Les Açores
Avec
les premières recherches océanographiques,
l'hypothèse de l'océan Atlantique revient en force.
L'exploration des hauts-fonds prés des
Açores révèle l'existence
d'une chaîne sous-marine de montagnes volcaniques,
qui sépare en deux l'océan Atlantique.
Ce
rift est une sorte de cicatrice, qui témoigne
de la dérive des continents pressentie
au début du XXe siècle par le géophysicien
allemand Wegener.
Enthousiasmé par ces découvertes,
L. Donelly en déduit que l'Atlantide est
bien la mère de toutes les civilisations
: il explique ainsi les ressemblances architecturales
entre pyramides égyptiennes et précolombiennes.
Évidemment, il ne tient aucun compte des
écarts chronologiques qui existent entre
les bâtisseurs de ces monuments !

Vue
panoramique aux Açores. By Vidade vidro
Ultérieurement,
O. H. Muck, développant des arguments avancés
par les archéologues Kircher et Schliemann,
soutient que les Açores sont l'ancienne
Atlantide. II insiste sur la situation géographique
des Açores, note qu'elles forment une zone
de fracture de l'écorce terrestre et qu'elles
sont riches de volcans en activité.
Mais
d'autres pensent que l'Atlantide se trouvait en
fait dans la partie ouest de l'océan Atlantique,
á proximité de l'île de Bimini
(archipel des Bahamas).
En
1968, une structure engloutie est découverte
dans cette zone. Des recherches s'ensuivent, menées
par M. Valentine, conservateur honoraire du musée
des sciences de Miami, et D. Rebikoff, expert
en photographies sous-marines. Deux murs sont
reconnus, orientés perpendiculairement
l'un á l'autre.

Ile de Bimini vue d'avion. By Esthr
Bimini
s'enfonçant régulièrement
dans l'océan, les deux chercheurs datent
ces constructions d'il y a 8 á 10 000 années,
c'est-à-dire d'une époque où
aucun peuple de la région connu des archéologues
ne possédait un niveau technique lui permettant
de réaliser de tels murs. Le seul problème
est qu'on a mis en doute, depuis, l'origine humaine
de telles structures, considérées
aujourd'hui plutôt comme un phénomène
naturel.
L’hypothèse Crétoise
Cette
hypothèse, défendue par des scientifiques
de valeur, tente de concilier le récit
de Platon et les derniers acquis de la géologie
et de l'océanographie atlantique. Un préhistorien
de renom, Georges Poisson, a cru pouvoir en présenter
une synthèse cohérente.
D'après
lui, il existait, dans l'Atlantique Nord, un pont
terrestre qui, depuis la fin de l'ère secondaire,
permettait de rejoindre l'Amérique à
pieds secs, depuis l'Europe. L'Atlantide aurait
été une des presqu'îles de
cette langue de terre et cette presqu'île
aurait été orientée vers
le sud.
Petit
à petit, ce continent intermédiaire
entre les deux continents actuels se serait effondré
sous la mer et l'Islande n'en serait plus qu'un
vestige septentrional.
L'instabilité
des îlots volcaniques du rift atlantique,
la présence, au nord des Açores,
de roches immergées depuis à peine
quelques milliers d'années et l'existence
de la mer des Sargasses seraient autant de preuves
supplémentaires de l'immersion de ce continent.
Sur le plan historique, Georges Poisson accepte
la date de neuf mille ans avant Solon proposée
par Platon, ce qui soulève immédiatement
deux contradictions insolubles.
Selon
le Critias, nous l'avons vu, l'île atlante
était riche en métaux et son agriculture
était prospère.
Or, l'Europe était á cette époque
en pleine glaciation würmienne : la civilisation
du renne ignorait aussi bien l'élevage
que la domestication du cheval ou l'usage des
armes métalliques. Elle ignorait encore
plus la navigation et l'architecture, sciences
dans lesquelles, selon Platon, les Atlantes excellaient.
Il n'aurait donc rien pu y avoir de commun entre
les premiers balbutiements des Européens
et l'éclat culturel des Atlantes.
Curieusement,
Georges Poisson, aveuglé par le souci de
défendre sa thèse, refuse de tenir
compte du Critias de Platon, qu'il range parmi
les récits légendaires de l'Antiquité,
mais se réfère au Timée,
beaucoup plus imprécis et donc... beaucoup
plus facile à interpréter !
Pourquoi,
si l'on considère le Critias comme le fruit
de l'imagination d'un Athénien soucieux
de mettre sa ville et son victorieux passé
en avant, ne pas adopter la même attitude
critique à l'égard du Timée
?
Georges
Poisson ne se pose pas la question et affirme
que la lutte entre Athéniens et Atlantes
n'était qu'une transposition mythique de
la lutte entre la race de Cro-Magnon et celle
des hommes de Combe Capelle.
Une fois de plus, le théoricien de l'Atlantide
atlantique demeure brouillé avec la chronologie
: rien ne vient prouver que ces deux races d'hommes
préhistoriques aient pu se rencontrer et
se combattre...
Enfin,
la géologie sous-marine n'a pas apporté
á l'hypothèse canarienne de l'Atlantide
la moindre preuve : le continent disparu a si
bien disparu qu'il n'a même pas laissé
de traces sous la mer !
L’île de Santorin
Regardons
donc du côté de la mer Égée.
Cette hypothèse, contrairement á
la première, repose sur des bases géologiques
incontestables.
Il
est possible que le tremblement de terre décrit
par Platon soit celui qui ébranla, à
110 km au nord de la Crète, Thira ou Thêra
(Santorin).

On
estime, de façon réaliste, qu'un
gigantesque raz de marée a dû venir
ravager la côte nord de la Crête.
Il y aurait eu une vague haute de 200 m, tandis
qu'un nuage de cendres aurait obscurci le ciel
de la mer Égée pendant une semaine.

Ile de Santorin. By Barberousse 38
Après
quelques jours, ce nuage a probablement laissé
sur le sol une couche de cendres d'une quarantaine
de centimètres d'épaisseur, qui
a rendu la vie impossible aux survivants.
Spiridon
Marinatos, l'archéologue grec qui a le
mieux étudié ce cataclysme, a découvert,
dans l'île de Thêra, des vestiges
minoens enfouis sous la cendre depuis trente-cinq
siècles. Il en a déduit, avec bon
nombre de scientifiques, que ces vestiges présentaient
certaines analogies avec l'Atlantide de Platon
qui aurait donc pu se situer en Crête.
Des
recherches récentes, analyses dendrochonologiques,
de dépôts volcaniques et études
de carottes glaciaires, prouvent que ces séismes
ont eu lieu 50 ans avant le début du déclin
crétois, en 1450 avant notre ère.
Arguments et contre arguments
Là
encore, le problème de la chronologie se
pose : la civilisation minoenne est parfaitement
datée, aux alentours du deuxième
millénaire avant notre ère. Ce qui
fait tout de même un décalage de
sept mille á huit mille ans avec la chronologie
platonicienne.
Selon
certains exégètes du Timée
et du Critias, Solon aurait pu être abusé
par les prêtres égyptiens et il aurait
pu confondre, en transcrivant les hiéroglyphes,
les siècles et les millénaires.
Dans cette hypothèse de confusion, l'effondrement
de l'Atlantide se place à peu prés
á l'époque de l'explosion du volcan
de la mer Égée.

Vestiges
des habitations d'un quartier de la voie sacrée
de Théra. By Danoots
On
pourrait alors admettre que le tableau de la civilisation
atlante laissé par le Critias correspond
à ce que devait être la civilisation
crétoise du deuxième millénaire,
avec ses palais fastueux, sa marine et ses éléphants.
Justement,
avec les éléphants, on peut commencer
á se poser des questions. On peut également
s'en poser sur la présence des métaux,
en Crête, á cette époque-là.
Les
pierres rouges, blanches et noires dont parle
Platon rappellent incontestablement celles que
l'on peut trouver, aujourd'hui, dans l'actuelle
Santorin.
Les
recherches sous-marines menées par le commandant
Cousteau sont venues confirmer l'ampleur de la
catastrophe volcanique, qui peut seule expliquer
l'énigme archéologique que posait
le déclin brutal de la Crête minoenne
au XVIe siècle avant notre ère.
Les
choses se compliquent pourtant quand on aborde
le problème de la guerre entre Atlantes
et Athéniens : les Minoens étaient
des marins, des commerçants et des pêcheurs,
mais pas du tout des guerriers. Les Égyptiens,
qui les nommaient les Keftiou, ne les considéraient
pas comme offensifs et ne les ont jamais confondus
avec les fameux « Peuples de la mer et du
nord », dont nous reparlerons.
On
voit donc mal les paisibles Crétois se
doter de moyens militaires considérables
et se lancer dans une politique d'invasion pour
le moins aventureuse.
Même en admettant l'exagération naturelle
propre aux conteurs athéniens, qui voulaient,
en magnifiant la force de leur adversaire, magnifier
leur propre victoire, un tel décalage entre
ce que nous savons des Minoens et ce que nous
croyons savoir des Atlantes étonne.
S'ils
ont fait du commerce dans toute la Méditerranée,
les Crétois n'ont jamais dominé
« la Libye jusqu'à l'Égypte
» ou «l'Occident jusqu'à l'Étrurie
».
Hormis
la légende du Minotaure, difficile à
interpréter sur le plan historique pur,
il n'y a pas de traces d'une tentative de soumission
des habitants de l'Attique par les Crétois.
C'est même l'inverse qui s'est produit :
la Crête a d'abord été envahie
par les Achéens, et ensuite par les Doriens.

Scène
de tauromachie. Fresque provenant du palais de
Cnossos, en Crète. Minoen récent,
vers 1500 avant J.-C. By Lorisgirl
Seulement,
Platon parle également de sacrifices de
taureaux. Là, en revanche, nous savons
que les Crétois vouaient un culte spécial
au taureau. Ce culte ne leur était d'ailleurs
pas particulier : il est attesté sur tout
le pourtour méditerranéen, de l'Anatolie
á l'Espagne.

Vestiges d'un portique solennel,
fortemment restauré par Evans, à Cnossos. By Ametxa
Enfin,
en s'en tenant á la localisation géographique
indiquée par Platon, l'Atlantide se serait
trouvée « au-delà des colonnes
d'Hercule », c'est-à-dire á
l'ouest de Gibraltar. Et les envahisseurs seraient
venus « des profondeurs de la mer atlantique
»
Est-ce là une indication qui vient renforcer
l'hypothèse «nordique », émise
par Jurgen Spanuth, un pasteur allemand ? Est-il
seulement possible d'y voir clair, entre une archéologie
incertaine et un texte littéraire douteux
?
V.B
(06.08.2006)
Partie
I : L’Atlantide
a-t-elle existé ?
Partie II : A la recherche de l’Atlantide
Partie III : Les
Atlantes sont-ils des peuples nordiques ?
Crédit photographique
Les photos sont sous licence creative commons et proviennent du site Flickr
< Enigme Archéologie.
Paléontologie
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