Piégée par la toile, enveloppée
dans la soie et condamnée à mort,
la proie ne peut rien contre l’araignée,
l’une des créatures les mieux armées
de la nature.
Les toiles d’araignées sont présentes
partout dans le monde et dans chaque recoin du jardin
ou de la maison.
Les araignées ont colonisé tous les
continents sauf l’Antarctique. Un chercheur
britannique a calculé que dans son pays,
les terres cultivées abritaient plus d’un
million d’araignées par hectare.
L’arme essentielle de l’araignée
est sa toile et il en existe de multiples formes
selon les espèces. Mais, la soie sert aussi
à de multiples usages : habitat, chasse,
déplacement ou protection des jeunes.
Confection de la toile de l’araignée
La soie coule sous forme liquide des filières situées au bout
de l’abdomen. Tiré par les pattes ou collé
à un support distant, le fil durcit sous l’action
combinée de l’air et de la traction. A la base,
c’est une substance protéique synthétisée
et stockée dans les glandes séricigènes.
Il existe jusqu’à neuf différentes sortes
de ces glandes. Chacune produit un seul fil doté de
propriétés spécifiques.
Certaines araignées, comme les Uloboridés,
combinent les fibres afin de produire différents fils
de soie. Chaque fil ne peut être utilisé que
pour une tâche particulière.
Aucune machine humaine n’est capable de faire un fil
aussi mince et aussi résistant. La soie
des araignées est plus élastique
que le Nylon et plus résistant que l’acier.
La soie gluante est d’une élasticité
incroyable sous l’effet d’un impact. Elle peut
atteindre jusqu’à quatre fois sa longueur au
repos. Certaines araignées resserrent les rayons de
la toile à l’approche d’une proie pour
éviter de l’expédier au loin, comme un
trampoline.
La toile de forme géométrique est la plus courante.
Une araignée met moins de une heure et demie pour la
construire et utilise jusqu’à 30 m de soie.
La toile est confectionnée, dans la plupart des cas,
par la femelle. Les mâles cessent de tisser lorsqu’ils
parviennent à l’âge adulte pour aller batifoler,
préférant faire l’amour plutôt que
la guerre.
Les femelles, elles, ont besoin de protéines des insectes
pour produire des œufs et tissent par conséquent
des toiles durant toute leur vie.
A l’origine, il y a quelque 400 millions d’années,
les araignées se servaient surtout de leur
soie pour se confectionner une cachette.
Ensuite, les araignées ont commencé
à s’équiper de toiles aériennes
quand les insectes se sont équipés
d’ailes.
L’araignée se livre à des calculs très
complexes chaque fois qu’elle tisse une toile. De quel
espace je dispose ? Quel est mon stock de soie ? Quels sont
les points d’attache disponibles ?
C’est loin d’être un automate car elle
doit s’adapter à chaque fois.
Des toiles de différentes formes
Si les tarentules, les araignées à terrier
operculé et quelques autres utilisent encore
leur soie pour se mettre essentiellement à
l’abri, un bon tiers des 35 000 espèces
d’araignées recensées tisse
des toiles géométriques.
L’autre tiers confectionne des toiles à
entonnoir ou des toiles-chaussettes.
L’argiope, une araignée très fréquente
en Europe, réalise des toiles selon une architecture
particulière.
L’agencement des fils permet de réfléchir
les rayons ultraviolets, connus pour attirer les insectes.
La toile se transforme en un véritable miroir aux
alouettes. La toile de l’argiope se reconnaît
à son zigzag blanc.
La toile : un piège mortel
L’utilisation la plus connue de la toile est la réalisation
d’un piège. Les araignées ne s’engluent
pas elles-mêmes car leurs pattes sont recouvertes d’une
substance huileuse. De plus, elles prennent soin de se déplacer
sur le cadre non gluant des rayons.
En effet, les fils peuvent être secs ou mouillés,
laineux ou gluants selon l’usage que l’araignée
veut en faire.
L’araignée est à l’affût
et attend patiemment qu’une proie se laisse piéger.
L’araignée peut être postée au centre
de sa toile. C’est le cas de l’argiope. Dès
qu’un insecte touche les fils collants, elle fonce dessus
et l’enroule avec un autre fil pour que son repas ne
s’échappe pas.
Pêcheur de nuit, la Deinopis, attend aux
aguets qu’un papillon de nuit ou tout autre
insecte passe à sa portée. En un
éclair, le prédateur déploie
son filet et enferme sa proie.
Il existe une espèce, baptisée Dizzydeani par
le biologiste Bill Eberhard, qui réduit sa toile à
une boulette imprégnée de salive et placée
sur un fil.
Elle produit une imitation du parfum d’un papillon de
nuit femelle afin d’attirer les mâles. Quand un
monsieur accourt, elle l’assomme avec la boulette et
le ramène pour le déguster.
La plus grande toile géométrique
est celle de la Nephila géante. Elle mesure
plus d’un mètre. Elle peut y prendre
au piège des grosses proies comme une grenouille.
Certaines espèces de petites
araignées tissent une toile commune pour
capturer de grosses proies.
Cependant, la chasse n’est pas facile. En moyenne,
une mouche ne reste pas plus de cinq secondes dans une toile
géométrique. Les chercheurs estiment que plus
de 80% des insectes parviennent à s’échapper.
L’araignée doit donc faire vite et paralyser
sa proie grâce à ses chélicères
terminés par des crochets inoculateurs
de venin.
Elle peut également l’immobiliser en l’enrobant
très vite d’une soie spéciale ressemblant
à de la gaze.
La soie pour une descente en rappel
La plupart des espèces n’oublient
jamais de laisser courir derrière elles
un fil de soie arrimé, à intervalles
réguliers, à un support quelconque.
Si un choc trop brutal ébranle la toile, l’araignée
tombe puis remonte rapidement grâce à ce fil
de sécurité.
La soie : moyen de locomotion
Lorsqu’il prend à une araignée l’envie
de voyager, elle grimpe sur un point situé en hauteur
et lâche suffisamment de fils pour avoir une chance
de prendre le vent et, ainsi, s’élever comme
une montgolfière.
Pattes écartées pour mieux être portée,
elle peut être entraînée à plus
de 4 km d’altitude, et parcourir 300 km.
Ce mode de déplacement
est très courant chez les araignées. Selon une
étude, environ la moitié des araignées
installées dans un champ d’un hectare y sont
arrivées par la voie des airs.
Imaginez 1 800 araignées qui débarquent quotidiennement
avec leurs parachutes en fil de la Vierge !
Ce moyen de transport, appelé le « ballooning
» est également utilisé par les juvéniles
pour pouvoir coloniser de nouveaux territoires.
La toile comme abri
De nombreuses espèces se servent de la soie à
la fois comme isolant pour leur terrier et comme piège.
L'entonnoir soyeux au fond du terrier est relié à
la toile, placée devant l'abri. A la moindre vibration,
l'araignée sort pour emporter son butin.
La confection d’un abri est une autre utilisation
importante de la toile. Il peut s’agir de
simples fils entrecroisés sous une feuille.
Mais, certaines mygales telles que les Cténizidés
et les Némésiidés, présentes
dans le Sud de la France, sont très ingénieuses.
Elles creusent des terriers dont elles tapissent les parois
de soie et ferment l’entrée par un opercule.
Ce clapet s’adapte parfaitement à l’ouverture
de la tanière et est mobile comme une trappe car fixé
par une charnière de soie.
La toile comme cocon
La soie est utilisée chez toutes les espèces
pour tisser le cocon protégeant les œufs.
L’argiope pond ses oeufs dans un cocon
de soie. Puis, elle met des bulles d’air
entre les fils pour que les petits soient à
l’abri du froid.
Elle cache sa progéniture dans les herbes
et meurt avant la naissance des petits. Elle ne
vit qu’un an.
La plupart des araignées ont une longévité
très courte. Mais, beaucoup de mygales peuvent vivre
10 à 20 ans. Chez ces Theraphosidae, une femelle peut
engendrer une génération par an, ce qui représente
plusieurs milliers de jeunes au terme d’une vie.