Le calmar géant, du genre Architeuthis,
que l’on ne connaît que par des cadavres
retrouvés échoués ou repêchés
dans des filets sont rentrés dans la légende.
Mais le fait que l'on ait jamais pu les observer
de leur vivant avant 2005 y est pour beaucoup.
Les dernières découvertes scientifiques
sur le calmar géant (ou calamar) cassent beaucoup le mythe mais sont loin de nous
livrer toute la vérité sur cette
créature.
Une chose est certaine, le calmar géant
est le plus grand invertébré de
notre planète. Les restes retrouvés
dans les estomacs des cachalots nous permettent
d'avoir une idée de la taille gigantesque
que certains Architeuthis pourraient atteindre.
Les « monstres » repérés
par les marins étaient certainement des
calmars géants. Jusqu'à présent,
on pensait qu'un calmar géant, si l’on
tient compte de ses tentacules les plus longs,
peut mesurer de 20 à 30 mètres de
longueur et peser jusqu’à 200 kilos.
Mais, le dernier spécimen de calmar (Mesonychoteuthis
hamilton) pêché en Antarctique en
février 2007 bat tous les records connus
puisqu'il pèse 450 kg. Retrouvez les photos
de ce calmar à la fin de ce dossier.
Le 26 mars, le premier calmar géant, baptisé Wheke, a été naturalisé au Muséum d’Histoire Naturelle de Paris.
Poulpe, Calmar ou Légende ?
Au 18ème siècle, un naturaliste, E.Pontoppidan,
intrigué par les récits des marins évoquant
le serpent de mer et une créature munie de
longs bras nommée Kraken, essaye de classer
cet étrange animal.
Il pense que le Kraken est sûrement un poulpe
géant.
C’est en 1861, qu’un navire français,
l’Alecton, tente de capturer ce fameux Kraken
: il s’agissait bien d’un calmar géant.
L'un des plus anciens rapports vient
du naturaliste romain Pline, dans son Histoire naturelle,
écrite au premier siècle avant notre
ère :
"A Cartéia, un polype accoutumé
à sortir de la mer, venait dans les réservoirs
dévorer les salaisons. L'odeur des salaisons
attire tous les animaux marins. La continuité
de ses larcins donna beaucoup d'humeur aux gardiens.
Ils formèrent des palissades extrêmement
hautes. Le polype les franchissait à l'aide
d'un arbre.
Il ne put être découvert
que grâce à la sagacité des chiens.
Ils l'attaquèrent une nuit pendant qu'il retournait
à la mer. Les gardiens accoururent. Mais la
nouveauté du spectacle les pénétra
d'effroi.
Sa grandeur était extraordinaire.
La saumure dont il était tout trempé
avait changé sa couleur. Il répandait
une odeur horrible. (...) Ils croyaient combattre
contre un monstre. Son souffle affreux repoussait
les chiens : tantôt il les flagellait avec l'extrémité
de ses bras, tantôt il les assommait de ses
deux bras majeurs, dont il se servait comme d'une
massue. Plusieurs hommes eurent beaucoup de peine
à le tuer avec des tridents.
"On apporta sa tête à Lucullus.
Elle avait la grandeur d'un baril de quinze amphores.
Ce qui fut conservé du corps pesait sept cents
livres."
On reconnaît dans ce récit la description
d’un calmar géant.
Ces tentacules appartenaient
à un calmar de plus de 10 m de long ce qui
n'a rien d'extraordinaire en comparaison avec l'Architeuthis
En 1801, le capitaine d’un baleinier américain
installé à Dunkerque raconta que lui
et ses matelots harponnèrent un jour un cachalot qui recracha un énorme morceau de chair :
"Ils ne voulurent qu'à peine en croire
leurs yeux lorsqu'ils virent que cette masse charnue,
tronquée aux deux bouts, et dont le plus épais
offrait la grosseur d'un mât, n'était
autre chose que le bras d'un énorme poulpe,
dont les ventouses renfoncées étaient
plus larges qu'un chapeau. [...] Ce membre mesurait
10,65 m de long, et les ventouses y étaient
disposées en deux rangs, comme dans le poulpe
commun.
Ce poulpe n’était en réalité
qu’un calmar géant dont l’unique
prédateur connu est le cachalot.
Il fallut cependant attendre 1857 pour que le Danois
Steenstrup décrive scientifiquement ce céphalopode
géant sous le nom d'Architeuthis. Et pourtant,
l'existence des calmars géants fut encore mise
en doute par de nombreux scientifiques.
Il fallut plusieurs échouages survenus dans
les années 1870 sur les côtes de Terre-Neuve,
pour que les calmars géants soient enfin acceptés
par la communauté scientifique.
Portrait du Calmar géant
Le nom scientifique du calmar géant est Architeuthis
dux . Il dépasse certainement, pour certains
individus, les 20 m de long et pèse plus d’une
tonne.
On ne sait pas, en fait, grand-chose sur ces créatures
car aucune n’a pas être observée
de son vivant. Nous ne possédons qu'un
film sur un spécimen plus petit observé
en 2005.
Si l’on en juge par l’ampleur des cicatrices
laissées par leurs ventouses sur le corps des
cachalots, avec qui ils se battent à mort,
certains pourraient friser les 60 m voire même
75 m !
Malgré les explorations sous-marines qui
se sont succédées depuis les années
60 dans les grands fonds, aucun Architeuthis n’a
accepté de poser pour la photo. A croire
qu’ils détectent les engins et prennent
le large.
Leurs yeux, d’un diamètre de 25 cm,
laissent supposer qu’ils pourraient vivre dans
la zone dite crépusculaire (entre 200 et 1
000 m).
En effet, la lumière perce encore faiblement
à cette profondeur et permet aux prédateurs
de chasser à vue.
Le calmar n'est blanc
qu'une fois mort. Vivant, il possède de splendides
couleurs changeantes
Les dernières constatations des chercheurs
nous permettent d'en savoir un peu plus. En effet,
malgré la légende qui entoure cet
animal mystérieux, certains scientifiques
ont pu étudier des corps repêchés.
Ainsi, Neil Landman du Muséum d’histoire
Naturelle de New York a livré ses conclusions.
Grâce à trois corps provenant de
Tasmanie, il affirme que le calmar géant
vit à environ 300 m de profondeur.
On est très loin des profondeurs abyssales
souvent avancées.
De plus, sa longévité serait inférieure
à 15 ans. Exit, les créatures géantes
centenaires.
Les calmars se distinguent des pieuvres par leur
morphologie et leur mode de déplacement.
Les pieuvres ont huit bras et se déplacent
en marchant au fond de l'eau. Les calmars ont
huit tentacules, plus deux bras plus long armés
de crochets leur permettant d'immobiliser leur
proie. Ils ne marchent pas, mais nagent entre
deux eaux.
Les scientifiques ont pu observer certains céphalopodes
jusqu’à 5 000 m de profondeur.
En l’an 2000, Un spécimen très
rare de calmar géant a été retrouvé
en Antarctique.
L'animal, Kondakovia longimana, qui s'était
échoué sur une plage de l'Antarctique
est une espèce mal connue de calmar géant.
L’animal mesurait 2,3 mètres de long
et pesait près de 30 kilos.
Le calmar Histioteuthis possède, lui, un
œil plus grand que l’autre. Cette caractéristique
lui permet de détecter les ombres de ses futures
proies nageant au-dessus de lui.
Le calmar vampire des profondeurs (Vampyroteuthis infernalis) a un corps rouge
et tient à la fois de la pieuvre et du calmar.
Ses deux grands yeux bleus ressortent d’autant
plus qu’ils sont énormes. On dirait deux
gros saphirs.
Son corps est recouvert de photophores et il dispose
d’organes producteurs de lumière.
Un calmar géant photographié
vivant (septembre
2005)
Des scientifiques ont photographié
pour la première fois un calmar géant
vivant à 900 mètres de profondeur.
L'équipe dirigée par Tsunemi Kubodera,
du Musée national des sciences de Tokyo, a
réussi à immortaliser sur la pellicule
un Architeuthis de huit mètres de long, alors
qu'il attaquait une proie à 900 mètres
de profondeur, au large des Iles Bonin (Japon).
"Nous pensons que c'est la première fois
qu'un calmar géant adulte est photographié
dans son habitat naturel", a déclaré
Kyoichi Mori.
Ce calmar géant attaquait sa proie avec
agressivité, ce qui remet en cause la réputation
du calmar lent et léthargique.
Contrairement à l'idée selon laquelle
le calmar géant est relativement inactif,
le calmar que nous avons photographié usait
ses énormes tentacules très activement
pour attraper sa proie", a déclaré
Kyoichi Mori.
Des pêcheurs néo-zélandais
capturent un calmar géant de 450 kg (février
2007)
Des pêcheurs néo-zélandais
ont capturé un calmar géant de 450
kg au large de l’Antarctique. Ses tentacules
ont la largeur de pneus de tracteur. Ce calmar
ne fait pas partie du genre Architeuthis. L'espèce
Mesonychoteuthis hamilton est réputée
pour son corps massif. La photo ci-dessous confirme
cette hypothèse.
Photo prise
le 22 février 2007/REUTERS/Ministère
néo-zélandais de la Pêche/Handout
/
Reuters
Le calmar était toujours vivant lorsqu'il
a été capturé et mangeait
une légine accrochée à un
hameçon lorsqu'il a été hissé
à bord du bateau.
Selon les médias locaux, le spécimen
capturé par les pêcheurs mesure près
de dix mètres et pèse 450 kg, soit
150 kg de plus que le dernier plus grand calmar
jamais découvert.
V.B (10/05/2004) M.à.J 02.2007
Dossiers complémentairessur les calamars et les céphalopodes