproduction des chauves-souris
Le
cycle de reproduction des chauves-souris n’est
pas connu avec une grande précision. Les
mâles paraissent s’accoupler au hasard
avec plusieurs femelles. Ils ne s’occupent
pas de leur progéniture.
La plupart des chiroptères n’ont
qu’un petit par an. La gestation varie de
40 à 250 jours. Quelques espèces
peuvent mettre au monde jusqu’à 3
jeunes.
En général, les accouplements se
font en automne. Les semences sont stockées
dans l’utérus des femelles jusqu’au
printemps. Cette fécondation est différée.
Dans les régions au climat difficile, les
femelles conservent le sperme pour attendre le
moment favorable.
Pour
mettre bas, la femelle s’agrippe avec ses
quatre pattes au plafond.
La membrane, formée par ses ailes et sa
queue, recueille le nouveau-né. Pendant
un mois, le jeune se nourrit du lait maternel.
Le taux de mortalité est élevé
durant les premières semaines. Beaucoup
de jeunes tombent des voûtes ou sont dévorés
par les prédateurs.
A
3 ou 4 semaines, c’est leur premier envol.
L’apprentissage du vol et de la chasse se
fait sous la tutelle de la mère qui l’encourage
avec de petits cris. Selon les espèces,
cet apprentissage peut durer plusieurs mois.
La longévité moyenne est de 30 ans.
Des animaux essentiels pour notre bien-être
La
destruction des haies, l’assèchement
des zones humides et les pesticides menacent les
chauves-souris.
En les protégeant, nous améliorons
notre environnement.
En une saison, une seule chauve-souris peut gober
60 000 moustiques !
En France, toutes les espèces sont protégées.
En Orient, la chauve-souris est vénérée.
Par contre, en Afrique, on la chasse pour sa chair.
Sur
tous les continents, la déforestation menace
les espèces.
Dans les zones tropicales, les chauves-souris
régulent les populations d’insectes
souvent nuisibles.
C’est finalement la qualité de leurs
excréments comme fertilisant qui concourt
le plus à leur protection.
Le
renard volant est une grande chauve-souris frugivore
qui vit à Madagascar. Les colonies restent
suspendues aux branches pendant la journée.
Faciles à repérer, elles sont chassées
et mangées.
Notre survie dépend peut-être
des chauves-souris
Dans
les déserts, les chauves-souris sont indispensables
à la polénisation des plantes, y
compris le cactus. En effet, à chaque fois
qu'elles viennent s'alimenter, elles transportent
le polen.
Sans elles, de nombreuses plantes disparaîtraient
de cet environnement hostile. Par voie de conséquence,
de nombreux animaux ne pourraient y survivre.
En
Guyane française, on a constaté
que les chauves-souris avaient un rôle prédominant
dans la régénération des
forêts après des déboisages.
A
Guam, l'extermination des Roussettes a mis en
péril tout l'écosystème de
l'île. Leur rareté a fait exploser
le nombre d'insectes nuisibles qui dévorent
les fruits, eux-même en déclin faute
d'être polénisés.
En
Asie du sud-est, 70% des fruits vendus sont issus
d'une polénisation effectuée par
les chauves-souris.