Les mystérieuses empreintes
Ces
empreintes, qui mesurent dix centimètres
de long sur sept de large, sont étranges
à bien des égards.
Ce qui frappe les innombrables témoins
et éveille l'attention du public, c'est
leur régularité, leur netteté
et, surtout, le fait qu'elles soient toutes exactement
alignées, comme si elles avaient été
la conséquence d'un sautillement sur une
seule patte.
Plus
troublant encore, la neige n'est pas écrasée
au fond des empreintes, mais elle a purement et
simplement disparu, comme enlevée au fer
rouge.
Les
traces couvrent plus de 150 kilomètres
et ne semblent pas détournées par
les obstacles. Ainsi, si elles s'arrêtent
au pied d'un mur de cinq mètres de haut,
c'est pour reprendre immédiatement derrière,
sans laisser la moindre marque au sommet de celui-ci.

Empreintes publiées
dans les journaux en 1855 (© Fortean Picture
Library)
Même
chose ailleurs avec une meule de foin. Au contraire,
dans une maison, elles passent par une conduite
de drainage, de seulement 15 centimètres
de diamètre. A un autre endroit, elles
franchissent les trois kilomètres et demi
de l'estuaire de la rivière Exe. Les villageois
ne tardent pas à se dire que ces traces
ne correspondent à celles d'aucun animal
connu. La rumeur commence à évoquer
le diable...
Un
témoin raconte :
«...
Dans toutes les paroisses, les empreintes étaient
exactement de la même taille et les pas
de la même longueur. Ce visiteur mystérieux
n'est généralement passé
qu'une fois dans chaque jardin ou chaque cour,
de même que dans presque toutes les maisons
des quartiers urbains et dans les fermes avoisinantes.
(..) Elles franchissaient les murs comme s'ils
ne constituaient pas le moindre obstacle. Les
jardins entourés de hautes palissades ou
de murs et dont les portes étaient fermées
ont été autant visités que
ceux qui étaient sans protection. (..)
Deux autres habitants de la même commune
suivirent une ligne d'empreintes pendant trois
heures et demie, en passant sous des rangées
de groseilliers et d'arbres fruitiers en espalier,
perdant ensuite les empreintes et les retrouvant
sur le toit des maisons auxquelles leurs recherches
les avaient menés...
Illustrated London News, 24 février
1855
Des hypothèses peu satisfaisantes
Au
milieu du XIXe siècle, les nouvelles voyagent
encore lentement et il faut attendre la sortie
du London Times du 16 février 1855 pour
que cette nouvelle soit connue à Londres.
Mais ce sont les témoignages publiés
peu après dans l'Illustrated London News
qui déchaînent les passions.
D'abord, les Londoniens se moquent de ces histoires
de prétendue créature inconnue et
de la véritable psychose qui s'est installée
dans le Devonshire. L'affaire leur semble la preuve
que les provinciaux sont toujours sous l'emprise
de superstitions médiévales.
Mais,
alors que les informations se précisent,
le caractère étrange du cas apparaît
de façon évidente. Le relevé
minutieux d'un naturaliste du Devon suggère
que des traces si régulières ne
peuvent provenir que d'une créature unique.
Reste à découvrir quel animal, visiblement
de taille modeste, est capable de couvrir 150
kilomètres entre le crépuscule et
l'aube dans les conditions décrites...
Sir
Richard Owen, célèbre paléontologue
et créateur du mot «dinosaure»,
examine alors les dessins des empreintes et déclare,
réponse surprenante pour un savant de son
envergure, qu'elles sont le fait d'un groupe de
blaireaux.
D'autres
suppositions tout aussi farfelues sont avancées
: on parle de l'œuvre d'un plaisantin, d'un
âne, d'un kangourou échappé
d'un zoo, d'une grande outarde, de crapauds, d'un
rat, de loutres et même... d'un lièvre
boiteux.
En
dehors de l'hypothèse diabolique; les habitants
de la région penchent plutôt, eux,
pour celle de l'âne, surtout à cause
de la forme des empreintes. Mais personne ne parvient
à expliquer comment l'âne en question
a pu monter sur le toit de plusieurs maisons ou
passer sur le rebord d'une fenêtre au deuxième
étage sans se faire remarquer...
Les
mois s'écoulant et la «bête»
ne se manifestant plus, l'affaire cesse de faire
la une de la presse.
Seuls
les spécialistes et amateurs de curiosités
demeurent intrigués, aujourd'hui encore,
par ce surprenant mystère. Ils ne croient
pas, en effet, à la thèse le plus
souvent retenue, d'une supercherie.
Aucune tentative d'explication faisant intervenir
un seul phénomène physique ou météorologique
n'est acceptable, dans la mesure où les
traces présentent toutes les caractéristiques
de la piste habituelle d'un animal doté
de sabots. A ceci près, toutefois, qu'il
aurait été unijambiste et doué
d'étonnants talents d'acrobate ! Comment
s'étonner, alors que, presque un siècle
et demi plus tard, certains y voient toujours
l'oeuvre du diable en personne ?
V.B
(02.10.2006)
Sources bibliographiques
B.
Heuvelmans, sur la piste des bêtes ignorées.
Les Grandes énigmes, Editions Larousse
< Cryptozzologie
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