Pourquoi autant d’animaux
planeurs ?
Les animaux planeurs sont incapables de se propulser
dans les airs comme les oiseaux ou les chauves-souris.
Ils répartissent subtilement le poids de
leur corps ou ajustent leur queue et leurs membres
de façon à guider leur vol.

Grenouille volante
(Rhacophorus nigropalmatus)
Bornéo ne possède pas moins de
30 espèces planantes. Pourquoi y en a t-il
autant dans cette île, alors que d’autres
forêts tropicales n’en abritent aucune,
comme en Amazonie ?

Vue générale
de Bandar Seri Begawan, capitale de Brunei, sur
la côte nord de Bornéo.
(Photo © S. Tucci / Liaison / Gamma)
D’après le biologiste et photographe
Tim Laman, cela tient à une particularité
des forêts de Bornéo, partagées
par d’autres en Asie du Sud-Est.
Elles sont en effet composées en majeure
partie d’arbres diptérocarpes géants,
dont la fructification est peu fréquente
et imprévisible, et qui empêche les
autres arbres de pousser.

Grenouille volante
(Rhacophorus dulitensis)
Ces conditions, semble t-il, font que la nourriture
est moins abondante à Bornéo, obligeant
les animaux de la forêt à rayonner
davantage.
Planer est donc un excellent moyen. Ils vont d’arbre
en arbre sans avoir à faire de longs allers
retours sur le sol.

Maison sur
pilotis dans l'État de Sarawak, à
Bornéo (Malaisie).
(Photo© C. et J. Lenars / Explorer)
Cela explique aussi, sans doute,
que la technique du vol plané ait émergé
chez des groupes d’animaux aussi variés,
chacun développant des structures spécifiques,
depuis les énormes pattes palmées
des grenouilles volantes aux membranes développées
des lémurs.
Le gecko volant de Kuhl
Prédateur nocturne, le gecko volant de
Kuhl, Ptychozoon Kuhli, attend perché sur
une branche que des insectes soient à sa
portée.
Lorsqu’il a peur ou qu’il veut changer
de terrain de chasse, il s’élance
dans les airs.

Gecko volant de
Kuhl
Au moment où il va atterrir, la tête
est levée. Les doigts palmés, les
franges de peau sur les pattes et la queue contribuent
au camouflage et augmentent l’étendue
de la surface lui permettant de planer.
Lors de vols plus longs, la pression de l’air
déploie des membranes qui sont normalement
repliées sous le corps.
Les grenouilles volantes
Des replis de peau longs et souples ainsi que
des doigts palmés permettent aux grenouilles
volantes de planer.
Des coussinets adhésifs facilitent leurs
atterrissages.

Rhacophorus pardalis
De nombreuses espèces de grenouilles arboricoles
peuvent étendre leurs membres pour effectuer
des descentes sans chuter à travers les
airs.
Mais, seules les espèces ayant développé
de vastes palmes, comme la grenouille de l’arbre
arlequin (Rhacophorus pardalis), sont réellement
capables de flotter dans les airs.
Munies de ces palmures, les grenouilles ne se
contentent pas de planer mais opèrent des
virages à 180° en plein ciel.

Rhacophorus pardalis
Certaines grenouilles volantes n’ont été
découvertes qu’au 20e siècle.
Le lémur volant ou colugo
Les lémurs volants ne sont pas des proches
parents des lémurs authentiques de Madagascar.
Ils constituent une classe distincte appelée
dermoptères, ou « ailes de peau ».

Leur membrane de vol, allant de la mâchoire
aux doigts et des orteils à la queue, est
la plus grande de tous les mammifères planeurs.
Ci-dessous, on voit une femelle colugo (Galeopterus
variegatus) suspendue par les pattes arrières,
tandis que son petit, se cramponne à elle.

Les mères colugo emmènent leurs
petits dans les airs quand elles cherchent leur
nourriture.
Les lézards Draco
Les lézards du genre Draco, Draco cornutus
ou Draco volans, peuvent sauter d’un tronc,
réaliser des loopings et atterrir un peu
plus bas sur le même arbre en se présentant
la tête levée.
Leur peau s’ouvre comme un parachute ultrarapide
eu moment où ils sautent. Ils peuvent effectuer
des sauts de 30 m entre les arbres.

Ces planeurs sont actifs le jour où ils
chassent les fourmis et les termites.
Les mâles rivaux se poursuivent dans les
airs, sautant d’arbre en arbre, comme des
avions de chasse.
D’autres animaux planeurs
Le serpent de l’arbre du paradis (Chrysopelea
paradisi) est aussi mince qu’un ruban. Il
glisse le long des arbres puis il lâche
prise, ne tenant plus que par sa queue.
Son corps se métamorphose soudain. Ses
côtes s’étirent et son corps
s’aplatit. Il bondit soudain dans les airs
et l’on aperçoit qu’un mince
ruban vert planer dans l’atmosphère.

L’écureuil volant roux géant
(Petaurista petaurista) peut atteindre un mètre
de long, queue comprise. C’est la plus grande
des 14 espèces d’écureuils
volants de Bornéo.

Tous ces animaux sont très difficiles
à étudier en détail de par
leur mode de vie. La plupart nous sont très
méconnus.
Si nous ne protégeons pas davantage les
forêts de Bornéo, les animaux qui
les peuplent, n’auront bientôt plus
d’endroit pour planer.
V.B (20.05.2006)
Référence bibliographique
et crédit photographique
National Geographic Octobre 2000, Reportage de
Tim Laman. Toutes les photos des espèces
de Bornéo sont de Tim Laman
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