Quand les animaux rêvent
Pour être sûr d’avoir à faire à
un véritable dormeur, il faut que l’absence de mouvements
s’accompagne au moins de la posture de sommeil inhérente
à l’espèce.
En effet, chaque espèce possède une position spécifique
:
- Le chien se met en boule
- La guêpe garde la tête baissée, antennes
enserrées entre les pattes antérieures
- La chauve-souris se pend à l’envers

Chauve-souris qui dort. By Sybren Stüvel
- L’Ara se tait quand il dort et adopte une position typique
des oiseaux, tête et bec enfouis sous une aile

Ara rouge. By Maestro Ben
- Les chevaux sauvages dorment généralement debout,
les uns serrés contre les autres

Flamant rose au repos. By
Belgian Chocolate
La seule preuve que l’animal dort vraiment est en fait invisible.
Il s’agit d’une onde électrique.
Lorsqu’un animal s’endort, les ondes électriques
émises par son cerveau se ralentissent et prennent de l’amplitude.
De plus, les mammifères et plus faiblement les oiseaux,
présentent durant leur sommeil une phase appelée «
sommeil paradoxal ».
Cette phase est liée aux rêves.

Poussins en plein sommeil. By Lap Strake
Chez l’homme, ce sommeil paradoxal est également associé,
dans 90% des cas, aux rêves.
Bien sûr, aucun animal ne peut raconter ses rêves.
Il a donc fallu inventer un protocole expérimental.
Dans les années 1950, Michel Jouvet imagina une procédure
originale. Il localisa chez le chat les neurones qui font que, pendant
ce sommeil paradoxal, les muscles restent immobiles. Ces neurones
neutralisés, le chat pouvait donc manifester ses éventuels
rêves.

Le chat, comme d'autres mammifères, connaît durant son sommeil une phase appelée «
sommeil paradoxal ». By Magh
De fait, les yeux fermés, le chat en sommeil paradoxal,
se met à courir comme s’il poursuivait une souris et
à hérisser son poil comme si un danger approchait.
Tout porte à penser que les rêves animaliers reflètent
les préoccupations de chaque espèce. A quoi peut bien rêver un tigre ? A des proies succulentes
sans doute.

A quoi rève un tigre ? By Cayusq
Ce sont les primates qui bénéficient d’un sommeil
identique à celui de l’homme avec un sommeil paradoxal
qui intervient toutes les 90 minutes.

Femelle gorille et son petit. By Bart dubelaar
Ni les insectes, ni les animaux à sang froid ne présentent
de sommeil paradoxal. En revanche, le sommeil des oiseaux abrite
des périodes de sommeil paradoxal embryonnaire.

Le sommeil des oiseaux se rapproche de celui des mammifères. By Stompy
Une stratégie de vie et de survie
Le sommeil constitue d’abord un moyen de s’économiser
et de conserver les calories indispensables.
On connaît bien le crocodile qui se repose, gueule ouverte,
pour emmagasiner de la chaleur.

Le crocodile emmagasine de la chaleur en ouvrant sa gueule. By Thar Jasmine
Mais, le sommeil est également une stratégie pour
éviter les prédateurs. Les proies s’activent
quand leurs prédateurs dorment et lorsque les ennemis s’agitent,
elles se dissimulent dans un abri.
Dans la nature, la trêve du sommeil est fragile. Il faut
toujours faire face à la dure loi de la jungle.
Deux stratégies s’imposent et s’opposent :
- Soit s’économiser en dormant beaucoup
- Soit s’activer, manger et donc chasser ce qui revient
à dormir peu
Carnassiers et herbivores ne sont pas égaux face à
ce choix. Les herbivores doivent ingurgiter une très grande
quantité de végétaux car leur alimentation
est peu énergétique.
Aussi, de manière générale, les herbivores
dorment-ils moins que les carnassiers qui, eux, s’octroient
de longues siestes digestives.
Les herbivores, proies par excellence, dorment d’un sommeil
inquiet, léger et par courtes périodes.

Le lion est un gros dormeur. By Mozzer 502
Le paresseux est le champion du sommeil puisqu’il dort une
vingtaine d’heures par jour. Pendu à sa branche, tête
en bas, son plus grand effort consiste à descendre de son
arbre une fois par semaine pour déféquer au sol.

Paresseux. By Clint JCC
Le koala dont la nourriture est peu énergétique
passe également une grande partie de son temps à dormir
ou somnoler dans les arbres.
A l’inverse le manchot royal et le manchot empereur sont
de petits dormeurs. Droits comme des « i », ils ne sommeillent
que quelques minutes par jour.
Le sommeil constitue un danger
Le sommeil constitue un danger pour l’animal et surtout sa
progéniture. De ce fait, chaque espèce, en fonction
des dangers qui la menacent, a développé une position
idéale pour se reposer.
Le babouin dort assis sur une branche en position instable. Le
moindre balancement de la branche le réveille.
La girafe dort peu et surtout debout. La position couchée
pourrait lui être fatale étant donné sa taille.
Les rares fois où l’on voit des girafes couchées,
elles se mettent dos à dos pour s’avertir mutuellement
du danger mais alors elles ne dorment pas.

Girafe qui se repose. By Dshalock the Libertarian Emperor of DMU
Par contre, le lion ne craint personne. Il dort, étalé
au sol de tout son long. Il ne s’éveille que pour bailler,
s’étirer et reprendre sa sieste.

Lion qui dort photographié au Masaï Mara. By Autan
Le bâillement n’est pas le propre de l’homme.
Dans un troupeau d’éléphants, si un individu
se met à bailler, les autres l’imitent par contagion
et le groupe se dirige vers une clairière qui servira de
dortoir.
Certains éléphants se couchent, la tête sur
un oreiller de feuilles, confectionné du bout de la trompe.
A l’abri entre les pattes de sa mère, l’éléphanteau
suce sa trompe, comme un bébé son pouce.

L'éléphanteau suce sa trompe comme un bébé son pouce. By Laurenz
Le poisson-perroquet secrète chaque nuit un sac de couchage
avec une étrange substance qui se solidifie au contact de
l’eau.

Poisson-perroquet. By Stompy
C’est un système automatique de la vessie natatoire
qui permet aux poissons d’arrêter de nager pour dormir.
Cette vessie de stabilisation communique avec l’intestin.
Pour la gonfler, le poisson avale de l’air à la surface,
juste assez pour atteindre la profondeur qui lui convient. Pour
modifier sa position, il dégaze en faisant des bulles.
Un sommeil qui suit l’évolution
du cerveau
Il est certain que le repos s’est complexifié au fur
et à mesure que s’élaborait un cerveau de plus
en plus sophistiqué.
Seuls les oiseaux et les mammifères
connaissent un sommeil véritable présentant deux phases
principales :
- Le sommeil lent
- Le sommeil paradoxal
Le sommeil lent est vital pour la régénération
de l’organisme. Le sommeil paradoxal aurait plutôt des
prérogatives cérébrales.

Ce bébé macaque s'est endormi assis. By Jasohill
Les nouveau-nés, de même que les prématurés
humains, connaissent un taux de sommeil paradoxal deux fois supérieur
à celui des adultes.

Le taux de sommeil paradoxal est deux fois supérieur chez le bébé par rapport à l'adulte. By Phitar
On suppose donc que la maturation cérébrale, non
achevée à la naissance, se poursuit durant le sommeil
paradoxal.
De même, l’hormone de croissance est secrétée,
chez les juvéniles, durant le sommeil.
En dormant bien, en rêvant, animaux et hommes deviennent
grands.
Véronique Battaglia (22.12.2005)
Références et crédit photographique
Le sommeil des animaux, Corine Lacrampe Editions l’Iconoclaste
Terre Sauvage N° 177
Les photos sont sous licence creative commons , sauf autre type de licence creative commons mentionné, et proviennent du site Flickr
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