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Le monde animal dans les grottes

Dans le monde souterrain règne un silence absolu. Dans cette obscurité, aucune plante ne peut pousser. Ce milieu semble peut propice à la vie. Pourtant, le monde animal a su y prospérer. Ces animaux ont su faire preuve d’une étonnante adaptation tant par leur comportement que leur mode de reproduction.
Cette étude de la faune cavernicole fait l’objet d’une science appelée biospéléologie. Elle permet une analyse microcosmique de l’évolution.

 

 

 

Classification du monde animal souterrain

Ces créatures étranges sont réparties en trois catégories :

Les troglophiles : les animaux qui peuvent passer toute leur existence sous terre mais aussi bien à la surface

Les trogloxènes : les animaux qui vient habituellement dans les cavernes mais qui doivent sortir pour trouver leur nourriture (les chauves-souris par exemple)

Les troglobies : les animaux qui vient uniquement dans les milieux souterrains

Concernant cette troisième catégorie, les études ont prouvé que ces animaux sont aveugles et sourds.
C’est notamment le cas des poissons cavernicoles comme Typhlichthys subterraneus. Ce troglobie est presque incolore ; à la place des yeux, il y a de simples renflements.

Un poisson aveugle photographié dans une grotte du Kentucky. Il est gros comme un doigt.

Il possède de part et d’autre de la tête et du corps des récepteurs sensoriels qui lui permettent, en détectant les vibrations, de localiser ses proies.

Un ravitaillement de l’extérieur

Dans les années 60, une étude fut menée dans une petite grotte du Kentucky, Cathedral Cave. Dans cette grotte, les grillons des cavernes, Hadenoecus subterraneus, sont les animaux les plus nombreux.

Un grillon dans une grotte du Kentucky

Les scientifiques en avaient comptabilisé 3 750. Ces grillons sont des troglophiles très bien organisés. Chaque soir au coucher du soleil, un tiers d’entre eux quitte la grotte à la recherche de nourriture. Ils reviennent à l’aube, repus. La nuit suivante, un autre tiers va dehors et ainsi de suite chaque nuit.

Les antennes des grillons des cavernes sont deux fois plus longues que celles des grillons de surface. Ces grillons ne chantent pas.


Cette nourriture, transformée en déjections, s’accumule dans la grotte. C’est la seule matière comestible qui arrive régulièrement de la surface. Elle fait les délices des troglobies et assure leur survie.

Des guacharos. Ils sont également d'excellents auxiliaires pour la faune cavernicole

La chauve-souris est un trogloxène. C’est un autre auxiliaire important pour la faune souterraine. Elle fournit du guano et de la viande après sa mort.
La grotte de Tamana Cave dans l’île de Trinidad en abrite des dizaines de milliers. La population cavernicole vit du guano qu’elles produisent.

Les troglobies dépendent beaucoup de ce ravitaillement effectué par les trogloxènes. Cependant, les fortes pluies charrient également à l’intérieur des grottes une grande variété d’aliments : branches, feuilles, troncs d’arbres infestés d’insectes …

Ces champignons blancs poussent sur le terreau de guano. Les champignons sont une des rares espèces végétales à contribuer à la survie des cavernicoles

La salamandre : une évolution surprenante

Les scientifiques pensent que généralement les cavernicoles ont bénéficié d’une préadaptation. Ils possédaient des caractères physiques et des organes sensoriels qui les rendaient aptes à la vie souterraine.

La salamandre est un parfait exemple de cette adaptation.

Qu’elles vivent sous terre ou non, toutes les salamandres ont un métabolisme lent. De plus, elles ont besoin d’une atmosphère humide. La salamandre cavernicole d’Europe a été baptisée Protée, du nom du dieu marin Grec.

Photo du Protée

Le Protée possède à la naissance des yeux rudimentaires qui disparaissent totalement en vieillissant. Parallèlement, sa couleur passe du gris foncé à un blanc rosé.
On estime qu’un spécimen adulte de Proteus anguinus peut se passer complètement d’aliments pendant trois ans.

Durant la saison des amours, en mai, le mâle s’attribue un territoire qu’il défend en fouettant l’eau de sa queue et en mordant les intrus.
La femelle est ovipare. Elle pond ses œufs sous de grosses pierres. Le Protée conserve sa forme larvaire toute sa vie qui peut atteindre 25 ans.

Salamandre aveugle du Texas qui mesure une dizaine de centimètres

Le Protée européen a des cousins américains. Après la salamandre des Ozarks et celle du Texas, on a encore trouvé sept espèces de salamandres cavernicoles aux Etats-Unis.

Salamandre des Ozarks qui mesure 8 à 10 cm. Cette photo est celle d'un spécimen larvaire qui possède encore des yeux et des branchies

Chaque espèce se différencie par la structure des os, la pigmentation ou le degré de dégénérescence des yeux. En fait, les particularités marquent les différentes étapes de leur évolution au monde souterrain.

Spécimen devenu adulte. Ses yeux ont dégénéré et ses branchies ont disparu

Sélection naturelle et amélioration

« Partout dans le monde, chaque jour et à tout instant, la sélection naturelle examine toutes les variations, jusqu’aux plus insignifiantes, rejetant ce qui nuisible, retenant et additionnant ce qui utile, oeuvrant silencieusement et insensiblement à l’amélioration de chaque être organique par rapport aux conditions de l’existence ».
(Darwin, L’Origine des Espèces)

Cette observation de Darwin est particulièrement adaptée aux troglobies.

Ecrevisse aveugle. Ses oeufs sont plus gros que ceux des autres variétés d'écrevisses.

Tous les troglobies _ insectes, poissons, crustacés ou amphibiens _ sont issus d’espèces vivant à l’extérieur. Il y a longtemps, certaines espèces ont colonisé les cavernes.
Après des milliers d’années d’isolement génétique et de changements adaptatifs, leurs descendants en sont devenus les hôtes permanents.

Ecrevisse cavernicole translucide qui mesure moins de 4 centimètres de long

Ces êtres ne pourront jamais plus revenir à la surface.

Le futur leur appartient

Les troglobies ont survécus à toutes les catastrophes. Grâce à une stabilité exceptionnelle, le milieu souterrain est un écosystème protégé car isolé. On peut penser que cette faune étrange pourra survivre aux prochaines catastrophes comme la pollution ou un changement climatique.

Les points lumineux sur la voûte de cette grotte sont des larves de moucherons cavernicoles

Ces animaux, contrairement à nous, ont su apprendre à se débrouiller avec le minimum. Il est intéressant de constater que nous avons suivi une évolution diamétralement opposée, allant du strict minimum au « toujours plus ».
En cas de cataclysme, les populations des pays industrialisés auraient bien du mal à revenir à la source et nous serions, pour la plupart, incapables de nous débrouiller et donc de survivre.
Il serait utile que l’homme en tire des leçons si nous voulons, comme cette faune des ténèbres, perdurer des millions d’années.

V.B (05.2005)

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