Yellow Kid
Au début des années 1890, le dessinateur
Richard Outcault donne au journal New York World
des dessins mettant en scène les gamins
des quartiers populaires de Manhattan.
Le héros est tout d’abord un garçonnet
aux larges oreilles, vêtu d’une chemise
de nuit bleu. Peu à peu, il devient chauve
puis porte une chemise de nuit jaune. Le garçon
reçoit le surnom de Yellow Kid.
L’autre innovation est que ses paroles sont
reproduites sur sa chemise. Ainsi s’amorce
la bande dessinée moderne avec une interaction
entre les textes et l’image.

Yellow Kid
En 1896, Outcault quitte le New York World pour
le New York Journal où il continue à
produire sa bande dessinée.
Le succès du héros est tel que s’ensuit
une âpre bataille juridique au sujet des
droits de publication entre les deux journaux.

La Famille Fenouillard
(1889-1893), par Christophe
L’ère réelle de la bande
dessinée débute en fait à
la veille du XXe siècle, avec la lutte
que se livrent les deux magnats de la presse américaine,
à travers le supplément dominical
de leurs journaux : The Yellow Kid, The Katzenjammer
Kids (1897), Buster Brown (1902) et Little Nemo
in Slumberland (1905) ont en commun l’humour,
d’ou leur nom de comics.

Little Nemo in
Slumberland (1905), bande dessinée de Winsor
McCay
La première vraie bande
dessinée
Le 12 décembre 1897, le New York Journal
publie les aventures des Katzenjammer Kids, qui
deviendront en France, Pim, Pam et Poum. Les héros
sont deux garnements en lutte contre l’autorité.
Tout d’abord les images sont simplement
accompagnées de légendes. Mais,
Rudolph Dirks a l’idée de créer
des ballons contenant du texte. Ces ballons qui
n’ont pas encore le nom de « bulles
» reviennent dans chaque image.

Pim, Pam et Poum
Ils font de Pim, Pam et Poum la première
bande dessinée au sens strict du terme.
Des comics trips aux comics
books
Les premières bandes dessinées
sont rapidement produites en masse. Les journaux
se livrent alors à une âpre concurrence
pour vendre les feuilles du dimanche, en publiant
des dessins amusants.
La bande dessinée est alors lu aussi
bien par les grands que les petits. En revanche,
une fois réunies en livres, les comic books,
ces bandes sont destinées aux jeunes. L’âge
d’or de la bande dessinée va alors
débuter à partir des années
1920.

Pogo . Un
comic books . Zoom
image
Les comic books envahissent le marché
européen dès 1930. Le Journal de
Mickey est lancé en 1935, en France.
Les bandes dessinées américaines
ne cessent de se développer avec l’apparition
de nouveaux héros : Tarzan (1929),

Tarzan 1951
Popeye (1929), Betty Boop (1931), Flash Gordon
(1934),Mandrake (1934)

et Superman (1938).
La bande dessinée est devenue une véritable
industrie.

Extrait de Flash
Gordon (Guy l'Éclair), bande dessinée
d'Alex Raymond
L’intérêt
de la bande dessinée
L’intérêt majeur de la bande
dessinée réside dans le fait qu’elle
enregistre avec une fidélité remarquable
les événements sociaux et économiques
contemporains : l’Amérique se console
de la Grande Dépression avec l’humour
vigoureux de Popeye (1929),

Extrait de Popeye
le marin, bande dessinée créée
en 1929 par Elzie Crisler Segar
de Mickey Mouse (1930) ou de Donald Duck (1934)
de Walt Disney, les fantastiques exploits de Superman
(1938) ou de Batman (1938).
Zig, Puce et la
petite princesse, par Alain Saint-Ogan. Album
publié chez Hachette en 1934
Pendant la Seconde Guerre mondiale, les héros
de bande dessinée soutiennent le moral
des G. I.’s avec The Sad Sack (1942) et
surtout Male Call (1942).
L’idéologie doucereuse du soap opera
(l’« opéra savonneux »)
illustré par Stanley Drake (The Heart of
Juliet Jones, 1953) tente de faire oublier les
bouleversements politiques et culturels de l’après-guerre,
mais la crise sociale apparaît, d’une
part dans les horror comics books, rapidement
interdits pour leur violence et qui sont à
l’origine de législations sévères
dans tous les pays du monde, d’autre part
dans les bandes « intellectuelles »
: Pogo (1949), Peanuts (1950),

Peanuts .
Zoom
image
le magazine satirique Mad (1952) ou les publications
de l’Underground.
L’école Franco-Belge
En 1929, le jeune reporter Tintin apparaît
pour la première fois dans le Petit Vingtième,
supplément hebdomadaire du quotidien catholique
de Bruxelles.

Hergé se lance très vite dans
la publication d’albums. Le Journal de Tintin
existe sous deux formes :
- Le Tintin belge publié depuis 1946
par les éditions du Lombard
- Le Tintin français lancé en
1948 par les éditions Dargaud
Le Journal de Tintin est le premier à
rivaliser avec les productions américaines,
et lance, outre son héros, les aventures
d’Alix (Jacques Martin, 1948) et d’Oumpa-Pah
(Uderzo et Goscinny, 1958).

A travers Alix,
on revit l’époque romaine, grâce
à une documentation minutieuse
L’école belge, avec Edgar Pierre
Jacobs (Blake et Mortimer, 1946) ou Greg (Achille
Talon), s’impose sur tout le Vieux Continent,
particulièrement en France, ou elle stimule
la concurrence.

Achille Talon
. Zoom
Image
En 1938, l’éditeur imprimeur belge
Jean Dupuis décide de lancer un journal
de bandes dessinées comportant, à
côté des aventures de Superman, des
bandes européennes. La même année,
le journal donne naissance à Spirou, Tif
et Tondu, Bill l’albatros.

Dupuis édite également Lucky Luke
de 1947 à 1968 et Gaston Lagaffe à
partir de 1957.
En France, en 1945, les éditions
Vaillant publient l’hebdomadaire Vaillant
qui devient le journal de Pif en 1965 et Pif Gadget
en 1969.
Pif est une pépinière d’auteurs
que l’on retrouve dans Pilote. Lancé
en 1959, Pilote publie notamment Astérix
de Goscinny et Uderzo qui connaît un succès
foudroyant.

Planche d'Astérix
le Gaulois, le premier album . Zoom
Image
L’évolution de
la bande dessinée
La libération des mœurs et le vieillissement
du public originel facilitent l’arrivée
massive de bandes dessinées « adultes
».
Le journal « bête et méchant
» Hara-Kiri, créé en 1960,
regroupe Wolinski (Histoires lamentables, 1965),
Gébé (Il est fou, 1971), Reiser
(Gros dégueulasse) et Cabu (Mon beauf).
Des revues nouvelles (l’Écho des
Savanes, Métal Hurlant, Fluide Glacial,
À suivre) imposent des dessinateurs nouveaux.
L'écho des
Savanes de 1972
Des journaux non spécialisés s’ouvrent
à la bande dessinée (Rock and Folk
popularise le Hamster Jovial de Gotlib, le Nouvel
Observateur recrute Bretécher et ses Frustrés),
et les auteurs s’essaient avec succès
au dessin de presse (Wolinski à l’Humanité,
Cabu au Canard enchaîné).
Jean-Claude Forest crée Barbarella, en
1964, Georges Pichard et Wolinski inventent Paulette
en 1970.
De nouveaux noms apparaissent : Christian Binet
crée Kador puis les Bidochon dans Mormoil
puis Fluide Glacial, Frank Margerin impose Lucien
à Métal Hurlant.

Barbarella
. Zoom
Image (B.D réservée
aux adultes)
Le salon de la bande dessinée d’Angoulême,
fondé en 1978, coïncide avec la mode
des albums directs, non parus dans une revue.
La bande dessinée renoue dans les années
1980 avec le roman-feuilleton, en inventant des
séries qui courent sur plusieurs albums,
fidélisant un nouveau public :François
Bourgeon, les Passagers du vent ; Hugo Pratt,
Corto Maltese ; Moebius, Vance et Jean Van Hamme,
XIII …

Corto Maltese
Au cours de ces dix dernières années,
les mangas, reflet de la culture japonaise, ont
largement conquis les lecteurs français.

Sakura
Facilement reconnaissables par leur graphisme,
ils abordent un large éventail de thèmes
satisfaisant ainsi aussi bien un public enfantin
qu’adulte: Otomo Katsuhiro, Akira ; Shirow
Masamune, Appleseed ; Tesuka Osamu, le Roi Léo,
Astro le petit robot, Black Jack ; Toriyama Akira,
Dragon Ball ...

Dragon Ball Z
Il est à noter que l’Algérie,
Cuba et la Chine utilisent la bande dessinée
à des fins didactiques.
La bande dessinée soumise
à la critique
A en croire les sondages effectués, les
lecteurs actuels de bandes dessinées sont
en majorité des garçons de 10 à
14 ans.
Parents, éducateurs et psychiatres regardent
d’un mauvais œil les bandes dessinées.
Certaines séries véhiculeraient
des idéologies douteuses.
A en croire les spécialistes, Tintin,
par exemple, serait le « support des contre-valeurs
racistes et misogynes ».

Zoom
Planche Tintin
Les Mangas sont particulièrement critiqués
pour la violence que ces bandes dessinées
véhiculent dans la plupart des cas. Guerre
et conflits seraient trop idéalisés
à travers un héros immortel et invincible
qui banalise la mort et la violence.
Faut-il pour autant condamner la bande dessinée
? Comme pour tout autre support, les enfants doivent
surtout apprendre à déceler les
éventuelles allusions douteuses. Il appartient
donc aux parents d’analyser si nécessaire
les textes en compagnie de leurs enfants.
V.B (18.05.2006)
Dossier complémentaire
Tintin
d'Hergé: Inspiré du National Geographic
Magazine
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