La superproduction hollywoodienne le Pont de la
rivière Kwaï, retrace l’épisode
tragique de la construction de la voie de chemin
de fer Bangkok-Rangoon.
Cette voie était chargée d’assurer
l’approvisionnement du front japonais en Inde.
Sa construction provoqua la mort d’environ
125 000 personnes.
Prisonniers alliés et coolies asiatiques
étaient forcés de travailler dans
des conditions inhumaines, dans les montagnes insalubres
de la frontière thaïlando-birmane.
Le film de David Lean, tiré du roman de
Pierre Boulle, évoque surtout les morts occidentaux.
Le sort des ouvriers malais, indonésiens,
birmans, chinois et indiens a été
pourtant encore plus dramatique.
Environ 27% des prisonniers anglo-saxons ont péri
dans ce chantier mais c’est plus de 50% des
Asiatiques qui y ont laissé leur vie.
Il est également à signaler que contrairement
à ce qui est montré dans le film,
le pont de la rivière Kwaï n'a pas été
détruit mais juste endommagé par des
bombardements de l’US air force. Ce pont existe
toujours.
La construction du Bangkok-Rangoon
En 1942, Tokyo décide la construction d’une voie ferrée
Siam-Birmanie sur 500 km, à travers la jungle impénétrable
de Thaïlande et de Birmanie.
Il y a deux objectifs stratégiques :
Le ravitaillement des troupes qui se trouvent sur le front birmano-indien
L’exploitation des ressources en tungstène le
long de la voie
Les seuls outils mis à la disposition des prisonniers sont
des pelles, des paniers et des bêches. Les victimes ont pour
mission d’enlever 3 millions de m3 de pierres. Elles sont
soumises à des journées de terrassement de 12 à
20 heures.
Pas de repos, une alimentation insuffisante, des coups et des humiliations
en permanence, tel est le traitement que les japonais font subir
à cette main d’œuvre forcée.
Le pont de la rivière Kwaï.
Reconstitution de l'ouvrage dans le film de David Lean
Le long du chantier, des campements sont organisés. Les
conditions d’hygiène y sont effroyables. Outre les
maladies de peau dues à la vermine, la malaria, le choléra
et la dysenterie font des ravages.
Les hommes malades sont obligatoirement condamnés. Affaiblis
par les maladies et sans médicaments, ces hommes sont entassés
dans des baraquements « sanitaires » qui se transforment
en mouroirs.
Les morts sont abandonnés le long de la voie ferrée
sans même être enterrés.
Des occidentaux mais aussi des asiatiques
Les populations asiatiques bénéficient d’un
traitement encore plus inhumain que les prisonniers anglo-saxons.
Ce sont les victimes privilégiées du sadisme des soldats
japonais qui frappent et torturent hommes et femmes.
Plusieurs supplices ont été attestés par des
témoignages qui démontrent le niveau de barbarie de
l’armée nippone. « Poids attachés des
heures durant au pénis des hommes ou verre brisé introduit
dans le vagin des femmes. »
Des expériences « médicales » sont également
menées : injection de produits mortels, poisons mêlés
à la nourriture.
Les malades asiatiques sont abandonnés dans la jungle, enterrés
vivants ou brûlés vifs.
Prisonniers de guerre occidentaux
utilisés comme main d'oeuvre
Les médecins japonais justifient la monstruosité
de ces actes par un laconique : »les coolies sont subhumains
et ne méritent aucune considération. »
Des victimes oubliées
Un mémorial aux soldats britanniques qui ont construit la
voie ferrée rend hommage à ces hommes.
Il ne s’agit pas, à travers ce dossier, de minimiser
l’horreur vécue par les anglo-saxons. Ces prisonniers
de guerre ont laissé leur vie dans un chantier inhumain et
les violences japonaises en Asie ne doivent pas être oubliées.
Mémorial aux soldats britanniques
qui ont laissé leur vie sur ce chantier. L'image apparaît
dans le célèbre film de David Lean mais ce mémorial
existe bien
Cependant, il est évident que l’histoire ou du moins
ceux qui l’écrivent ont parfois une mémoire
très sélective.
En effet, on ne peut établir avec précision le nombre
de victimes asiatiques. Entre avril et juin 1943, 30 000 Birmans
de la région de Rangoon, hommes, femmes et enfants, ont été
enrôlés de force sur le chantier.
On perd entièrement leur trace par la suite. Ils n’apparaissent
dans aucun registre de décès. Ces disparitions concernent
également des dizaines de milliers d’autres Asiatiques,
notamment des Indonésiens et des Chinois.
Ce flou concerne tous les chantiers organisés par les Japonais
dans cette région.
Au procès de Tokyo en 1946, les Japonais ont été
condamnés pour avoir utilisé des prisonniers de guerre
pour des travaux forcés. Mais, rien n’a été
dit concernant les victimes civiles asiatiques.