Des vagues d’envahisseurs
Jürgen
Spanuth a été frappé de constater
que, douze cents ans avant notre ère, des
vagues d'envahisseurs venus du nord ont déferlé
sur le bassin méditerranéen, à
la fois par la terre et par la mer.
C'est
á cette époque-là que les
Doriens arrivent en Grèce et détruisent
la civilisation mycénienne. C'est à
cette époque-là que les Phrygiens
rayent de la carte l'Empire hittite. C'est à
cette époque-là que les Philistins
s'emparent de la Palestine et donnent leur nom
à ce pays.
Au même moment, en Égypte, les attaques
des « Peuples de la mer » font courir
un danger mortel á la civilisation des
pharaons. Ramsès III devra engager toutes
ses forces pour les repousser et les dissuader
pour longtemps de revenir dans le delta du Nil.

Les
"Peuples de la Mer" illustrés
sur les murs du temple de Médinet
Habou, en Egypte. By Kairoinfo 40
Des bouleversements géologiques
Le
XIIe siècle avant notre ère est également
une période cruciale pour le paysage méditerranéen
lui-même : le Sahara entre alors dans sa
phase finale et définitive de désertification.
Le
relief des côtes du nord de l'Europe se
modifie. De nombreux séismes ravagent le
bassin oriental de la Méditerranée.
Le volcan de l'île de Santorin explose.

L'île
de Santorin. By Ehpien
Sur
les parois du temple de Médinet Habou,
Ramsès III a fait graver le récit
de sa campagne victorieuse contre les Peuples
de la mer. Sur ces bas-reliefs, on peut voir comment
l'océan a submergé les îles
et la capitale des envahisseurs venus du nord.
La
Bible aussi conserve un souvenir précis
du Déluge : peut-être s'agit-il d'un
même souvenir d'engloutissement de cités
humaines par les eaux, transmis de génération
en génération jusqu'au peuple hébreu,
par l'intermédiaire des savants mésopotamiens.
En
tout cas, deux choses sont certaines les habitants
de Delphes se sont toujours présentés
comme les descendants des « Hyperboréens
» ; et l'étude géologique
des littoraux danois a confirmé que, au
cours du IIe millénaire avant notre ère,
une partie de la côte s'est abîmée
dans les flots.
Vestiges égyptiens
Sur
les bas-reliefs de Médinet Habou, les guerriers
venus du nord sont représentés avec
des casques á cornes et de curieuses coiffures
en forme de couronnes. Les sculpteurs du pharaon
ont également transmis le dessin de leurs
chars, de leurs navires et de l'organisation de
leur armée.

Bas-reliefs de Médinet Habou. Temple de Ramsès III. By Kairoinfo 40
A l'époque de ces combats pour la possession
du riche delta du Nil, aux greniers débordants
de céréales, il est probable qu'une
autre vague d'envahisseurs venus du nord, par
la terre cette fois, ait dû se heurter aux
guerriers de l'Attique.
Ce qui pourrait expliquer que la région
d'Athènes soit longtemps restée
imperméable à l'influence dorique.
Les Peuples de la Mer
Dans
Le Secret de l'Atlantide (Éditions Copernic,
1977), Jürgen Spanuth rappelle que, pour
évoquer le pays des Peuples de la mer,
les textes égyptiens parlent du «
pays de l'obscurité ». On peut voir
là une allusion aux brumes du nord et á
l'interminable hiver qui obscurcit le ciel sous
les latitudes septentrionales.
De
plus, par une subtile exégèse, le
pasteur archéologue affirme qu'il faut
traduire le texte de Platon d'une manière
un peu plus rigoureuse : quand Platon parle d'un
pays « à l'abri des vents du nord
», Jürgen Spanuth avance qu'il faut
comprendre que les envahisseurs viennent d'un
pays « en direction des vents du nord ».
A
Médinet Habou, les artistes du pharaon
ont très précisément reproduit
les armes des Peuples de la mer : on y reconnaît,
entre autres, les fameuses épées
à sole plate et à rivets, caractéristiques
des cultures indo-européennes, et qui ont
été retrouvées, en grand
nombre, dans le nord de l'Europe, et des boucliers
ronds, eux aussi caractéristiques de ces
cultures.
Même
la forme des bateaux, absolument comparables à
ceux qui sont reproduits sur certaines pierres
gravées du sud de la Suède, est
un indice sérieux en faveur de l'hypothèse
« nordique » de localisation de l'Atlantide.
Platon
parlait d'un « rocher dominant la mer à
pic » et de « pierres blanches, noires
et rouges ».
Pour Jürgen Spanuth, Basileia, la ville royale
et la capitale des Atlantes, peut ainsi être
située à Héligoland, une
île de la mer du Nord, au large des côtes
allemandes et danoises. Une colline, submergée
depuis, aurait pu être l'oppidum dont parlait
Platon.

Héligoland. By Arend Kuester
En
1953, des plongeurs sous-marins ont découvert
des restes d'enceintes, á 9 km d'Héligoland,
l'« île sacrée » des
anciennes cultures nordiques. Faute de moyens,
ces fouilles sous-marines n'ont pas été
poursuivies. On ne peut que le regretter...
Platon
parlait beaucoup de l'orichalque, un mystérieux
minerai dont les Atlantes auraient fait la base
de leur commerce et la source de leur richesse.
Peut-être s'agit-il, si la démonstration
de Jürgen Spanuth est juste, de l'ambre,
cette résine fossile que les anciens peuples
européens appréciaient autant que
l'or, notamment pour faire des parures, et qu'on
ne trouvait que sur les côtes des mers nordiques.
Arguments et contre arguments
Chercheur
« parallèle », en tout point
comparable á Schliemann, l'homme qui a
découvert le site de Troie, Jürgen
Spanuth a vu sa thèse très contestée.
On
lui a beaucoup reproché son amateurisme.
Il est vrai que, souvent, il s'arrange pour tourner
ou pour écarter certains faits gênants.
On
pourrait s'étonner, en effet, de voir des
éléphants s'ébattre sur les
côtes danoises. Le texte de Platon est pourtant
formel. Jürgen Spanuth évoque alors
une confusion entre elephas « l'éléphant
» et elaphos « le cerf ».
Faut-il
alors placer l'Atlantide du côté
d'Héligoland et faire des Peuples de la
mer les descendants des Atlantes qui auraient
survécu à l'engloutissement de leurs
terres ?
La
prudence s'impose. Une seule certitude : l'effondrement,
dans la mer, il y a plus de trente siècles,
d'une partie des côtes du Jütland.
Tous les autres indices (les bas-reliefs de Médinet
Habou, les armes nordiques, l'ambre, etc.) ne
sont pas des preuves.
L'archéologie
a pourtant donné un nouvel atout á
Jürgen Spanuth : on a retrouvé, sur
le site même d'Héligoland et dans
différents gisements sous-marins, des lingots
de cuivre et de nombreuses traces d'une exploitation
très ancienne de minerai. Or, le texte
de Platon mentionnait la présence, parmi
les richesses du sous-sol atlante, de «
cuivre sous une forme dure et malléable
».
Le texte de Platon est-il fiable ?
Mais
faut-il croire au texte de Platon ? Il se peut
que plusieurs traditions se soient mêlées,
au cours de centaines d'années de récits
et de légendes orales, pour donner naissance
au mythe de l'Atlantide.
L'invasion
des Peuples de la mer, chassés de leurs
terres par un cataclysme marin naturel et l'explosion
du volcan de Thêra, lui aussi destructeur
d'une civilisation, ont ainsi pu se confondre,
avec d'autant plus de facilité que les
Grecs anciens ignoraient à peu prés
tout de leur histoire.
Vouloir
á tout prix prouver la cohérence
du texte de Platon est sans doute faire une mauvaise
approche du problème de l'Atlantide.
On sait qu'un texte littéraire peut «
transformer » la réalité :
très prés de nous, La Chanson de
Roland en est un exemple parfait. Les récits
homériques de L'Iliade et de L'Odyssée,
longtemps considérés comme légendaires,
ont fini par être reconnus comme vrais et
« décodés », au sens
strict du terme.
La
vérité sur l'Atlantide sortira probablement
d'une critique serrée du texte de Platon
et de sa « généalogie »,
qui devront être confrontées aux
données historiques et géologiques
disponibles.
Un
jour, l'Empire atlante cessera peut-être
d'être promené sur tous les continents
ou même sur toutes les planètes,
puisque certains auteurs ont même soutenu
que les Atlantes, vaincus par les Athéniens,
n'étaient, en réalité, que
des ... extra-terrestres !
V.B
(06.08.2006)
Partie
I : L’Atlantide
a-t-elle existé ?
Partie II : A
la recherche de l’Atlantide
Partie III : Les Atlantes sont-ils des peuples
nordiques ?
Crédit photographique
Les photos sont sous licence creative commons et proviennent du site Flickr
< Enigme Archéologie.
Paléontologie |