L’origine
de l’art préhistorique. Les premières
sculptures de la Préhistoire
Des milliers d’années avant les célèbres
vénus du gravettien, nos ancêtres sculptaient
des êtres hybrides, des animaux et des danseuses.
Ces figurines, vieilles de plus de 30 000 ans avant
notre ère, remettent en question l’origine
de l’art.
Les gisements de Vogelherd, de Hohenstein-Stadel
ou de Hohle Fels ont livré d’extraordinaires
créations.
L’homme de Cro-Magnon n’était
pas le seul à s’intéresser à
l’art. Des réalisations d’Homo
erectus ont été découvertes.
L’art est bien plus ancien qu’on ne
le pense traditionnellement.
Les vénus et l’art pariétal
On pense souvent que les hommes préhistoriques ont inventé
l’art figuratif en peignant notamment des animaux sur les
parois des grottes.
L’art pariétal a été pendant longtemps
considéré comme le père de tous les arts à
venir comme le montrent certaines peintures de la grotte Chauvet,
âgées de près de 33 000 ans.
Grotte Chauvet
Les célèbres vénus du gravettien, âgées
d’environ 28 000 ans, sont quant à elles considérées
comme les premiers symboles de la féminité et de la
fertilité. Elles marquent les premières valeurs de
l’humanité, centrées sur la mère.
Vénus de Laussel ou "Dame
à corne", Dordogne
Ces idées schématiques ont été remises
en cause par la découverte de statuettes qui remontent à
au moins 34 000 ans, pour les plus anciennes.
Ces gisements ont été mis au jour en Allemagne. Ces
figures appartiennent à la culture aurignacienne, la même
que celle de la grotte Chauvet.
Les premières idoles de la préhistoire
Il y a 35 000 ans, l’homme de Cro-Magnon, en Europe, sculpte,
grave, poli et peint l’ivoire et la pierre.
Son imaginaire symbolique ne fait aucun doute. Les gisements allemands
nous ont livré d’extraordinaires statuettes.
L’archéologue américain, Nicolas Conard, a
notamment mis au jour ce qui pourrait être la plus ancienne
des œuvres d’art.
Il s’agit d’une statue d’homme-lion exhumée
dans la grotte de Hohle Fels, à côté d’Ulm,
dans le sud de l’Allemagne.
Les représentations figuratives sont animales mais également
humaines. Elles remontent à – 34 000 ans au minimum.
Il s’agit de figurines d’os ou d’ivoire en forme
de cheval principalement et à forme humaine.
La représentation de l’homme est assez ambiguë
car il s’agit d’êtres hybrides avec un corps d’homme
et un visage caché, comme par une cagoule, ou avec une tête
animale.
Ces figurent seraient plutôt masculines comme en atteste
la proéminence visible à l’entrejambe.
Sur ce point, tous les préhistoriens ne sont pas d’accord.
La reconstitution de la statuette à tête de félin
serait une femme-lionne, dans la mesure où elle ne porte
pas de crinière.
Le débat reste ouvert.
L’homme-lion mesure 28,6 cm de haut. Les morceaux de cette
statue en ivoire de mammouth ont été retrouvés
en 1939 parmi des centaines de fragments.
Non étudiés, ces débris ont été
redécouverts en 1969. La reconstitution a pris près
de 20 ans.
La danseuse de Galgenberg
On l’appelle « Fanny » ou encore « la Danseuse
». Elle a été découverte en 1988 près
de Stratzing, en Autriche.
Elle est la plus ancienne vénus paléolithique connue.
Haute de 7,2 cm, cette représentation féminine vieille
de 32 000 ans a été sculptée dans du schiste
vert.
Elle ne ressemble nullement aux opulentes vénus ultérieures.
Elle s’apparente plus à une jeune danseuse.
Son sein gauche est déporté par un mouvement que l’artiste
a très bien suggéré.
De même, la Dame à la capuche, trouvée à
Brassempouy (Landes, en France) qui date de – 29 000 ans,
semble trop frêle pour incarner une lourde déesse de
la fertilité.
L’aurignacien n’était peut-être pas plus
matriarcal que ne l’est notre époque.
Le bestiaire de Vogelherd
C’est dans la première moitié du XXe siècle
que ces statuettes ont été exhumées. Elles
sont datées de – 32 000 ans.
Le bestiaire est très riche : cheval, lion ou bison. Les
statuettes ont été sculptées dans l’ivoire.
Ces figurines, au modelé remarquable, ont le corps orné
de petites cupules et de croisillons gravés.
Il est difficile de croire, face à ces réalisations
exemplaires, que l’art en était alors à ses
débuts. Elles témoignent d’une tradition artistique
certainement bien plus ancienne.
La vénus de Berekhat Ram
Taillée dans du tuf basaltique, cette figurine a été
découverte sur le site acheuléen de Berekhat Ram,
à la frontière israélo-syrienne.
Ce serait la plus ancienne sculpture du monde.
Œuvre probable d’Homo erectus, la statuette a été
retrouvée entre deux niveaux de cendres volcaniques datés
de – 230 000 ans et – 800 000 ans.
Face aux doutes soulevés par cette découverte, les
analyses microscopiques effectués par l’anthropologue
américain A.Marchack, ont incontestablement démontré
que cette figurine a été taillée par l’homme.
Une autre création d’Homo erectus aux formes humaines
plus marquées a été dégagée en
1999, à Tan-Tan, dans le sud du Maroc.
Son âge se situerait entre 300 000 et 500 000 ans.
Symbolisme du premier art préhistorique
Les statuettes de l’aurignacien ont été rarement
retrouvées à proximité de tombes. Elles ne
faisaient donc pas forcément partie d’un rite funéraire.
On peut bien sûr y voir des dieux ou des déesses. L’homme-lion
nous fait penser à la déesse égyptienne Sekhmet.
Cependant, cet art démontre que les facultés d’abstraction
de ces hommes n’étaient pas si différentes des
nôtres.
Il s’agit là de la représentation de la réalité.
Nous sommes très loin des monstrueuses vénus du gravettien.
Les statuettes ne sont nullement figées. La femme danse
et le cheval galope. Il faudra attendre l’époque magdalénienne
(Grottes de Lascaux et d’Altamira) pour retrouver cette dynamique
figurative.
Grotte d'Altamira
L’art de l’aurignacien qui semble surgir du néant
reste à ce jour une énigme.
V.B (13.12.2005)
Bibliographie principale
La femme des origines, image de la femme dans la préhistoire
occidentale, Claudine Cohen, Belin-Herscher, 2003
Au cœur de la Préhistoire, Chasseurs et Artistes, Denis
Vialou, Découverte Gallimard, 1996
Préhistoire des religions, Marcel Otte, Masson, 1997
Les premières idoles, Sciences et Avenir, janvier 2004