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La faune planante de Bornéo

Bornéo est la plus grande île de l’Insulinde avec une superficie de 750 000 km2. Bornéo est partagé administrativement en plusieurs territoires. Le Sabah et le Sarawak, au N.-O., séparés par le Brunei, indépendant, font partie de la Malaisie ; le reste, c’est-à-dire la plus grande partie de l’île, appartient à l’Indonésie sous le nom de Kalimantan.
A Bornéo, certaines des créatures volantes ne sont pas des oiseaux. Les forêts tropicales, comme celle du Parc national de Gunung Palung, recèlent encore bien des secrets sur la faune animale.
L’extraordinaire diversité des animaux planeurs est unique. Pour pouvoir photographier ces espèces, Tim Laman, un biologiste, a dû escalader des arbres de 45 m de haut et parcourir la jungle jour et nuit.

Pourquoi autant d’animaux planeurs ?

Les animaux planeurs sont incapables de se propulser dans les airs comme les oiseaux ou les chauves-souris. Ils répartissent subtilement le poids de leur corps ou ajustent leur queue et leurs membres de façon à guider leur vol.

Grenouille volante (Rhacophorus nigropalmatus)

Bornéo ne possède pas moins de 30 espèces planantes. Pourquoi y en a t-il autant dans cette île, alors que d’autres forêts tropicales n’en abritent aucune, comme en Amazonie ?

Vue générale de Bandar Seri Begawan, capitale de Brunei, sur la côte nord de Bornéo.
(Photo © S. Tucci / Liaison / Gamma)

D’après le biologiste et photographe Tim Laman, cela tient à une particularité des forêts de Bornéo, partagées par d’autres en Asie du Sud-Est.
Elles sont en effet composées en majeure partie d’arbres diptérocarpes géants, dont la fructification est peu fréquente et imprévisible, et qui empêche les autres arbres de pousser.

Grenouille volante (Rhacophorus dulitensis)

Ces conditions, semble t-il, font que la nourriture est moins abondante à Bornéo, obligeant les animaux de la forêt à rayonner davantage.
Planer est donc un excellent moyen. Ils vont d’arbre en arbre sans avoir à faire de longs allers retours sur le sol.

Maison sur pilotis dans l'État de Sarawak, à Bornéo (Malaisie).
(Photo© C. et J. Lenars / Explorer)

Cela explique aussi, sans doute, que la technique du vol plané ait émergé chez des groupes d’animaux aussi variés, chacun développant des structures spécifiques, depuis les énormes pattes palmées des grenouilles volantes aux membranes développées des lémurs.

Le gecko volant de Kuhl

Prédateur nocturne, le gecko volant de Kuhl, Ptychozoon Kuhli, attend perché sur une branche que des insectes soient à sa portée.
Lorsqu’il a peur ou qu’il veut changer de terrain de chasse, il s’élance dans les airs.

Gecko volant de Kuhl

Au moment où il va atterrir, la tête est levée. Les doigts palmés, les franges de peau sur les pattes et la queue contribuent au camouflage et augmentent l’étendue de la surface lui permettant de planer.

Lors de vols plus longs, la pression de l’air déploie des membranes qui sont normalement repliées sous le corps.

Les grenouilles volantes

Des replis de peau longs et souples ainsi que des doigts palmés permettent aux grenouilles volantes de planer.
Des coussinets adhésifs facilitent leurs atterrissages.

Rhacophorus pardalis

De nombreuses espèces de grenouilles arboricoles peuvent étendre leurs membres pour effectuer des descentes sans chuter à travers les airs.

Mais, seules les espèces ayant développé de vastes palmes, comme la grenouille de l’arbre arlequin (Rhacophorus pardalis), sont réellement capables de flotter dans les airs.
Munies de ces palmures, les grenouilles ne se contentent pas de planer mais opèrent des virages à 180° en plein ciel.

Rhacophorus pardalis

Certaines grenouilles volantes n’ont été découvertes qu’au 20e siècle.

Le lémur volant ou colugo

Les lémurs volants ne sont pas des proches parents des lémurs authentiques de Madagascar. Ils constituent une classe distincte appelée dermoptères, ou « ailes de peau ».

Leur membrane de vol, allant de la mâchoire aux doigts et des orteils à la queue, est la plus grande de tous les mammifères planeurs.

Ci-dessous, on voit une femelle colugo (Galeopterus variegatus) suspendue par les pattes arrières, tandis que son petit, se cramponne à elle.

Les mères colugo emmènent leurs petits dans les airs quand elles cherchent leur nourriture.

Les lézards Draco

Les lézards du genre Draco, Draco cornutus ou Draco volans, peuvent sauter d’un tronc, réaliser des loopings et atterrir un peu plus bas sur le même arbre en se présentant la tête levée.

Leur peau s’ouvre comme un parachute ultrarapide eu moment où ils sautent. Ils peuvent effectuer des sauts de 30 m entre les arbres.

Ces planeurs sont actifs le jour où ils chassent les fourmis et les termites.

Les mâles rivaux se poursuivent dans les airs, sautant d’arbre en arbre, comme des avions de chasse.

D’autres animaux planeurs

Le serpent de l’arbre du paradis (Chrysopelea paradisi) est aussi mince qu’un ruban. Il glisse le long des arbres puis il lâche prise, ne tenant plus que par sa queue.

Son corps se métamorphose soudain. Ses côtes s’étirent et son corps s’aplatit. Il bondit soudain dans les airs et l’on aperçoit qu’un mince ruban vert planer dans l’atmosphère.

L’écureuil volant roux géant (Petaurista petaurista) peut atteindre un mètre de long, queue comprise. C’est la plus grande des 14 espèces d’écureuils volants de Bornéo.

Tous ces animaux sont très difficiles à étudier en détail de par leur mode de vie. La plupart nous sont très méconnus.
Si nous ne protégeons pas davantage les forêts de Bornéo, les animaux qui les peuplent, n’auront bientôt plus d’endroit pour planer.

V.B (20.05.2006)

Référence bibliographique et crédit photographique

National Geographic Octobre 2000, Reportage de Tim Laman. Toutes les photos des espèces de Bornéo sont de Tim Laman

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