Des abandons en masse
Ce phénomène d’abandon des enfants en France
est récurrent jusqu’au début du 20e siècle.
Au début du 19e siècle, Paris compte en moyenne un
enfant trouvé pour 158 habitants et un enfant naturel pour
trois naissances.
La pauvreté est la première cause qui pousse les
familles à se débarrasser de leur nouveau-né.
A une époque où les moyens contraceptifs n’existent
pas et où l’avortement est interdit, l’arrivée
d’un enfant non souhaité dans une famille ouvrière
ne fait qu’intensifier la misère.
La deuxième cause est l’illégitimité
de la naissance. Si aujourd’hui, une femme peut mettre au
monde un enfant sans être mariée, il faut bien comprendre
que cette ouverture d’esprit est en fait très récente.
Les livres d’histoire précisent que cet état
d’esprit à perduré jusqu’au début
du 20e siècle ; en réalité, rien n’a
vraiment changé jusqu’à la fin de la seconde
guerre mondiale.
Au 19e siècle, la fille mère n’a droit ni au
respect, ni au travail. L’héroïne des Misérables
de Victor Hugo, Fantine, reflète parfaitement la condition
misérable que l’on réservait à celles
qui enfantaient en dehors des liens du mariage.
On comprend mieux pourquoi ces jeunes filles préféraient
abandonner dans la rue « le fruit du pêché ».
Une législation pour la protection de l’enfance
La législation est faite pour protéger l’enfant
mais également la mère. Le 28 juin 1793, la mère
qui abandonne son nouveau-né est pour la première
fois protégée de toutes poursuites. Son anonymat est
en plus garanti : « Il sera pourvu par la nation aux frais
de gésine de la mère et à tous ses besoins
pendant la durée de ses couches. Le secret le plus inviolable
sera conservé sur tout ce qui la concerne. »
Le 27 novembre 1795, les enfants sont pris en charge : «
Les nouveau-nés seront gratuitement accueillis dans les hospices
civils de la République. »
En mai 1796, on légalise le fait de faire élever
par des nourrices des petits orphelins.

Allégorie en l'honneur
du rôle de l'Etat en faveur des enfants orphelins.
Détail d'une plaquette de Debet-Ponsan.
Le décret du 9 janvier 1811 donne une forme définitive,
pour un siècle, à la protection de l’enfance.
Tous les enfants privés de famille avant leurs 12 ans deviennent
« pupilles de l’état. »
Ce décret officialise également les « tours
». Ce sont des caisses tournantes en bois qui sont installées
dans le mur des hospices. Ils reçoivent les bébés
abandonnés en évitant aux parents de s’identifier.
Cette méthode peut nous paraître aujourd’hui
incroyable mais elle a évité de nombreux infanticides.
Entre la législation et la réalité
Une loi ne peut changer les états d’esprit. Il faut
parfois des siècles avant que les choses changent réellement.
Cette nouvelle législation ne fait pas exception à
la règle. A Paris, le séjour moyen d’un enfant
à l’hospice des enfants assistés, l’actuel
hôpital Saint-Vincent-de-Paul, est de 72 heures.

La salle des enfants trouvés
à l'hôpital Cochin (gravure du 19e siècle,
Paris)
Pourtant, pendant ce bref laps de temps, beaucoup de bébés
meurent. Ils sont victimes de maladies telles que la scarlatine,
la rougeole ou la diphtérie qu’ils contractent dans
cet établissement à l’hygiène déplorable
ou qu’ils avaient déjà contractées.
La tuberculose fait notamment des ravages.
A l’hospice, l’enfant reçoit un collier en os
qui porte son numéro d’immatriculation.
Le plus rapidement possible, à cause du nombre grandissant
d’abandons, l’hospice envoie les enfants chez une nourrice.
Les nourrices sont recrutées en fonction de « leurs
bonnes mœurs » et de leurs capacités d’allaitement.
Mais, il arrive souvent que les enfants meurent au cours du voyage
ou dans leur foyer d’accueil.
Ils meurent à cause des conditions de vie effroyables et
des maladies. Les nourrices ne sont en aucun cas inquiétées
en cas de décès.
Ces placements sont dans la plupart des cas un bon moyen pour les
familles d’accueil de recevoir une pension. Ce n’est
qu’une opération financière dans laquelle le
bien être de l’enfant n’a aucune place.
Dès que les orphelins atteignent leur 12ème année,
les versements des pensions sont arrêtés.
En pratique, six enfants sur dix restent dans ce foyer et servent
de main d’œuvre gratuite. Les autres sont placés
comme apprentis ou domestiques par l’administration. La plupart
tournent mal, tombant dans la prostitution ou le crime.
Il est difficile de préciser dans quelle proportion car aucun
suivi n’est effectué après la cessation des
pensions.
La protection de l’enfance maltraitée
C’est en février 1805 que l’assistance publique
commence à prendre forme. En 1811, les budgets de la protection
de l’enfance sont départementalisés. C’est
également la création des Commissions hospitalières
qui préfigurent des actuelles D.D.A.S.S (Directions Départementales
des Affaires Sanitaires et Sociales).
La loi du 24 juillet 1889, dite loi Roussel, élargit la
protection judiciaire aux enfants maltraités.
C’est en 1923 que l’adoption de mineurs est légalisée.
Si aujourd’hui, l’enfant est particulièrement
protégé par la législation, il faut bien dire
que sa mise en place a été très laborieuse
en France comme dans l’ensemble des pays européens.
C’est en 1802, en Grande Bretagne, que la première
loi sur le travail des enfants est née. En l’absence
de toute législation, les patrons avaient le loisir d’user
et d’abuser de la main d’œuvre féminine
et enfantine.
Il régnait au 19e siècle, un taux de mortalité
chez les enfants issus de milieux ouvriers, trois fois plus importants.

Le travail dans les mines
(gravure du Magasin pittoresque, 1843)
Pour ceux qui survivaient, leur destin n’était guère
brillant : ces enfants, analphabètes, étaient ruinés
physiquement par le travail.
Dès l’âge de 4 ans, des centaines de milliers
d’enfants étaient employés dans les secteurs
du textile ou dans les mines.
A titre d’exemple, dans les mines, les plus jeunes font office
de « trappers » : recroquevillés dans une niche,
et souvent dans le noir complet, ils actionnent les portillons d’aération
au passage des convois. Le travail dure jusqu’à 15
heures par jour.
Encore un long chemin à parcourir
Il faut savoir qu’encore aujourd’hui, on estime la
main d’œuvre enfantine à 300 millions dans le
monde. L’Inde est le pays où la situation est la plus
dramatique.
Selon les chiffres officiels, environ 90 000 enfants de moins de
15 ans, en Europe, travaillent dans la plus parfaite illégalité.

La fabrication des briques. Une tâche
pénible pour les enfants de 5 ans
Quant à la protection de l’enfance maltraitée,
les derniers procès en cours montrent à quel point
le problème est loin d’être résolu.
Les lois sanctionnent mais ne pourront jamais changer les mentalités
d’une certaine catégorie d’hommes et de femmes
qui, de mon point de vue, sont le parfait reflet de la face sombre
de l’humanité.
V.B (03.2005)
Dossier Complémentaire sur l'assistance publique
La
protection de l'enfance en Chine: une loi innovante
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