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Belgique : Flamands et francophones


Le « plat pays » est devenu officiellement la Belgique en 1831. Sa particularité est de rassembler sous le même drapeau deux communautés qui parlent deux langues différentes : le néerlandais (ou flamand) en Flandres et le français en Wallonie.
Bruxelles, la capitale, bénéficie d’un statut particulier où les deux langues sont parlées.

Le Vlaams Belang ((Intérêt flamand), parti d'extrême droite nationaliste et séparatiste belge, est en bonne place dans les sondages pour les élections municipales.
Ces élections sont d’un enjeu considérable car elles soulignent une nouvelle fois la scission qui existe entre les Flamands et les francophones.

C’est donc à nouveau l’union de la Belgique qui pourrait être remise en cause. Il faut remonter à l’origine de la création de la Belgique pour mieux comprendre cette barrière linguistique et idéologique.

 

La Belgique sous l’empire romain

Avant l’arrivée des Romains, des populations d’origine généralement celtique (Morins, Ménapiens, Nerviens, Trévires, Éburons, Aduatuques) occupent la Gaule Belgique, qui s’étend de la Seine au Rhin.

Celle-ci est conquise par César (57-51 avant J.-C.) et organisée en province sous Auguste (capitale Reims), ultérieurement subdivisée en trois provinces : la Germanie Seconde, le long du Rhin, la Belgique Première et la Belgique Seconde, plus à l’ouest et au sud.

Exposition florale sur la Grande Place à Bruxelles . By Bram Souffreau

Vers 350, s’installent au nord du pays les Francs Saliens, auxquels Julien l’Apostat reconnaît (358) le statut de fédérés ; ils passent, sous Clovis, à la conquête de la Gaule tout entière (vers 500).
Les régions limoneuses de la Moyenne-Belgique et la Haute-Belgique, fortement romanisées, ne sont que faiblement atteintes par l’immigration franque. Ainsi se dessine la limite des peuplements germanique et wallon.

Du Moyen Âge à l’indépendance

Portion du royaume franc où s’élabore la puissance des Carolingiens dès le VIIe siècle, la Belgique est divisée par Charlemagne en comtés.

Le traité de Verdun (843) la partage entre les deux royaumes de France et de Lotharingie, mais celui-ci passe en 870 et 880 à la Germanie, dont l’Escaut devient la frontière.

À la fin du XVIIIe siècle, en réaction contre des réformes conçues par Joseph II, sans tenir compte des particularismes locaux, le fait national belge devient réalité. La Révolution brabançonne (1789) chasse les Autrichiens, réunit à Bruxelles les états généraux, qui proclament, le 11 janvier 1790, l’indépendance des États belgiques unis.

Mais les Belges se divisent, et les Autrichiens réoccupent leur pays (décembre 1790) ; ils en sont chassés par les Français, victorieux à Jemmapes (novembre 1792).
Les Autrichiens l’occupent à nouveau du 18 mars 1793 (victoire de Neerwinden) au 26 juin 1794 (défaite de Fleurus). La France, victorieuse, l’annexe finalement le 1er octobre 1795, y compris le pays de Liège, et l’Autriche reconnaît le fait accompli au traité de Campoformio (17 octobre 1797).

Le régime français (1795-1815) unifie administrativement la Belgique. , les principes révolutionnaires (liberté individuelle, égalité de tous devant la loi), le Code civil napoléonien y sont introduits. Napoléon rétablit la paix civile et religieuse. Il restaure la prospérité économique, mais la conscription rend son gouvernement impopulaire.

Bourse à Bruxelles. By Today is a good day

Lors de l’effondrement de l’Empire (1814), l’Angleterre, en opposition à la France, décide le principe d’une union des Provinces-Unies, des anciens Pays-Bas autrichiens et de l’évêché de Liège en un royaume des Pays-Bas, créé au profit du prince d’Orange, devenu le roi Guillaume Ier.

Mais, le 25 août 1830, exalté par la réussite de la révolution parisienne de juillet, Bruxelles s’insurge ; le 27 septembre, les troupes néerlandaises l’évacuent et, en octobre, elles abandonnent toute la Belgique, sauf la citadelle d’Anvers.

Les états généraux proclament la séparation du Nord et du Sud (29 septembre 1830), et, le 4 octobre, l’indépendance de la Belgique.

La coupure entre Flamands et francophones

La « question royale » empoisonne les années d’après-guerre. Alors que la plupart des Flamands veulent tirer un trait sur les ambiguïtés ou les compromissions qui ont caractérisé les relations avec les Allemands, les francophones refusent le retour sur le trône de Léopold III.

Le roi renonce à régner sur une Belgique divisée et abdique en faveur de son fils Baudouin (1951).
Trois grandes lignes de partage traversent la Belgique à partir des années 1950 et 1960 : deux d’entre elles sont de nature idéologique, se fondant respectivement sur la religion et sur l’appartenance politique ; la troisième s’appuie sur la coupure entre Flamands et francophones.

Bruges. Par Patrick 2978

Dès les années 1960, la coupure entre Flamands et francophones domine la vie politique belge. Certes, elle n’est pas dénuée de liens avec les conflits religieux, politiques et sociaux, puisqu’une Flandre pratiquante, conservatrice et économiquement active, se différencie d’une Wallonie déchristianisée, socialiste et victime de la désindustrialisation.

Le durcissement du conflit communautaire constitue l’élément majeur de la situation contemporaine.
Alors que la Belgique de 1830 se construit autour des élites francophones, les Flamands obtiennent l’égalité des langues à la fin du XIXe s. Toutefois l’évolution vers un bilinguisme généralisé n’aboutit pas, et une logique de monolinguisme territorial s’impose peu à peu, à partir de l’entre-deux-guerres.

Arche du cinquantenaire . Par Tanukisan

Elle trouve sa traduction la plus claire dans la fixation définitive de la frontière linguistique en 1963. Objet de marchandages complexes, elle laisse des insatisfaits dans les deux camps, notamment du côté wallon, ou les Fourons (près de Liège) sont rattachés à la Flandre contre la volonté de la majorité de leurs habitants.

Plusieurs crises y auront leur origine, notamment celle de 1986, lorsque le bourgmestre José Happart est destitué pour méconnaissance de la langue néerlandaise.

Seule, Bruxelles, ville flamande à l’origine mais fortement francisée depuis lors, conserve un statut de bilinguisme.

Bruxelles . By Lasagna Boy

Une fois la frontière linguistique fixée, les trois grands partis organisent une « table ronde » pour envisager une révision de la Constitution, mais ils ne parviennent pas à un accord. On trouve là néanmoins le point de départ d’une évolution qui conduit à la régionalisation puis à la fédéralisation de la Belgique.

La Belgique : un Etat fédéral

Quatre réformes de la Constitution ont été nécessaires pour aboutir à un fédéralisme qui laisse les Flamands mécontents. En 1970 sont constituées les Régions de Flandre, Wallonie et Bruxelles-Capitale et les Communautés flamande, française et germanophone.

Ce n’est qu’en 1993 que la Belgique devient officiellement fédérale.

By Flayas

Divisions administratives actuelles :

3 régions administratives : la Flandre, la Wallonie et Bruxelles (région-capitale)

Moins peuplée que la Flandre, la Wallonie se caractérise par un niveau de vie inférieur. Cette disparité renforce les dissensions entre les deux communautés.

La Belgique en crise

Le conflit communautaire a refait surface suite à des crises successives :

L’« affaire Dutroux « en 1995. Ce fait divers tragique sur le viol et l’assassinat de plusieurs jeunes filles a pris la dimension d’une affaire d’État au fur et à mesure que s’accumulaient les révélations sur les dysfonctionnements des services de police et de la justice

En septembre 1998, le décès d’une expulsée africaine fait tomber le ministre de l’Intérieur

En mai-juin 1999, la contamination des poulets à la dioxine provoque la démission des ministres de l’Agriculture et de la Santé publique

En juillet 1999, après les élections, législatives, pour la première fois depuis quarante ans, le nouveau gouvernement de coalition, formé de six partis et dirigé par le libéral Guy Verhofstadt, ne comprend pas de démocrates-chrétiens.
Les Flamands réclament une extension du fédéralisme, notamment en matière de recettes fiscales et de sécurité sociale, laissant planer la menace d’une scission si ces revendications ne sont pas satisfaites.

Port d'Anvers . By e 3000

Un éclatement de la Belgique poserait évidemment de nombreux problèmes, et pas seulement financiers. La monarchie ne constitue plus un ciment aussi fort que par le passé.
En effet, les Flamands les plus radicaux voient maintenant dans la monarchie un obstacle à leurs revendications.

La question de Bruxelles apparaît plus délicate : les Flamands y ont symboliquement conservé le siège de leurs institutions mais un rattachement à la Flandre paraît impensable pour une région qui est francophone à 85 % environ.

Bruges et ses canaux . By Joe the Lion

L'extrême droite flamande met en avant pour ces élections municipales ses deux thèmes de prédilection: l'immigration et l'antagonisme supposé entre la Flandre au nord et la Wallonie au sud.
"Nous sommes pleins. Trop c'est trop. Les gens ne se sentent plus chez eux dans leur propre rue", a déclaré Filip Dewinter, devenu la figure la plus médiatique du parti, devant son président Frank Vanhecke.
"L'immigration n'apporte plus de valeur ajoutée, mais est devenue une nuisance", affirme Dewinter, en fournissant ses propres chiffres de 25.000 immigrés illégaux et de 12.000 demandeurs d'asile dans la seule ville d'Anvers. "Nous appelons donc à un arrêt de l'immigration."

L’art du compromis, dans lequel les Belges sont passés maîtres, devra donc plus que jamais être mis à contribution pour maintenir l’existence même du royaume.

Résultats des élections municipales (09.10.2006)

Le Vlaams Belang s'est imposé comme le premier parti dans sept municipalités flamandes.

Sur l'ensemble de la Région flamande, il atteint 20,8% des voix, renforçant ainsi ses positions. Par contre, à Anvers, deuxième ville de Belgique et bastion historique de l'extrême droite flamande, le parti n’a pas progressé avec 33,5% des voix.

Paradoxalement, toujours à Anvers, la liste socialiste du maire sortant Patrick Janssens a fait un bond de près de 16 points à 35,3% (contre 19,5% en 2000), devançant ainsi l'extrême droite.

Sur les 55 sièges du conseil municipal, les socialistes en recueillent 22 et le Vlaams 20.

Lors des précédentes municipales de 2000, le parti d'extrême droite était arrivé en tête à Anvers avec un tiers des voix, mais il avait été écarté du pouvoir par un "cordon sanitaire", coalition disparate de partis opposés à cette formation xénophobe et séparatiste.

Filip Dewinter, chef du Vlaams à Anvers, a reconnu que les résultats de son parti étaient décevants dans la ville, mais les a attribués au vote des immigrés.
"Nous n'avons pas fait aussi bien que nous l'espérions" à Anvers, parce que "les immigrés ont eu le droit de vote, cela a eu une influence", a-t-il estimé.

V.Battaglia (08.10.2006)

Crédit photographique

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